Le soleil même pleut
Michel VOITURIER Bruxelles
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Publié le 23 mars 2010
Des rituels de mots, de gestes, de musique pour conjurer le chagrin de l’absence.

Une structure cubique faite de montants noirs. Une comédienne mettant en action les mots et les gestes. Un quatuor musical installé au sommet. Des objets prêts à servir. Voilà planté un décor dans lequel aussi se projette un visage sur un écran, un portrait de couple sur un autre.

Le lieu devient tombeau, sanctuaire, chambre d’hôpital, maison vide. Il est surtout celui des rituels à réaliser après le décès d’un être chéri. Là et alentour, il y a la purification par le sel lorsqu’on revient du royaume des morts; le chemin salé de vie qui délimite le territoire de la conservation; les branches épandues en tapis sur la terre en attente de faner et de devenir humus; la transformation vestimentaire du féminin vers le masculin; les assiettes immaculées lancées en guise de palets pour un parcours fulgurant sur le sol et souvent se fracassant… Et cette image éclatante de la déchirure en deux parts d’une pastèque, à mains nues, par une femme qui recherche l’essentiel de l’existence.

Des mots, des sons

Le texte affectionne les ressassements, les énumérations.  Il enchevêtre souvenirs et sensations. Il brasse le temps de la maladie, celui de l’agonie, celui de la disparition, celui de l’après pour qui reste vivant. Celui aussi de la souffrance de qui se meurt et de qui se retrouve seul. Les mots sont prétexte à mélopée, psalmodie, lamentation, poésie. Ils intègrent le retour à l’enfant comme la douleur de l’adulte.

La voix module, joue avec les phrases. Le corps hante l’espace de gestes symboliques. Comme dans le « Penthésilée » créé en 2006, la recherche formelle prime. Mais ce qui concordait avec le recul d’un tragique mythologique s’avère moins approprié pour une thématique proche de chacun. L’esthétique relègue l’émotion au second plan et le vécu mis sur scène est tenu à distance.

La musique de Bo Van Der Werf  est plus immédiatement communicative. Elle ne craint pas de s’aventurer dans des contrées diverses, de recherches électroacoustiques à des accents free, du jazz rock à des mélodies plus traditionnelles. Sa matière est vivace, directement nourrie d’énergie. Elle dynamise un spectacle, peut-être par pudeur ?, trop concerté, trop maîtrisé, trop codé pour troquer entre les êtres les palpitations intimes qui les animent en leur profondeur.

Mons - Festival Via (Mons-Maubeuge) - Belgique Du 02/03/2010 au 04/03/2010 à 20h Le Manège 1 rue des Passages Téléphone : 32 (0) 65 39 59 39 . Site du théâtre

En tournée:  les 2 et 3 novembre 2010 au Grand Théâtre (Luxembourg); du 2 au 5 mars 2011 au Théâtre de la Place (Liège)

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Le soleil même pleut

de Françoise Berlanger

Théâtre
Mise en scène : Françoise Berlanger
 
Avec : Françoise Berlanger

Assistanat : Elise Vandergoten

Scénographie : Thibault Vancraenenbroeck

Eclairages : Xavier Lauwers 

Son : Julien Reyboz 

Conseil artistique : Véronika Mabardi

Costumes : Silvia Hasenclever

Travail corporel : Kalamandalam Jayaprakas Narayanan

Composition musicale : Bo Van Der Werf 

Musiciens : Fabian Fiorini (piano) , Gilbert Nouno (instruments électroniques), Joseph Demoulin (Fender Rhodes), Bo Van Der Werf  (saxophone baryton)

Plasticien : Marcel Berlanger

Dramaturgie: Michel Tanner

Durée : 1h17 Photo : © Marie-Françoise Plissart  

Production: La Cerisaie

Coproduction : le manège.mons/Centre Dramatique ; Le Grand Théâtre de Luxembourg ; La Fabrique de Théâtre (La Bouverie); le Théâtre de la Place (Liège)