La Très Bouleversante Confession de l'homme qui a abattu le plus grand fils de pute que la terre ait porté
Karine PROST Tours
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Publié le 30 décembre 2019
Spectacle choral aussi drôle que brutal, engagé et esthétique, "La Très Bouleversante Confession..." invite le public à la réflexion tout à la fois sur l'hégémonie culturelle nord-américaine et les contradictions des sociétés démocratiques. Le tout sans rien céder à la qualité artistique. Brillant.

Un plateau quasi nu, traversé d'un vaste rideau de chainettes d'acier. Comme scintillant de mille feux disco. Un rideau de lumière qui sera aussi mur de séparation, mur de projection, mur opaque levant le voile sur le quotidien d'une vie. Une vie de soldat en attente du grand jour dans le désert afghan. Une vie qu'un homme fait vibrer en quelques mots, sur un entêtant rythme de cœur qui bat. 

L'histoire pourrait être simple. Celle d'un soldat au milieu de tant d'autres. Engagé pour la défense de valeurs dont il ne saisit plus forcément les contours une fois en attente à mille lieux de chez lui.  Et dont l’histoire ne retiendra rien, si ce n’est un geste : il a abattu « le plus grand fils de pute que la Terre ait porté ». 

L’histoire aurait pu être aussi simple que cela. Sauf que la réalité n’est jamais aussi limpide. Et que les bons ne sont totalement bons que dans les séries B. L’histoire de ce soldat se décalque alors sur celle, plus insidieuse et tourmentée, des impérialismes de tous poils. Soulevant les questions de légitimité, de valeurs croisées, d’intérêts politico-économiques et de récupération diplomatique des combats. La toute puissante « Amérique », continent résumé à un seul pays, en prend pour son grade. Mais avec elle, toutes les démocraties contemporaines sont égratignées. Avec justesse. 

Et l’argument ne cède jamais à la facilité théâtrale. Le propos est conduit avec une fluidité particulièrement étonnante quand on pense à la difficulté de le construire de manière collective. L’orchestration commence avec sobriété, tant dans la mise en scène que les créations lumières. Puis les mouvements s’accélèrent, les mots s’entrecroisent, les temps s’entrelacent, les lumières et les sons se complexifient. Prouesses techniques conduites sans fatuité, avec en point d’orgues une superbe simulation de décollage d’hélicoptère. 

Voilà donc bien une confession qu’il est urgent d’entendre. Pour la justesse de son interprétation, pour la richesse de son écrin technique, pour la beauté de ses lumières. Et surtout pour la puissance de son texte, qui lève les écrans de fumées sur des vies abruptes, violentes, belles, fragiles et qui nous interroge sur nos représentations, parfois très primaires, de la réalité. Un texte qui dessine des histoires comme un patchwork. Mis en vie par une cohorte de personnages sans nom. Tout à la fois acteurs et relais d'un récit sans nuance. Et qui signent une partition collective dans un superbe unisson.

Paris Du 07/01/2020 au 18/01/2020 à 19h30 Le Monfort Théâtre 106, rue Brancion 75015 Paris Téléphone : 01 56 08 33 88. Site du théâtre   Vendôme Le 23/01/2020 à 20h30 L'Hectare - Le Minotaure 8, rue César de Vendôme 41100 Vendôme Site du théâtre   Saint-Quentin-en-Yvelines Du 03/03/2020 au 04/03/2020 à 20h30 Théâtre Place Georges Pompidou Téléphone : 01 30 96 99 00. Site du théâtre  

La Très Bouleversante Confession de l'homme qui a abattu le plus grand fils de pute que la terre ait porté

de d'après Emmanuel Adely / collectif NightShot

Théâtre
Mise en scène : Clément Bertani et Edouard Bonnet
 
Avec : Clément Bertani, Pauline Bertani, Brice Carrois, Juliette Chaigneau, Laure Coignard, Julien Testard, Mikaël Teyssié

Création sonore : Antoine Prost

Scénographie : Gaspard Pinta

Création lumière : Léa Maris

Création vidéo : Baptiste Bertrand

Décor : CDN Tours

Durée : 1h30 Photo : © François Berthon  

Spectacle vu à Tours,

Centre National Dramatique - Nouvel Olympia - présenté du 21 au 26 novembre 2019