Cinglée
Michel VOITURIER Tournai
Contact
Publié le 8 novembre 2019
Bien avant que le thème ne soit devenu d’une actualité impressionnante, Céline Delbecq a porté son attention sur le problème récurrent du féminicide. Son personnage de Marta Mendes est obsédé par les meurtres liés aux violences conjugales. Elle s’efforce de conscientiser la société à l’impunité qui se porte sur ces crimes de l’amour dévoyé.

Marta Mendes est une immigrée parfaitement intégrée à son pays d’accueil, la Belgique. Le choix de ce personnage est déjà tout un symbole. Lorsqu’elle découvre comment la presse relate ces faits divers où des hommes s’en prennent à leur compagne en les violentant, en finissant souvent par les massacrer, elle s’indigne. Elle rassemble peu à peu une documentation impressionnante. Elle décide de faire tout pour que ces crimes - si mal réprimés qu’ils ne cessent de croître - soient reconnus à leur juste degré de monstruosité.

Elle en devient obsédée. Elle écrit des lettres aux responsables politiques. Elle finit par écrire régulièrement au roi. Elle ne reçoit aucune réponse. Elle ne pense plus qu’à une chose : son combat. Mais elle est seule. Son fils ne la comprend pas. Son médecin ne semble  pas très coopératif.

Ce combat farouche, Anne Sylvain l’incarne. Elle est la narratrice de cette histoire exemplaire. Celle qui raconte, explique, informe, commente. Mais l’écriture de Céline Delbecq lui donne aussi la parole de Marta qui exprime des sentiments, qui souffre, qui s’émeut. Elle passe donc d’une certaine neutralité à une véritable émotivité. Ce va-et-vient entre un récit extérieur et l’expression d’une sensibilité permet, grâce à l’écriture de l’auteure, d’éviter le mélodrame, l’outrance dopée à la sensiblerie.

Car pas question ici de miser sur le sensationnalisme chéri par une certaine presse qui se préoccupe davantage de susciter des réactions primaires au détriment de l’analyse et de la réflexion sur les causes véritables et les conséquences sociétales de ce phénomène hérité d’un lourd passé machiste. Et précisément l’efficacité de cette pièce tient à ce choix de la parole sans fard.

 

L'efficacité de la sobriété

La mise en scène, la scénographie sont conçues dans un esprit identique. Nul effet dramatique, nul pathétique surjoué. Au contraire, des signes scéniques sélectionnés, évidents, efficaces. L’éclairage qui les accompagne est centré sur quelques endroits du plateau. Le reste de l’espace se laisse deviner assez pour distinguer ce qui s’y déroule.

Le crime n’est pas porté à la scène de manière faussement réaliste. Les femmes assassinées, c’est une silhouette féminine qui traverse le plateau dans la pénombre et disparaît en coulisses. Un parcours linéaire qui, au fur et à mesure, se charge du poids des disparitions. La violence n’est pas dissimulée. Elle devient une chorégraphie épurée, stylisée. Les gestes sont violents mais maîtrisés. Ils dessinent les actes, les donnent crument à voir sans les travestir sous la sentimentalité.

Une simple estrade permet d’imaginer l’espace restreint dans lequel s’est enfermée Marta que cadre un éclairage parcimonieux. La documentation qu’elle accumule tient dans des journaux empilés. Seul effet insolite, le praticable se déchire en deux parties à un moment capital, comme lorsqu’un tremblement de terre sépare deux morceaux de territoire par une fissure de la croûte terrestre. Et il se transformera à la fin en un symbole sensible qui résume le problème du féminicide.

Les rôles qui entourent le personnage principal sont aussi condensés en quelques gestes et attitudes significatives avec l’un ou l’autre accessoire dans la tenue vestimentaire. Cela vaut pour le fils, pour un homme, pour le médecin et le roi. Ils auront peu à dire, un peu qui s’insère dans le monologue principal et qui contient l’essentiel.

« Cinglée » est une œuvre forte, exigeante en attention, évidente en son propos sans le moindre didactisme. Elle met chacun en face de ses propres réflexions. De ses responsabilités également, sans discours moralisateur ou culpabilisant. Céline Delbecq, avec cette nouvelle pièce, poursuit sans concession son utile travail d’observation lucide de notre société.

