Noël TINAZZI Paris
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Publié le 30 novembre 2019
Le cinéaste américain James Gray signe une mise en scène pointilleuse de l’opéra de Mozart. Très classique, le spectacle est d'une grande richesse tant scénique que musicale.

Le rideau de scène, avec ses figures peintes de personnages de la commedia dell'arte, porte à croire que ces Nozze di Figaro relèvent du théâtre musical bouffon. Mais rien dans la pièce qui s'ouvre ne relève du théâtre de tréteaux, encore moins de l'improvisation. Bien au contraire, extrêmement léché et luxueux à tous points de vue, le spectacle n'a de la commedia dell'arte que les péripéties. Et tout, dans la mise en scène comme dans l'interprétation musicale, signale un travail de détail pointilleux, d'un extrême raffinement, mais très classique et un rien conventionnel. Pas spécialement originales mais respectueuses de l'éblouissante mécanique musicale orchestrée par Mozart, ces Noces sont un régal pour les mélomanes mais laissent les théâtreux avides d’innovations formelles sur leur faim.

Abordant pour la première fois la mise en scène d'une œuvre lyrique, James Gray, grand amateur du genre, pèche par modestie, se déclarant "au service de l'opéra", se gardant comme la peste de "réinventer quelque chose qui est intrinsèquement parfait". En cinéaste, l'auteur de Little Odessa et, plus récemment, d'Ad Astra, a découpé le spectacle en séquences contrastées, chacune avec son tempo et sa tonalité propres. On passe ainsi de la mélancolie de la comtesse délaissée par son mari, le Comte Almaviva, odieux aristocrate exsudant la violence à peine rentrée, aux tendres chamailleries du couple d'amoureux formé par la camériste Susanna et son promis l'infatigable Figaro. Mais tout dans l'expression des désirs et des sentiments est fait pour les gros plans dont le cinéaste, auteur de fresques familiales sensibles, est familier. Le problème est que ces gros plans, ces zooms passent mal la rampe du Théâtre des Champs Elysées.

Horlogerie musicale

Ce qui est manifeste en revanche, c'est la richesse de cette co-production bien dotée, avec ses décors délicieusement désuets agrémentés de trompe-l'œil baroques très XVIIIème qui favorisent la circulation des chanteurs dans cette comédie virevoltante à grande distribution où tout le monde trompe tout le monde à un moment donné et où tous s'ingénient à contrarier les noces de Susanna et de Figaro. D'époque aussi, les costumes de Christian Lacroix sont d'une élégance inouïe, notamment ceux du couple d'aristocrates somptueusement parés.

Mais le vrai meneur de jeu du spectacle est le chef Jérémy Rhorer, grand mozartien, qui avec une maîtrise et un dynamisme sans faille porte à son zénith, avec son orchestre Le Cercle de L'Harmonie, l'horlogerie musicale de Mozart, sertie d'airs solistes virtuoses, d'ensembles de voix vertigineusement entrelacées et de chœurs vibrants.

Formant une équipe homogène malgré leurs horizons divers les chanteurs/acteurs ont l'âge et le physique de leur rôle. Le baryton-basse Robert Gleadow campe un Figaro très tonique, la soprano Anna Aglatova une Susanna pétulante, le baryton Stéphane Degout un Comte plein de mordant, et la soprano Vannina Santoni une Comtesse attendrissante. Quant aux seconds rôles, ils ne déparent pas dans ce spectacle de premier ordre.

Les Noces de Figaro
Paris Du 26/11/2019 au 08/12/2019 à 19H30 Théatre des Champs-Elysées 15 avenue Montaigne, 75008 Paris Téléphone : 01 49 52 50 50. Site du théâtre Réserver  

Les Noces de Figaro

de Wolfgang Amadeus Mozart

Opéra
Mise en scène : James Gray
 
Avec : Anna Aglatova, Robert Gleadow, Stéphane Degout, Vannina Santoni, Eléonore Pancrazi, Carlo Lepore, Jennifer Larmore, Marceline, Florie Valiquette, Mathias Vidal, Matthieu Lécroart, Rodolphe Briand

Direction musicale : Jérémie Rhorer
Scénographie : Santo Loquasto
Costumes : Christian Lacroix
Lumières : Bertrand Couderc

Durée : 2h40 Photo : © Vincent Pontet