Michel VOITURIER Tournai
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Publié le 5 octobre 2019
Une cinquantaine de supporters et autres personnages attachés au Racing Club de Lens parlent de leur passion pour le foot. Une radioscopie du monde du ballon rond.

"Stadium" se présente comme du théâtre document. C’est-à-dire qu’il s’y montre sur scène des personnes  et des situations directement reliées au réel. Ce qui se joue est en rapport avec la vie même de celle ou de celui qui (se) raconte. Toutes et tous ont des accointances plus ou moins affirmées avec le R.C. Lens, équipe célèbre dans les Hauts-de-France mais pas que. 

Mohamed El Khatib a choisi de faire défiler sur grand écran des pans de réel sous forme d’interviews filmés en vidéo. Il y adjoint quelques indications écrites d’informations historiques ou folkloriques. Et le reste du temps, en alternance, est dévolu à la cinquantaine de participants liés à la mouvance du club nordiste. Leurs interventions finissent par constituer un portrait sociologique et humain du rôle du sport de masse dans l’existence d’un nombre important d’habitants de Lens et de sa périphérie et sans aucun doute aussi ailleurs.

Se dessine vite la fresque de différents types de supporters. Il y a les inconditionnels, les impulsifs parfois jusqu’à la violence, les accros depuis l’enfance quelquefois par transmission  de parents à enfants, les sorteurs venus pour s’amuser. Voilà également les frustrés désireux de se défouler en étant présents à un exploit exaltant ou décevant qu’ils ne peuvent vivre eux-mêmes, souvent proches des résignés cantonnés au quotidien dans une vie de travail monotone ou de chômage endémique ; ils se donnent la possibilité de vibrer durant un moment en partage d’une sorte de vague idéal commun de réussite et de gloire… Au point, parfois, que cela frise l'addiction avec ses conséquences familiales négatives.

Il y a encore les actifs qui portent des drapeaux, qui organisent les réactions de petits groupes de spectateurs, ceux qui confectionnent les banderoles à arborer dans le stade. Puis les adolescentes devenues pom-pom girls et qui ont appris à avoir confiance en elles en se produisant devant un public impressionnant dans un spectacle rodé fait de rituels immuables. Et encore les mascottes, les déguisés qui amusent la galerie de leurs pitreries et cabrioles et encouragent l’équipe.

On n’oublie pas les sponsors sans qui rien n’existerait vraiment, puis le maire et un président appartenant par leurs fonctions à une sphère différente quoique proche. Et en fin de compte, les mal-aimés de tous : les arbitres.

Confrontation culturelle

Chacun ici, de la mamie octogénaire à la petite écolière,  vient jouer son propre rôle. Les paroles racontent des anecdotes, des émotions liées à des souvenirs de famille ou de championnats. On perçoit l’existence de toute une culture particulière. On découvre le point de vue d’un arbitre, cible facile des injures et des quolibets.  On comprend son fonctionnement face à ces agressions. On constate un certain clivage de classe. On assiste aussi, lors d’une séquence particulière,  avec une véritable émotion, à la révélation qu’il existe aussi quelque part des liens entre cette culture populaire et la culture étiquetée élitiste.


Un épisode est en effet révélateur. Un supporter d’âge mûr vient manier de façon chorégraphique un drapeau dédié au club. Cet étendard de grande taille est composé de plusieurs autres que sa mère, peu intéressée par le foot, lui a confectionné à la main patiemment durant des années. Son fils le brandit tandis que résonne la cantate « Nisi Dominus »  de Vivaldi, musique que la maman maintenant décédée avait coutume d’écouter en boucle.


Le spectacle n’échappe pas à une part d’ambigüité. Le cocktail réalité-fiction l’entretient. À la mi-temps, c’est une vraie friterie ambulante qui accueille les spectateurs amateurs de frites. Sur le plateau, les paroles sont celles des protagonistes mais mises en forme par le metteur en scène.  Celui-ci qualifie d’ailleurs sa réalisation de « performance pour supporters du RC Lens ».

Cette indétermination n’empêche en rien  la représentation de constituer une attrayante démonstration vivante au sujet d'une réalité qui concerne des centaines de milliers de citoyens. Elle pose des questions, comme celles qu' El Khatib adresse au public à la fin, à propos de cet événement similaire qui se passe aussi devant des foules venues applaudir ou siffler : le théâtre.

Stadium
Tournai - Halle des Sports - Belgique Le 02/10/2019 à 20h30 Maison de la Culture Esplanade George Grard, boulevard des Frères Rimbaut, Téléphone : +32 (0)69 25 30 80. Site du théâtre Réserver  

Stadium

de Mohamed El Khatib

Docu-fiction Théâtre
Mise en scène : Mohamed El Khatib, Fred Hocké
 
Avec : 53 supporters du Racing Club de Lens

Collaboration artistique : Violaine de Cazenove, Éric Domeneghetty
Assistanat au projet : Clémence Drack
Scénographie, lumière, vidéo : Fred Hocké
Environnement sonore : Arnaud Léger
Régie lumière, vidéo : Jonathan Douchet

Durée : 1h45 Photo : © Yohanne Lamoulère  

Production, diffusion : Martine Bellanza, Zirlib • www.zirlib.fr
Presse : Nathalie Gasser
Soutiens : Fondation d’entreprise Hermès (New Settings), Fonds SACD Théâtre
Coproduction : Centre dramatique national (Tours) Théâtre Olympia, Tandem Douai-Arras, Festival d’Automne (Paris), Théâtre de la Ville (Paris), La Colline (Châteauvallon), Le Grand T (Nantes), Théâtre national de Bretagne, Théâtre du Beauvaisis, Scènes du Golfe (Vannes) La Scène - Musée du Louvre-Lens 
Accueils en résidence : la Ville de Grenay, Le Quai - CDN Angers Pays de la Loire.
Conventionnement : Ministère de la Culture et de la Communication, Drac Centre-Val de Loire, Région Centre-Val de Loire Partenariat : Ville d’Orléans,Théâtre de la Ville (Paris), TnB Théâtre national de Bretagne

Compléter : http://www.ruedutheatre.eu/article/3589/finir-en-beaute/

Comparer : http://www.ruedutheatre.eu/article/4235/feminines/