Michel VOITURIER Lessines
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Publié le 27 janvier 2020
La pièce de Pinter est d’apparence simple. Une femme entretient une liaison avec le meilleur ami de son mari. Cela dure un certain temps. C’est maintenant terminé. Les relations entre les membres de ce trio classique sont dévoilées. En commençant par la fin.

Rien de plus convenu que l’éternel trio vaudevillesque du mari, de la femme et de l’amant. Sauf que, chez Pinter, ce n’est pas une comédie de boulevard, ce n’est pas non plus un drame passionnel. C’est une incursion dans la banalité du quotidien. C’est la démonstration que ce qu’on dit est nourri de non-dits. C’est une observation qui se déroule selon une chronologie inversé : elle part de l’après rupture pour aboutir au premier moment de la séduction.

Ce cheminement, comme celui d’une enquête policière, révèle peu à peu ce qui était connu ou caché des personnages les uns vis-à-vis des autres. Il met à jour ce qui était tu, ce qui était simulé ou dissimulé. Une sorte de jeu de cache-cache où ce que chacun sait n’est pas censé être su par autrui , où ce qui était confié à l’un(e) ne l’était pas forcément à l’autre.

L’option choisie pour la mise en scène est celle d’un glissement fluide d’un lieu à un autre, d’un présent à un passé de plus en plus lointain. Tous les éléments mobiliers du décor sont alignés et dispersés  de part et d’autre des coulisses. Les comédiens les déplacent  et les agencent au gré des nécessités afin qu'ils suggèrent : un bar, un cabinet de travail, un studio, un salon, une chambre d'hôtel, un restaurant italien, une chambre à coucher.

C’est au spectateur de se concentrer pour percevoir où l’action se déroule, quand elle a lieu. Il dispose pour cela des meubles ainsi que de certains accessoires, des costumes parfois changés à vue, de musiques d’ambiances, de répliques plus ou moins explicites. Il est sollicité à prendre de la sorte une part active à ce qu’il voit et entend. Ce qui engendre par moments quelques ambiguïtés volontaires.

La platitude du quotidien avoisine des séquences plus drôles ou des périodes de tension. La banalité ambiante traduit le parcours de chacun à travers une existence composée surtout de routine, d’habitudes, de répétitions masquant le vide d’une vie sans piment.

Les comédiens flamands jouent cela en français. Ils ne parviennent pas toujours à habiter un texte, à incarner des corps qui ont peu à peu perdu les élans, les pulsions. Mais ils donnent aux répliques de Pinter leur valeur de révélateurs de la quasi impossibilité d’être constamment dans la sincérité alors qu’on est incertain de la réaction d’autrui car, bien que croyant le connaître, on ne le connait pas vraiment.

Trahisons
Lessines - Belgique Le 26/01/2020 à 17h30 Théâtre Jean-Claude Drouot Centre culturel René Magritte 21 rue des Quatre Fils Aymon Téléphone : +32 (0)68 250 600. Site du théâtre Réserver  

Trahisons

de Harold Pinter

Théâtre
Mise en scène : Robby Cleiren, Jolente De Keersmaeker, Frank Vercruyssen
 
Avec : Robby Cleiren, Jolente De Keersmaeker, Frank Vercruyssen

Texte français :Eric Kahane
Lumières : Thomas Walgrave
Costumes : Ann D’Huys
Technique
: Tim Wouters

Durée : 1h30 Photo : © DR  

Production : tg STAN

Comparer : version de Bélier-Garcia ( http://www.ruedutheatre.eu/article/2773/trahisons/)

                   version d'Otoniente ( http://www.ruedutheatre.eu/search/?play=trahisons )