Pelléas et Mélisande
Noël TINAZZI Paris
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Publié le 26 février 2020
Dans sa mise en scène de «Pelléas et Mélisande», sombre drame de Maurice Maeterlinck, Julie Duclos orchestre un très (trop) riche foisonnement d’images et de sons. Les acteurs mettent en évidence la beauté sobre et tragique du texte.

Ce pourrait être un vaudeville. Une histoire de cocufiage et de rivalité entre deux demi-frères amoureux tous deux de la même femme, la mystérieuse Mélisande, princesse en fuite surgie de nulle part. Elle a jeté sa couronne dans un ruisseau au plus profond d’une forêt. Ce pourrait être aussi bien un mélo avec le prince Golaud, lui-même perdu (réellement et symboliquement) dans cette forêt, veuf héritier du royaume désolé d’Allemonde où règne le vieux roi Arkël dans un château, havre fragile dans le froid, l’obscurité, la famine, la souffrance des corps et des âmes.  

 

Chef d’œuvre de Maeterlinck et manifeste du symbolisme, surtout connu par l’opéra qu’en a tiré Debussy, Pelléas et Mélisande, pièce écrite en 1893, à la belle époque du boulevard et du mélo, est un vrai drame. En la débarrassant de ses oripeaux pseudo moyenâgeux, qui peuvent mèner très vite à la grandiloquence et au ridicule, et en restituant au texte toute sa force sobre et poignante, Julie Duclos la hisse au rang de tragédie. Un diamant noir taché de sang.

Pour cette coproduction, créée au Festival d’Avignon l’été dernier, impliquant plusieurs institutions régionales importantes, la jeune metteuse en scène a disposé de moyens considérables, l’autorisant à des effets d’images et de sons parfois envahissants qui rompent le sortilège créé par les acteurs.  Pour répondre au défi de la multiplicité des lieux (grotte, forêt, plage, tour du château) et des temporalités (beaucoup de scènes se situent de nuit, à la faible lumière des étoiles), elle crée un univers scénique foisonnant : des images tantôt en noir et blanc tantôt en couleurs occupent toute la scène, parfois se superposent, parfois se juxtaposent avec l’action scénique.

Culte des images

Entre plans intérieurs et extérieurs, effets de gros plan, ou de travelling, comme au cinéma, la scénographie très (trop) riche créé une sorte de kaléidoscope visuel. Des tulles pour la vidéo permettent des transparences et des opacités. Tout cet appareillage tend à actualiser le drame, à mettre en évidence sa résonance avec notre époque en sacrifiant au culte des images bien dans l’air du temps et à l’univers des séries. 

Au monde mouvant des images filmées répond le décor fixe d’une maison bourgeoise sur deux étages avec ses panneaux mouvants qui s’avancent jusqu’à atteindre l’avant-scène, une plage de graviers léchée par une mer invisible. A l’intérieur, le jeu des lumières crée des atmosphères inspirées du peintre danois Hammershoi, contemporain de Maeterlinck, qui conviennent au climat d’intimité nordique où baigne la pièce. 

Par contraste avec la débauche d’images, la direction d’acteurs vise au plus grand dépouillement. Alix Riemer joue une Mélisande envoûtante, refermée sur son propre mystère et sa douleur, résumée par un «Je ne suis pas heureuse ici» irrémissible. Vincent Dissez campe un Golaud déchirant de jalousie, qui tente en vain de pénétrer le mystère de la passion enchaînant sa femme à son frère Pelléas. Lequel est incarné par un Matthieu Semper incandescent. Le quatuor tragique est complété par Philippe Duclos, roi Arkël témoin impuissant et navré du drame qui se joue sous son toit. 

Paris 17è Du 25/02/2020 au 21/03/2020 à 20h Odéon-Ateliers Berthier Angle de la rue Suarès et du Bd Berthier Téléphone : 01 44 85 40 40. Site du théâtre

Tournée
Du 25 au 29 mars : Théâtre des Célestins – Lyon
Les 2 et 3 avril : Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, scène nationale

Réserver  

Pelléas et Mélisande

de Maurice Maeterlinck

Théâtre
Mise en scène : Julie Duclos
 
Avec : Alix Riemer, Matthieu Semper, Vincent Dissez, Philippe Duclos, Stéphanie Marc, Émilien Tessier. Et en alternance dans le rôle d’Iniold : Clément Baudoin, Sacha Huyghe, Eliott Le Mouël

Assistanat à la mise en scène : Calypso Baquey
Scénographie : Hélène Jourdan
Lumière : Mathilde Chamoux
Vidéo : Quentin Vigier
Son : Quentin Dumay
Costumes : Caroline Tavernier
Régie générale : Sébastien Mathé

Durée : 1h45 Photo : © Simon Gosselin

Comparer: version de Ruf : http://www.ruedutheatre.eu/article/3594/pelleas-et-melisande/

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                   version de Braunschweig : http://www.ruedutheatre.eu/article/950/pelleas-et-melisande/