Emi
Publié le 28 avril 2010
Emilie Wawerla cartonne avec son one-woman-show au Point-Virgule. Si ses sketchs sont hilarants, c'est qu'ils sont bien ancrés dans son temps. Portrait de cette jeune comédienne pleine de fraicheur.

« Les gens dans le métro, on peut deviner ce qu’ils écoutent avec leur mp3 rien qu’en regardant leur tête. » Un sketch d’Emilie Wawerla -Émi pour les intimes- c’est l’interprétation rigolote du quotidien de n’importe qu’elle trentenaire parisienne. Rien d’original pour une humoriste de s’inspirer de la vie de tous les jours dans ces spectacles ? Oui, mais Émi n’est pas une humoriste, c’est une comédienne. Et son vécu, c’est sa force vive, à chaque phrase.

Son one-woman-show au Point-virgule à Paris, appelé « Émi » tout simplement, cartonne. Les personnages s’enchaînent, de la fan de Johnny à l’ado gothique et suicidaire, tous un peu trash, aucun vulgaires. Pourtant, vulgaire, c’est l’adjectif qu’a employé une journaliste, en direct à la radio et Emilie ne le digère pas. Certes crue, elle colle à son temps et sa génération. Pas question de se plaindre des hommes, la ritournelle usée jusqu’à la moelle, mais de la copine qui vient te prêter ses pantalons de grossesse pensant t’être agréable, oui. Parce c’est tellement vrai, on en a toutes une comme cela. Le délire d’une écologiste psychopathe ou les karaokés sont d’autres occasions de savourer les jeux de mots et les situations désopilantes qu’Émi coécrit avec Frédéric Rondot. « Il m’écrit ce que je vis » s’enthousiasme la jeune femme.

Née dans un milieu artistique, peut-être un peu bohême, au milieu des guitares et des rires, Émi a la bonne humeur dans le sang. Enfant, elle assistait aux spectacles de sa maman, Yanka, comédienne de café-théâtre. Alors les difficultés du milieu, elle connait. Son métier, elle l’épouse avec passion mais maturité. Elle sait où elle va, ce qu’elle vaut et ce qu’elle veut.

Ce sera d’abord la danse. Mais pour soigner un manque de confiance en soi, elle pousse la porte d’un cours de théâtre d’improvisation. C’est la révélation : « Maintenant, j’ai le corps, mais j’ai aussi la voix, la force des mots pour m’exprimer. Alors, j’ai pris trois heures de cours par semaine, puis six, neuf… » Et juste avant de passer son diplôme d’état de danseuse, elle plaque tout pour se consacrer à sa nouvelle passion. Le Théâtre Pixel, le Providence, le Trévise, le Montmartre Galabru, les Blancs-manteaux, et maintenant le Point-virgule… Quelqu’un lui a un jour dit : « Il faut bouffer de la scène » et cela, elle l’a bien compris.

Émi, une femme de son temps

Émi danse, chante et joue. C’est une artiste complète, capable de rebondir d’un rôle à l’autre, et tant mieux, parce que cette touche à tout a des projets plein la tête. Après avoir écrit des comédies ou encore s’être amusée dans l’émission de téle réalité « Mon incroyable fiancé », Émi travaille sur la suite de son spectacle. Et tant qu’à faire, elle vise haut : les salles où elle espère se produire un jour portent des noms prestigieux tels que le Palais des Glaces, l’Européen ou encore le Splendid. Mais pour l’heure, elle part en croisière, du 28 avril au 5 mai, avec son show actuel. Une occasion de le faire évoluer encore, avant de le fixer définitivement, ce qu’elle planifie pour août. Et puis le cinéma, pourquoi pas ? « C’est un milieu que je ne connais pas, et qui me fait peur, parce qu’il n’y a pas de relation directe avec le public. Je fais de l’humour, donc si les gens se marrent - c’est ce qui se passe habituellement, Dieu merci ! - , je suis rassurée. Et quand je suis rassurée, quand je sais qu’on me fait confiance, je donne tout, je m’oublie sur scène. »

Toutes les occasions sont bonnes pour faire de nouvelles expériences, et apprendre à bien s’entourer. La rencontre qui a tout changé, c’est Michel Galabru. « Quand il est venu me voir au Pixel, un tout petit théâtre de la Porte de Clignancourt, j’étais scotchée. Il est arrivé avec sa femme, s’appuyant sur une canne, et j’entendais son gros rire quand je jouais. C’est un de mes plus grands souvenirs. Quelques temps plus tard, je jouais dans son théâtre. C’est un grand monsieur, il commence enfin avec l’âge à avoir des rôles à sa mesure. » Sur le spectacle « Scooby Doo et les pirates fantômes », il y a quelques mois à l’Olympia, Emilie donne la réplique à Arnaud Gidoin. Elle a trouvé un nouveau mentor : « C’est un comédien extraordinaire, vraiment. Je le connaissais comme l’amuseur de la galerie, mais il m’a bluffé. J’ai beaucoup appris à son contact, il a de l’expérience et de la générosité. Il a écrit un sketch que je vais surement jouer. Et puis c’est un grand enfant ! Un jour, en répétition, il est arrivé dans la salle sur un fauteuil de bureau à roulettes, en avançant avec ses pieds et hurlant « Qui ma volé mon bureau ? » ! Et c’est comme ça toute la journée… »

Émi sait se rendre disponible et ne rate aucune occasion. « Tout ça fait l’effet boule de neige. Si on parle un peu de moi, si on me voit, j’ai peut-être plus de crédibilité. Plus tu fais de choses, plus tu as de retombées, directes ou indirectes. Parce qu’il faut assurer ses arrières. Dans ce métier, tu ne sais jamais ce que tu fais demain. Je ne sais même pas si je serai encore au Point-virgule cet été. Je suis un produit, c’est un business, j’en ai conscience. Pour l’instant, j’ai la chance d’être là et d’avoir des gens qui commencent à croire en moi. » Des gens qui croient en elle, Émi n’en manque pas. A commencer par son entourage, sans qui elle avoue qu’elle n’y serait jamais arrivée. Mais comme on est jamais mieux servi que par soi-même, Émi tente de s’autoproduire. Elle s’accroche de tout son talent et de toute sa simplicité. Franche du collier, sans chichi. Bref, Émi est la comédienne qu’on a envie de suivre, et l’amie qu’on voudrait avoir.

Paris Du 01/07/2009 au 30/06/2010 à 19h le dimanche, lundi et mardi Le Point Virgule 7 rue Sainte Croix de la Bretonnerie, 75004 Paris Téléphone : 01 42 78 67 03. Site du théâtre  

Emi

de Emi et Frédéric Rondot

Théâtre
Mise en scène : Papy
 
Avec : Emilie Wawerla
Durée : 1h Photo : © DR