Noël TINAZZI Paris
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Publié le 27 septembre 2019
Voulant actualiser la problématique de « Jules César », Rodolphe Dana enlève grandeur et relief à la pièce de Shakespeare jouée par la troupe de la Comédie française.

Tragédie intime ou drame politique ? Histoire ou mythologie ? Dans son adaptation de Jules César (1623) Rodolphe Dana balance entre ces divers pôles, enlevant grandeur et envergure à la pièce de Shakespeare, donnée dans la petite salle de la Comédie Française du Vieux-Colombier. Dans son souci d’actualiser la question du pouvoir personnel et de la démocratie, enjeu de la pièce, et faire place à l’actualité, il use de partis-pris rigides, contraignants et contestables. Comme celui qui renverse la convention prévalant à l’époque de Shakespeare et consistant à faire jouer tous les rôles par des hommes. Donc des actrices interprètent des personnages masculins et non des moindres : celui de César, de Cassius, de Marc Antoine... Ce qui contribue à brouiller un peu plus l’intrigue déjà passablement confuse avec une pléthore de personnages investis dans le meurtre de César, glorieux militaire soupçonné de vouloir instaurer le pouvoir absolu.

Sirènes populistes

Autres parti-pris :  la pauvreté, pour ne pas dire la nullité de la mise en scène, du décor et des lumières qui jettent les acteurs comme des dès sur le plateau sombre et presque nu, placé au centre du public par le dispositif bifontral adopté au Vieux Colombier. Non sans céder aux sirène populistes par ailleurs décriées, les spectateurs sont sans cesse appelés à donner leur avis sur telle ou telle question, comme si celle-ci les concernait directement. Pour les impressionner (influencer ?) des bruitages divers et variés (grondements de tonnerre ou de foule) viennent d’on ne sait où (du ciel, du peuple, du stade ?). Mais le procédé tombe à plat comme d’ailleurs le spectacle qui malgré (ou à cause des) les cris et l’agitation générale ne parvient jamais à décoller.

Nâzim Boudjenah est manifestement à la peine dans le rôle de Brutus, velléitaire tiraillé entre l’amour du père spirituel César et la crainte du dictateur potentiel. Dans une distribution sans relief, seules tirent leur épingle du jeu Martine Chevallier, qui campe avec son autorité naturelle un César crédible, et Georgia Scalliet un Marc Antoine démagogue retors.

Jules César
Paris Du 20/09/2019 au 03/11/2019 à 20h30 Comédie Française-Théâtre du Vieux-Colombier 21 rue du Vieux-Colombier, 75006 Paris Téléphone : 01 44 39 87 00/01. Site du théâtre

A 19h les mardis, 15h les dimanches

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Jules César

de William Shakespeare

Théâtre
Mise en scène : Rodolphe Dana
 
Avec : Martine Chevallier, Françoise Gillard, Clotilde de Bayser, Jérôme Pouly, Christian Gonon, Georgia Scalliet, Nâzim Boudjenah, Noam Morgensztern, Claire de La Rüe du Can et Jean Joudé

Adaptation, mise en scène et scénographie : Rodolphe Dana
Costumes : Élisabeth Cerqueira
Lumières : Valérie Sigward
Son : Jefferson Lembeye
Collaboration artistique : Marie-Hélène Roig
Assistanat à la scénographie : Karine Litchman

Durée : 2h Photo : © Vincent Pontet