Michel VOITURIER Mons
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Publié le 11 décembre 2019
Voici quelques témoignages significatifs de citoyens ayant vécu différentes époques du communisme à la russe, dont celle de l’après chute du mur de Berlin. Ils révèlent un système ayant occulté la réalité, une utopie galvaudée, des idéaux trahis. Ils attestent des blessures profondes d’une humanité broyée par une idéologie d’état.

Sept témoignages se succèdent sur scène. Tous sont transmis par le filtre d'un micro auquel la plupart s’accrochent comme à un pilier salvateur dans un décor de salle de classe en ruine. Successivement, les personnages viennent se confier, dessinant le portrait d’un état totalitaire rigide, dévoilant des faits et les émotions qui en découlent. C’est la mère d’un jeune étudiant suicidé, un camarade de sa classe, une femme née dans un  goulag, son fils devenu aviateur de l’armée nationale, une rescapée de Tchernobyl, un autre militaire traumatisé par les violences internes, un ex-responsable du parti communiste

Le contenu de la pièce est la synthèse perturbante de ce que nous savions de l’extérieur, confusément, à propos du régime sous Staline et ses successeurs. Nous voyons les conditionnements par la propagande, la foi en une existence sans classes sociales et avec le bonheur égalitaire, les désillusions, les erreurs despotiques impitoyables, l’arrivée chaotique du capitalisme, la nostalgie d’un passé nourri de quelques réussites scientifiques et sociales ancrées dans un espoir obsessionnellement entretenu.

Les cendres d'une utopie

Une forme dévoreuse de fond

Cela serait magistral si la réalisation d’Emmanuel Meirieu était à la hauteur des intentions. Il prétend faire oublier au spectateur qu’il est au théâtre ; il veut montrer des êtres ordinaires en train de faire des confidences de manière naturelle en toute proximité. Premier paradoxe, il les place dans un décor d’opéra, grandiose et écrasant, symboliquement juste, en partie sauvé grâce au travail d'éclairage. Second paradoxe, ses comédiens se servent d’un micro au lieu de nous donner la nudité émotionnelle de leur parole.

Résultat, le son est déformé, les mots dits trop près forment souvent un magma tapageur qui rend les discours inaudibles, maltraités par des mains qui tripotent le micro, déformés par une diction inadaptée, malmenés par chaque tentative d'effets vocaux et concurrencée par le niveau sonore d'une bande son formidable mais déferlante.

La preuve de ce désastre est donnée avec éclat lorsque le dernier témoin parle : il apparaît, lui, sur un écran, son micro est de haute fidélité et l’acteur se tient à une distance sans perturbation, sa diction étant de surcroît articulée avec maîtrise. Il est le seul et unique dont on comprend clairement chaque mot, chaque phrase. Il surgit, hélas, après une heure trente de bavardage alors que nous aurions dû être portés en empathie par chacune des confessions recueillies. Et dont il ne subsiste que des bribes.

Consolation : nous pourrons toujours nous référer au livre de Svetlana Alexievitch qui, rappelons-le, a reçu le prix Nobel en 2015 pour l'ensemble de sa production littéraire consacrée aux citoyens de Russie à travers l'histoire récente. Sans doute comprendrons-nous mieux alors l'interrogation que Merieu nous lance: Un idéal est-il ce qui nous permet de supporter l'insupportable ?

La fin de l'homme rouge
Mons - Belgique Le 10/12/2019 à 20h Le Manège 1 rue des Passages Téléphone : 32 (0) 65 39 59 39 . Site du théâtre Réserver  

La fin de l'homme rouge

de Svetlana Alexievitch

Document Théâtre
Mise en scène : Emmanuel Meirieu
 
Avec : Stéphane Balmino, Evelyne Didi, Xavier Gallais, Anouk Grinberg, Jérôme Kircher, André Wilms, Maud Wyler, Catherine Hiegel (voix off de l'auteure)

Traduction: Sophie Benech
Adaptation: Emmanuel Meirieu
Musique: Raphaël Chambouvet
Costumes : Moïra Douguet
Lumières, décor, vidéo
: Seymour Laval, Emmanuel Meirieu
Son: Raphaël Guénot, Félix Muhlenbach

Durée : 1h50 Photo : © DR  

Production: Le Bloc Opératoire, La Criée (Marseille)
Coproduction: . ExtraPôle Provence Alpes Côte d’Azur, Les Gémeaux  (Sceaux) Théâtre du Jeu. de Paume (Aix en Provence), Liberté  (Toulon), Théâtre national (Nice) – CDN Nice Côte d’Azur, L’Arc (Le Creusot), Châteauvallon, DSN Scène Nationale (Dieppe).
Conventionnement : Drac Rhône Alpes
Soutien : Région Auvergne Rhône Alpes, Ville de Lyon   

Lire : Svetlana Alexievitch, La fin de l'homme rouge ou le Temps du désenchantement, Arles, Actes Sud, 2013 ; La Supplication. Tchernobyl chronique du monde après l'apocalypse, Paris, J'ai lu, 2011

 

Comparer : http://www.ruedutheatre.eu/article/4197/la-fin-de-l-homme-rouge/  (Tinazzi)

                  http://www.ruedutheatre.eu/article/4197/la-fin-de-l-homme-rouge/  (Strouck)

 

Compléter : http://www.ruedutheatre.eu/article/1917/la-supplication/

                   http://www.ruedutheatre.eu/article/3881/l-herbe-de-l-oubli/

 

Ecouter : https://www.franceculture.fr/emissions/fictions-theatre-et-cie/la-fin-de-lhomme-rouge-de-svetlana-alexievitch?xtor=EPR-5&actId=ebwp0YMB8s0XXev-swTWi6FWgZQt9biALyr5FYI13OpjoyzyfECKvA2COrpmx1jG&actCampaignType=CAMPAIGN_MAIL&actSource=579209