Jean-Pierre BOURCIER Paris
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Publié le 26 octobre 2009
Comment vivre après des années de séquestration, après une enfance volée par un homme qui n'est pas forcément le bourreau que l'on pourrait croire. Mise en scène subtile de Michel Didym de ce monologue où brille d'intelligence la belle Marie-Julie Parmentier.

D'abord le texte de Jean Delabroy, cette « Séparation des songes » édité par Théâtre Ouvert (collection Tapuscrit). Un monologue d'une jeune fille, ou peut-être d'une très jeune femme, dont l'enfance a été volée, voilée, violée par une longue séquestration. Enlevée par un homme qui l'a enfermée dans la cave de son pavillon pendant des années, tout en lui offrant certaines libertés ... retrouver momentanément la lumière du jour par exemple.

C'est un premier texte destiné au théâtre pour Jean Delabroy. L'auteur ne cache pas s'être inspiré de faits divers récents. Il ne donne pas pour autant à entendre une reconstitution ou un témoignage mais les questionnements existentiels que se pose la séquestrée après une telle épreuve, les relations troubles pour ne pas dire ambigües avec son ravisseur, la perte de son innocence.

Il a des mots d'une grande force, l'auteur. Exemples des interrogations de cette jeune fille : « Je ne suis pas sûre de vouloir de vous à partir du moment où tout doit se séparer / Quelque chose est sur le point de vous écarter », et encore « Allez-vous en / Parce que je suis en train / Crânement de perdre pied / Dans l'éloignement du songe / De ne plus rien savoir.... ». Mais parfois, le propos s'égare sur des chemins de traverses, le verbe s'enfle de sa propre nourriture, ce qui affaiblit son intérêt. Les relations bourreau / victime ont déjà été bien disséquées, décortiquées.

Pour autant, ce spectacle de près de deux heures reste passionnant grâce à la mise en scène très subtile de Michel Didym qui installe cette héroïne dans un univers abstrait, déconstruit comme peut l'être une pensée fortement perturbée par un drame exceptionnel. La scénographie et les lumières d'Olivier Irthum fonctionnent totalement. La création musicale de Charlotte Castellat, qui est sur scène avec son violoncelle et autres éléments acoustiques, agit comme une parole d'une grande intelligence. Et puis il y a la belle et jeune Julie-Marie Parmentier. Que dire d'autre que sa diction est parfaite, ses déplacements évidents, son jeu truffé d'émotions...


« La séparation des songes»
Paris Du 25/09/2009 au 17/10/2009 Théâtre Ouvert 4 bis cité Véron, 75018 Paris Téléphone : 01 42 55 74 40. Site du théâtre  

« La séparation des songes»

de Jean Delabroy

Théâtre
Mise en scène : Michel Didym
 
Avec : Julie-Marie Parmentier, Charlotte Castellat

Création musicale : Charlotte Castella
Lumière et scénographie :
 Olivier Irthum

Durée : 2h Photo : © DR