Noël TINAZZI Paris
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Publié le 18 novembre 2019
Puisant librement dans «Les Mille et Une Nuits», Guillaume Vincent tisse un spectacle labyrinthique, drôle et salace, servi par une troupe joyeuse d’acteurs qui mettent en évidence la force du conte contre la barbarie.

«Très librement inspiré des Mille et Une Nuits», prévient le programme. S’il se base sur le fameux recueil de contes arabes, Guillaume Vincent créée un univers bien à lui sur la scène de l’Odéon avec sa dizaine de comédiens qui peuvent aussi se faire danseurs, chanteurs et musiciens. Dans un décor kitsch, habilement superposé, le spectacle enchaîne une douzaine de contes, en commençant bien sûr par celui de Schéhérazade. Dans une niche, un musicien qui joue de l’oud et de la bombarde accompagne ces récits qui, dans ans un joyeux mélange des genres, des époques et des styles, vont du gore à l’onirique, du réaliste au fantastique, du cruel au sensuel, du poétique au salace...  Un cocktail drôle, parfois incongru, plein de surprises et d’inventions avec des djinns qui ont des allures de gremlins surgissant de leur cache et les femmes d’anges ou de diablesses charmeuses et cruelles.

Conteur dans l’âme, Guillaume Vincent dont le précédent spectacle, Songes et Métamorphoses, qui emboîtait  des contes de Shakespeare et d’Ovide, en 2017, avait enchanté l’Odéon/Berthier, fait l’impasse sur l’exotisme de pacotille, les lampes merveilleuses, tapis volants, et autres vizirs enturbannés pour dérouler sur la scène de l’Odéon un monde personnel, dépaysant, qui nous parle par de-là les fantasmes. A l’envers d’une vision réductrice alignant les clichés paresseux, il nous conduit à travers un dédale de récits venus des traditions orales impliquant tout ce qu’on appelle l’Orient, de la Chine à la Perse en passant par l’Inde et bien sûr le monde arabe.

Plutôt que la traduction d’Antoine Galland très expurgée, datée du XVIIIème siècle, le metteur en scène s’appuie sur celle de Joseph-Charles Mardrus, qui à la fin du XIXème, n’élude rien et en rajoute même une couche sur la sensualité.  Sorte de patchwork labyrinthique, le spectacle a pour seul fil rouge la puissance de l’imagination et nous promène de la Bretagne à l’Égypte via le Paris d’aujourd’hui.

Schéhérazade moderne

On connaît l’amorce qui est en soi un conte inépuisable : un roi nommé Schahriar est trompé par son épouse; en véritable psychopathe il la décapite et prend la résolution d’épouser chaque jour une nouvelle vierge qu’il déflorera et fera exécuter au petit matin. Quand vient son tour, Schéhérazade parvient à rompre le cycle infernal de la barbarie en commençant une histoire palpitante qu’elle interrompt à l’approche du jour. Impatient de connaître la suite, le roi lui laisse la vie sauve, et la conteuse enchaîne les récits sans interruption durant mille et une nuits, c’est-à-dire à l’infini.

Lâchant la bride à sa propre imagination et à celle de ses acteurs pendant les répétitions, Guillaume Vincent ajoute ses propres récits à ces récits gigognes qui s’emboîtent les uns dans les autres avec des clins d’œil à l’époque d’aujourd’hui. Notamment, l’histoire de la légendaire chanteuse Oum Kalthoum, capable de tenir son public en haleine avec une seule chanson qui pouvait durer plusieurs heures. L'image de cette star absolue, Schéhérazade moderne, s’imprime dans les mémoires où elle figure comme une effigie de ce spectacle enchanteur.

Les Mille et Une Nuits
Paris Du 08/11/2019 au 08/12/2019 à 20h Odéon Théâtre de l'Europe Place de l'Odéon Téléphone : 01 44 85 40 40. Site du théâtre

Dimanche à 15h

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Les Mille et Une Nuits

de Guillaume Vincent d'après "Les Mille et une Nuits"

Théâtre
Mise en scène : Guillaume Vincent
 
Avec : Alann Baillet, Florian Baron, Moustafa Benaïbout, Lucie Ben Dû, Hanaa Bouab, Andréa El Azan, Émilie Incerti Formentini, Florence Janas, Kyoko Takenaka, Makita Samba, Charles-Henri Wolff

Dramaturgie : Marion Stoufflet
Scénographie : François Gauthier-Lafaye
Collaboration à la scénographie : Pierre-Guilhem Coste
Lumière : César Godefroy
Collaboration à la lumière :
Hugo Hamman
Composition musicale : Olivier Pasquet
Son : Sarah Meunier-Schoenacker
Costumes :
Lucie Ben Dû
Regard chorégraphique :
Falila Tairou

Durée : 3h Photo : © Elizabeth Carrechio