Noël TINAZZI Paris
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Publié le 17 novembre 2019
Quatrième pièce d’Arne Lygre mise en scène par Stéphane Braunschweig, «Nous pour un moment». Sept comédiens incarnent les souffrances d’une vingtaine de personnages anonymes, tous en mal d’amour. Glacial

Ils n’ont pas de nom. Ils sont désignés comme «Une personne», «Un.e ami.e», «Une connaissance», «Un.e inconnu.e», «Un.e ennemi.e», vocables neutres qui s’affichent en lettres blanches sur les parois amovibles du décor minimaliste et néanmoins sophistiqué des Ateliers Berthier. On y reconnait la patte de Stéphane Braunschweig qui a traduit la pièce avec Astrid Schenka et assure aussi la scénographie. 

Après Je disparais et Jours souterrains en 2011 et Rien de moi en 2013, à La Colline qu’il dirigeait alors, le metteur en scène entre-temps passé à l’Odéon revient à son auteur contemporain fétiche, le  norvégien Arne Lygre, qui est aussi romancier. Il y orchestre une ronde ininterrompue, cérébrale et rien moins qu’enjouée de personnages en mal d’amour. A mesure que la pièce - qui tient beaucoup de ce que l’on a appelé dans les années soixante le « nouveau roman » - avance,  le rythme des séquences s’accélère et le mystère sur ces destins provisoirement croisés s’épaissit.

Dépressif et déprimant

Le plateau est un rectangle couvert d’eau dans lequel pataugent les sept acteurs chargés d’incarner à tour de rôle les personnages de ce carrousel dépressif et déprimant, très nordique. Ils peuvent jouer alternativement tel personnage en quête d’un autre et cet autre même, tous sexes confondus, chacun avec ses propres intentions soulignées par des sortes de didascalies comme "Je dis...", "Je pense...", "Je fais...", un peu comme s’ils étaient les témoins de leurs dires ou de leurs actes. Avant de passer le relais aux suivants qui peuvent être les mêmes impliqués dans d’autres vicissitudes, rencontres ou impasses familiales, professionnelles... toutes relations provisoires, instables, toujours vécues à bonne distance, pour un moment seulement.

Parfois se fait entendre l’écho d’une violence, accident, suicide, viol... qui affecte tel ou tel d’entre eux. Mais jamais la moindre effusion de sang ni de sentiment ni d’émotion. Impossible équation : ils sont tous en quête d’un.e autre mais en même temps revendiquent farouchement la solitude. Tous réclament de l’amour. Mais aucun ne se pose la (bonne) question : «Suis-je aimable ?» .

Nous pour un moment
Paris 17è Du 15/11/2019 au 14/12/2019 à 20h Odéon-Ateliers Berthier Angle de la rue Suarès et du Bd Berthier Téléphone : 01 44 85 40 40. Site du théâtre

Dimanche à 15h

Tournée : du 22 au 30 janvier 2020 au Théâtre National de Strasbourg

 

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Nous pour un moment

de Arne Lygre

Théâtre
Mise en scène : Stéphane Braunschweig
 
Avec : Anne Cantineau, Virginie Colemyn, Cécile Coustillac, Glenn Marausse, Pierric Plathier, Chloé Réjon, Jean-Philippe Vidal
Durée : 1h35 Photo : © Elizabeth Carecchio  

Scénographie : Stéphane Braunschweig
Traduction française : Stéphane Braunschweig, Astrid Schenka
Collaboration artistique : Anne-Françoise Benhamou
Costumes : Thibault Vancraenenbroeck
Lumière : Marion Hewlett
Son : Xavier Jacquot
Maquillages/coiffures : Karine Guillem
Assistanat à la mise en scène : Yannaï Plettener

Compléter : http://www.ruedutheatre.eu/article/1573/je-disparais/

                 http://www.ruedutheatre.eu/article/1631/jours-souterrains/

Lire : Arne Lygre, Nous pour un moment - Moi proche, Paris, L'Arche, 2019, 208 p.