Les mécanos avant la générale
Jean-Pierre BOURCIER Avignon
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Publié le 7 juillet 2010
Avant l'ouverture de ce 64è festival d'Avignon avec, ce soir dans la Cour d'honneur, un spectacle très attendu du Suisse Marthaller, voyage dans les entrailles de cette machine à rêve. Chez les techniciens et les organisateurs qui espèrent tant du public.

Avant les premiers coups de trompette, le Festival d'Avignon a pris l'habitude de publier, avec l'éditeur P.O.L, un petit livre bourré d'anecdotes, de rêves ou de désirs, de commentaires, de points de vue, de délires. Plus précisément cet ouvrage, qui ne peut être vendu, agit comme témoin qui raconte ces mois de préparation qui précèdent la manifestation. Ainsi cette année, sous son titre « Mélanges » (pour le Festival d'Avignon 2010), les deux co-directeurs Hortense Archambault et Vincent Baudriller conversent avec les deux artistes associés à cette 64è édition du festival, l'écrivain Olivier Cadiot et le metteur en scène suisse Christoph Marthaler.

Pas triste du tout les deux créateurs. Quand Marthaler imagine « trouver des petits papes en plastique, des porte-clés Vacqueyras .... » dans la ville ou « faire des marches funèbres la nuit  avec des bassons! », Cadiot propose d'entreprendre de « fausses fouilles... » ou de mettre « des confessionnaux partout pour que les spectateurs viennent se plaindre des spectacles »!. L'un et l'autre ne sont pas à court d'idées.

Le premier ouvre le festival dans la Cour d'honneur du Palais des Papes ce 7 juillet avec un spectacle au titre absolument pas innocent dans cet ex- haut lieu de la papauté, « Papperlapapp », expression peu usitée aujourd'hui par les germanophones que l'on peut traduire en français par « blablablabla ». Nous en reparlerons. Cadiot occupera notamment lui aussi la Cour d'honneur (le 10 juillet) pour une lecture, « L'affaire Robinson », un texte qu'il a conçu à partir de ce personnage qui peuple nombre de ses ouvrages littéraires.

Derrière ces spectacles et autres manifestation - près d'une quarantaine en tout à l'affiche, sans compter les lectures, les débats, les conversations, le parcours sonore, etc...-, une incroyable « mécanique », conçue par une troupe de spécialistes, règle les contingences techniques, que ce soit sur et autour des scènes ou pour accueillir le public.

C'est au « Magasin technique », à l'extérieur des remparts d'Avignon, que l'on rencontre l'un des régisseurs généraux du festival. Brice Giardini décline avec un plaisir communicatif les différentes tâches et objectifs de ses équipes. Il fait remarquer que tous les lieux du festival non pas vocation à accueillir des spectacles. Si l'opéra-théâtre ou la Chapelle des Pénitents Blancs sont des lieux de spectacles permanents, il y a des gymnases (Aubanel, Gérard Philipe, lycée Mistral) ou encore des lieux historiques ou classés comme la Cour d'honneur, les cloîtres des Carmes ou des Célestins « où il n'y a rien et qu'il faut aménager en conséquence », explique le régisseur. « Quand le lieu est vide, explique-t-il, une première équipe 'puissance électrique' de 8 personnes intervient en liaison avec EDF pour assurer l'éclairage du lieu et le sécuriser. Viennent aussi différentes équipes volantes -'machinerie' où jusqu'à 90 personnes s'attellent à la construction du lieu (gradins, loges, ...); 'lumière' pour la scène; 'son' qui nécessite beaucoup de matériel; 'video' qui prend de plus en plus d'importance notamment pour le « Richard II » dans la cour d'honneur ». Bien sûr, ce n'est pas fini. « Après ces 'équipes volantes', il faut s'attaquer au décor. Des équipes reviennent sur les lieux pendant l'exploitation du spectacle sous la houlette d’autres régisseurs (général, adjoint, lumière...., habilleurs) auxquels il faut ajouter les gardiens, les agents d'accueil et de billetterie... ». Et Brice Giardini de prévenir qu'il y a d'autres équipes encore : « une volante habilleuse, un atelier réparation électrique, un autre électronique, une volante signalétique... sans oublier le magasin général qui s'occupe des commandes de consommables – des boissons jusqu'aux poubelles. « En tout, nous avons autour de 250 personnes pour la technique sur le festival. Mais nous sommes 26 permanents à l'année, dont 6 à la technique ».

Il est intarissable Brice Giardini. Il raconte encore comment il négocie ici avec une direction de compagnie, là avec la municipalité pour investir des lieux … ou pour obtenir des dérogations, pour la circulation, pour des protocoles douaniers. Ou comment il mandate les bureaux de contrôle, comment il vérifie la sécurité d'un décor ou suit la gestion des 'heures sup'. Tout cela alors que le téléphone ne cesse de sonner. Sans perdre le fil de ses explications, il conclut que si ses équipes mettent entre deux et trois mois pour « monter » le festival, trois semaines suffisent pour le démonter... et de penser déjà au prochain.

Les mécanos avant la générale

80% des 120.000 places sont vendues avant les trois premiers coups de trompette

Et les spectateurs dans tout cela ? C'est le troisième acte, essentiel, de cette pièce qu'est le festival, après les choix des artistes et de la programmation, après les espaces et les matériels qui les accueillent. En fait, le public n'est jamais oublié souligne Pascale Bessadi, la numéro 2 de la direction de la communication et des publics qui connait son festival comme sa poche. Depuis son  arrivée en 1984. Nos publics sont choyés dès « la diffusion des premiers documents (l'avant programme) et jusqu'à ce qu'ils deviennent des spectateurs assis », prévient-elle.

« Nous avons un fichier d'environ 40.000 spectateurs. Dès que  nous connaissons le projet artistique, dès que nous savons nos contraintes budgétaires, nous optimisons nos choix de diffusion. Avec Hortense Archambault et Vincent Baudriller, nous ciblons de mieux en mieux  les publics. Les jeunes, les défavorisés, les centres sociaux, les comités d’entreprise. Nous travaillons avec 9 régions qui nous permettent d’accueillir cette année 900 lycéens. Nous avons des opérations avec le Conseil général du Vaucluse, avec des jeunes des quartiers difficiles (« Avenir 84 »). Nous essayons d’attirer de plus en plus de spectateurs étrangers qui représentent près de 10% du public. Au début du printemps nous faisons visiter les coulisses du festival », poursuit Pascale Bessadi. Pour le présent, elle égrène les 40 personnes chargées de la billetterie dont 30 pour le grand public, les 140 agents d’accueil (des étudiants de la région) « que nous formons ». Globalement, en juillet, tous services compris, elle évalue à près de 700 le nombre de salariés du ‘In’.

Sur les 121.000 places à vendre cette année (c’est moins que les 135.000 de 2009 pour causse de réduction des jauges), 80% étaient réservées de façon ferme avant le début des festivités. « Mais il y a toujours des places à vendre les 3 premiers jours et les 3 derniers », note Pascale Bessadi qui, intarissable, veut souligner l’importance des partenaires. Il est vrai qu’entre les expositions  « Tchekhov » (Maison Jean Vilar), « Barcelo » (Collection Lambert …) ou les collaborations avec les villes d’Aix (opéras) et Arles (photos), l’offre culturelle est énorme.

à propos...

Festival d'Avignon : du 7 au 27 juillet

www.festival-avignon.com

Billetterie : 04 90 14 14 14

Tarif : de 8 à 38 euros

  Photo : © Christophe Raynaud de Lage