Tristan et ...
Emmanuelle DREYFUS Contact
Publié le 6 octobre 2009
Présenté pour la première fois en juin aux Subsistances à Lyon, "Tristan et...", la 27è création de Mathieu Bauer, 38 ans au compteur, est sans doute son spectacle le plus abouti. Le metteur en scène et musicien, à la tête de la compagnie Sentimental Bourreau, revisite avec ferveur et intelligence l'opéra en trois actes de Wagner, épaulé par la plume contemporaine de Lancelot Hamelin.

"J'attends la musique... Je ne veux pas être le point final". Ainsi, Tristan, incarné par l'imposant et puissant Marc Berman, convoque-t-il l'opéra Wagnérien. La pièce s'est ouverte auparavant sur la fin de l'acte I. Le héros, échoué sur une île, a succombé à la grande faucheuse et Isolde, sous les traits de Judith Henry, pleure en vain son amour à jamais perdu. Le rejoindra-t-elle ?
La musique de Wagner retentit. Les cinq musiciens et quatre comédiens prennent place tel des marionnettes ou des automates. Car le jeu qui va se jouer, à la manière des tragédies grecques, ne dépend pas de la seule volonté des protagonistes, mais des forces occultes qui ont entraîné deux êtres dans l'interdit d'une passion impossible.
L'opéra - rock concocté par Mathieu Bauer, derrière sa batterie, et mis en mots avec poésie par Lancelot Hamelin, réactualise ainsi le mythe dans un mélange des genres - vidéo, musique, art lyrique, références cinématographiques et théâtre - qui nous transporte sans relâchement à la recherche du secret de l'amour fou.

L'émotion de l'opéra, l'énergie du rock 

Dans cette relecture très libre à la chronologie chamboulée, la musique est fil conducteur. Une musique convoquant les spectres enfumés de l'underground seventies. On pense au Velvet, à Zappa mais aussi au free jazz. Une composition laissant également le champ libre au lyrisme par l'intermédiaire de la sublime voix de Pauline Sikirdji qui vient rappeler le fantôme de Wagner.
Dans cette variation musicale voluptueuse, sensuelle, Tristan ne ressemble en rien au guerrier celte, c'est un râleur vieillissant et fumeur. Le traître Melot est une espèce de crooner punk (Matthias Girbig, épatant) qui n'hésite pas à se lancer dans une chanson pop italienne pour détendre l'atmosphère après l'épisode des périlleuses visites nocturnes. Quant à Isolde, superbe "Discrète", elle semble sortie tout droit d'un film de la Nouvelle Vague.
La scène finale des retrouvailles, qui ne peut avoir lieu que dans la mort, est ravissement. Adepte du spectacle total, la Compagnie Sentimental Bourreau en livre un brillant exemple.

Montreuil Du 01/10/2009 au 13/10/2009 à 20h30, mardi et jeudi à 19h30, dimanche à 17h Nouveau Théâtre de Montreuil Salle Jean-Pierre Vernant, 10 place Jean-Jaurès Salle Maria Casarès, 63 rue Victor Hugo Téléphone : 01 48 70 48 90. Site du théâtre

Prix des places : de 9 à 19 €

 

Tristan et ...

de de Lancelot Hamelin d'après l'Opéra de Richard Wagner

Opéra
Mise en scène : Mathieu Bauer
 
Avec : Marc Berman (Tristan), Matthias Girbig (Melot + Narrateur), Judith Henry (Isolde), Pauline Sikirdji (Isolde-chant + Brangänne)

Adaptation musicale : Sylvain Cartigny
Scénographie et lumières : Jean-Marc Skatchko
Costumes : Nathalie Raoul
Son : Jean-Marc Istria
Vidéo : Stéphane Lavoix
Chorégraphie : Roser Montllo Guberna
Musiciens : Mathieu Bauer (percussions), Sylvain Cartigny (guitares et basse), Arhtur Simon (trompette), Stan Bruno Valette (sample), Mara Dobresco (piano).

Photo : © DR  

Tournée 2010 : Lorient (19-21 janvier), Dijon (2-5 février), Orléans (27-30 avril), Béthune (4-7 mai), Amiens (25-26 mai) et Saint-Quentin-en-Yvelines (28 mai).