Noël TINAZZI Paris
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Publié le 25 février 2020
Sur la scène des Bouffes du Nord, Phia Ménard mène une étonnante performance sur la construction/destruction d’une maison. Un jeu auquel on se laisse prendre.

Art contemporain, théâtre, cirque, danse... il y a un peu de tout cela dans la performance/spectacle de Phia Ménard. Cette dernière création avec sa compagnie Non Nova est partie d’un projet pour la  Documenta de Kassel en 2016 avec pour thème « Apprendre d’Athènes », « Pour un parlement des Corps ». C’est le premier volet d’une trilogie intitulée Contes Immoraux qui met aux prises l’identité, le corps, la matière. Pas de morale, encore moins de didactisme dans sa démarche mais un pont, un grand écart ou un raccourci spatio-temporel entre Kassel, ville allemande détruite sous un tapis de bombes à la fin de la seconde guerre mondiale, puis reconstruite par le Plan Marshall, et Athènes, en proie à la crise financière. 

Telle une superwoman toute de cuir (dé)vêtue, Phia Ménard apparaît masquée sur la scène des Bouffes du Nord. Sorte de Walkyrie post-moderne, elle s’emploie à relever une grande surface de carton prédécoupé qui gît au sol et constitue les parois de la maison qu’elle s’apprête à édifier. Infatigable, telle une Sisyphe au féminin, elle s’échine à assembler les différents morceaux, à les accoler, les ajuster ensemble grâce à des mètres d’adhésif qu’elle dispose à la va-vite, avec une énergie qui tient de la rage, comme aiguillonnée par la bande-son qui capte in vivo les bruits de l’opération et les restitue en musique concrète.

Temple grec

Peu à peu, au prix de grands efforts physiques et d’échecs répétés qui prennent l’apparence d’un ballet, on se laisse prendre au jeu et la maison prend forme. Quand elle est enfin sur pied on s’aperçoit que c’est un temple grec qu’elle a construit, avec ses colonnes régulières découpées en un temps record à la tronçonneuse. 

Mais on n’a pas le temps d’admirer le résultat qu’une pluie fine commence à tomber des cintres, une pluie pénétrante qui imprègne petit à petit la construction et qui évolue en trombes d’eau. Le bâtiment finit par s'affaisser et s’efondrer par pans entiers. Tout disparait dans les nuages de poussière de la destruction. Et tout reste à reconstruire ! 

Contes Immoraux (1) :  Maison Mère
Paris Du 24/02/2020 au 01/03/2020 à 20h30 Théâtre des Bouffes du Nord 37 bis, boulevard de la Chapelle, 75010 Téléphone : 0146073450. Site du théâtre

Tournée :

28 mars 2020 : Malraux, Scène nationale Chambéry Savoie, Chambéry
7 et 8 avril 2020 : Le Quartz, Scène Nationale de Brest, Brest
5 mai 2020 : Théâtre des Quatre Saisons, Scène conventionnée Musique(s), Gradignan

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Contes Immoraux (1) : Maison Mère

de Phia Ménard

Théâtre
Mise en scène : Phia Ménard
 
Avec : Phia Ménard

 

Écriture et mise en scène :  Phia Ménard et Jean-Luc Beaujault
Scénographie :  Phia Ménard
Composition sonore et régie son :
Ivan Roussel
Régie plateau : Pierre Blanchet et Rodolphe Thibaud
Costumes et accessoires : Fabrice Ilia Leroy

Durée : 1h30 Photo : © Jean Luc Beaujault