Tournai - Belgique Du 05/10/2019 au 06/10/2019 à 20h Maison de la Culture Esplanade George Grard, boulevard des Frères Rimbaut, Téléphone : +32 (0)69 25 30 80. Site du théâtre

 

 

Réserver   Louvain-la-Neuve - Belgique Du 07/11/2019 au 20/11/2019 à ma me ve 20h30 je 19h30 sa 19h di 16h Atelier Théâtre Jean Vilar (Blocry) Réserver   Mouscron - Belgique Le 21/11/2019 à 20h30 Centre culturel Marius Staquet Place Charles De Gaulle Téléphone : (00.32)56/860.160.. Site du théâtre Réserver   Péruwelz - Combats PluriElles - Belgique Le 24/11/2019 à 20h Arrêt 59 (Foyer culturel) 59 rue des Français Téléphone : +32 (0)69 45 42 48. Site du théâtre Réserver   Comines - Belgique Le 23/11/2019 à 20h Centre culturel de Comines-Warneton 2, rue des Arts Téléphone : + 32 (0)56 56 15 15. Site du théâtre Réserver   Montluçon Du 26/11/2019 au 28/11/2019 à 20h30 je 19h30 Théâtre des Ilets Espace Boris Vian 27 Rue des Faucheroux Téléphone : 04 70 03 86 18. Site du théâtre Réserver   Huy - Belgique Le 21/01/2020 à 20h Centre culturel de l'Arrondissement de Huy Avenue Delchambre 7A Téléphone : 085 21 12 06. Site du théâtre Réserver   Bischwiller Le 25/01/2020 à 20h30 MAC Robert Lieb 1 rue du Stade Téléphone : 03.88.53.75.00. Site du théâtre Réserver   Dinant - Belgique Du 25/01/2020 au 25/02/2020 à 20h30 Centre culturel 37 rue Grande Téléphone : 082/21.39.39.. Site du théâtre Réserver  

Cinglée

de Céline Delbecq

Théâtre
Mise en scène : Céline Delbecq
 
Avec : Yves Bouguet, Stéphane Pirard, Anne Sylvain, Charlotte Villalong

Musique : Pierre Kissling
Création lumière : Julie Petit-Etienne
Scénographie : Thibaut de Coster, Charly Kleinermann
Regard dramaturgique : Silvia Berutti-Ronelt
Travail vocal : Sylvie Storme
Assistanat (en alternance) : Marion Hutereau, Annick Johnson
Régie générale : Aude Ottevanger
Assistanat : Delphine Peraya

Durée : 1h25 Photo : © Alice Piemme  

Accompagnement, diffusion : Bloom Project / Claire Alex
Coproduction : Compagnie de la Bête Noire, Rideau de Bruxelles, Théâtre des Ilets/Centre Dramatique national de Montluçon, Atelier Théâtre Jean Vilar (LLN), Centre culturel de Dinant, Maison de la Culture de Tournai/maison de création
Aide : Théâtre 140, Centre culturel Jacques Franck, Centre culturel de Mouscron, Centre culturel de Gembloux, Festival Paroles d’hommes, La Vénerie, Centre culturel de Huy, Théâtre du Rond-Point, Chartreuse Cnes de Villeneuve-Lez-Avignon, Wallonie Bruxelles Théâtre Danse, Le comité mixte/Fédération Wallonie-Bruxelles, Service de la Promotion des Lettres du Ministère de la Communauté française de Belgique

Lire : Céline Delbecq, Cinglée, Carnières, Lansman, 2019

Compléter: http://www.ruedutheatre.eu/article/3724/le-vent-souffle-sur-erzebeth/
            http://www.ruedutheatre.eu/article/3226/l-enfant-sauvage/
            http://www.ruedutheatre.eu/article/2524/eclipse-totale/
            http://www.ruedutheatre.eu/article/2396/abime/
            http://www.ruedutheatre.eu/article/1321/hetre/
            http://www.ruedutheatre.eu/article/1147/hetre/
            http://www.ruedutheatre.eu/article/158/le-hibou/

Prix: Triennal de Littérature 2019 de la Ville de Tournai pour "Le vent souffle sur Erzebeth"