La magie de la scène
Michel VOITURIER Bruxelles
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Publié le 6 octobre 2009
Les marionnettes qui ont accompagné les 30 ans du Créa Théâtre ont quitté les planches pour devenir objets d’exposition rétrospective.

Assister à une représentation théâtrale est souvent un émerveillement. Lorsque s’y ajoutent des marionnettes, le sortilège a des chances de jouer à fond sur l’imagination. Voir s’animer des créatures minuscules (parfois géantes) tient de la magie.

Revoir les mêmes pantins alignés dans une salle d’exposition suscite une tout autre perception. C’est le cas pour les poupées et décors accumulés par le Créa Théâtre durant ses 30 années d’existence. Désormais, finie la lumière des projecteurs. Désormais la poussière s’est peu à peu incrustée et les couleurs ont un peu pâli. Les personnages ont été figés dans des attitudes supposées rappeler les actions accomplies sur scène ou dans un castelet.

Il y a quelque chose d’un peu nécropole dans cet inventaire qui laisse voir les tiges, les fils ou les gaines, qui rend visible le bois, le papier mâché, la mousse, le polystyrène ou le caoutchouc. Mais il y a surtout les physionomies des marionnettes. Elles ont été sculptées, façonnées en vue d’affirmer une expression dominante du personnage qu’elles ont incarné. Les visages sont caractéristiques d’une morphologie, d’un rictus, d’une grimace, d’un regard qui les rendent niaises ou rusées, séductrices ou repoussantes, attendrissantes ou agaçantes.

Des signes visuels


Il est intéressant de s’attarder sur tel ou tel détail d’une figure résumée par une composante utile à la narration, qu’il s’agisse d’individus personnalisés ou de groupes aux faciès multiples : les musiciens de «La Fanfare», les enfants de «La Nuit aux 1000 noix». De même, en ce qui concerne les habits. Ils furent confectionnés afin de typer les protagonistes : ainsi du singe malicieux, peluche vivante de «Petits cris et battements d’ailes» qui marqua les bambins au début des années 90. Ils servent à rappeler une époque, comme dans «Jean-Sébastien ou la sève», pièce consacrée à Bach ou à rappeler des éléments culturels comme les réminiscences de Jérôme Bosch dans «Le Nez en l’air».

Pour qui a suivi la carrière de la troupe, les souvenirs remontent. Ceux des réussites comme des demi-échecs. Tant d’émotions partagées, tant de rappels d’images cadrées par les projos. Pour les autres qui ne furent pas spectateurs, reste à imaginer ce qu’ont été ces spectacles engloutis dans l’éphémère. À méditer à propos de la métamorphose que la scène apporte à quelques bout de bois, de tissus, de papier, de pâte à modeler. Qui fait que les oiseaux de «Tibec» sont effrayants. Que les figurines de «Lulu et Pâquerette» sont attendrissantes.

Car ce qui reste fantastique au théâtre, c’est qu’il rend réel ce qui ne l’est pas. Il invite à croire par allusions, métaphores, analogies alors que le cinéma a besoin d’une image réaliste et vraisemblable pour rester crédible, même dans la fantaisie la plus débridée.

à propos...
Variation de l’objet-marionnette dans les spectacles du Créa Théâtre

Foyer culturel
59, Rue des Français
Péruwelz
Plus d'informations sur le site.
ou au numéro suivant : tél +32 (0)69 45 42 48
Visites :
du mardi au samedi de 11 à 17h
Animation : durée 50’
Produit par :  créa-théâtre

  Photo : © MV.RdT