Noël TINAZZI Paris
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Publié le 19 septembre 2019
Dans sa mise en scène du « Misanthrope », Alain Françon met en évidence la noirceur, le grinçant de la comédie de Molière. Gilles Privat incarne un Alceste pétri de mal-être.

Est-ce les acteurs ?  Ou la mise en scène ? Ou le décor ? Le fait est que Le Misanthrope d’Alain Françon, programmé par le Théâtre de la Ville à l’Espace Cardin, cultive le malaise, le grinçant, le réfrigérant. Si les alexandrins sont scrupuleusement dits et respectés, le plaisir du texte manque, la jubilation des joutes oratoires qui donnent à la comédie de Molière son piquant fait défaut.

Alain Françon, qui l’aborde pour la première fois, choisit sans doute à dessein, la pièce la plus complexe du dramaturge, la plus sombre aussi, et veut y voir la comédie la moins comique. Plus navrant que risible, son héros, auréolé du soleil noir de la mélancolie, vomit le monde et s’englobe lui-même dans sa détestation du genre humain sans pour autant susciter l’empathie.

On rit peu et presque avec mauvaise conscience dans ce spectacle où l’amant chagrin de la coquette Célimène, « l’atrabilaire amoureux »,  comme le veut le sous-titre de la pièce parue en 1666, n’a de cesse de combattre l’hypocrisie ambiante et goûte peu les plaisirs de la vie de cour que tente d’instaurer Louis XIV. Une vie de cour que Françon qualifie d’« entre-soi » et dans lequel Alceste refuse d’entrer, intransigeance anti-système qui n’est pas sans résonance avec certaines postures politiques d’aujourd’hui.

La tentation du désert

Le salon de Célimène où est censée se situer l’action est devenue l’antichambre d’un lieu de pouvoir grand siècle et grand genre mais toujours en cours de nos jours, notamment à l’Élysée. Impression confortée par les costumes XXème siècle. Le décor on ne peut plus neutre est garni de quelques banquettes inconfortables avec en toile de fond une immense photo de forêt enneigée. Un lieu glacial, où nul n’a envie de s’attarder, un non-lieu que Françon nomme « l’hiver des rapports humains ».  De temps à autre résonne un cor de chasse, une musique ou une rumeur : la vie mondaine se poursuit hors champ. Mais sur scène, l’ennui guette et la tentation du désert gagne.

Françon a laissé toute latitude à son comédien fétiche Gilles Privat, qui manie l’alexandrin à la perfection, pour souligner par un léger silence qui les précède les mots qu’il juge importants. Manifestant dans son corps les signes d’impatience qu’il éprouve à l’égard du monde, le comédien incarne un Alceste pétri de mal-être. A bout d’arguments face à Célimène (Marie Vialle, très raide), il finit par lâcher « point de langage ! ». Le désert auquel il aspire en s’enfonçant au tableau final dans le noir est aussi un désert des mots.

Le Misanthrope
Paris Du 18/09/2019 au 12/10/2019 à 20h Théatre de la Ville 2 place Châtelet Téléphone : 01 42 74 22 77. Site du théâtre Réserver   Paris Du 18/09/2019 au 12/10/2019 à 20h Théatre de la Ville 2 place Châtelet Téléphone : 01 42 74 22 77. Site du théâtre

A Strasbourg, TNS : du 16 au 21 octobre et du 4 au 9 novembre 19

 

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Le Misanthrope

de Molière

Théâtre
Mise en scène : Alain Françon
 
Avec : Gilles Privat, Pierre-François Garel, Régis Royer, Marie Vialle, Lola Riccaboni, Dominique Valadié, Pierre-Antoine Dubey, David Casada, Daniel Dupont, David Tuaillon

Dramaturgie, assistant mise en scène : David Tuaillon
Décor : Jacques Gabel
Lumières : Joël Hourbeigt
Costumes : Marie La Rocca
Création musique : Marie-Jeanne Séréro
Création son : Léonard Françon

Durée : 2h Photo : © Jean-Louis Fernandez

Comparer : http://www.ruedutheatre.eu/article/4067/le-misanthrope/ (Françon)

                  http://www.ruedutheatre.eu/article/3914/le-misanthrope/ (Serron)

                  http://www.ruedutheatre.eu/article/3521/le-misanthrope/ (Hervieu-Léger)

                  http://www.ruedutheatre.eu/article/2829/le-misanthrope/ (Perrenoud)

                  http://www.ruedutheatre.eu/article/2104/le-misanthrope/ (Sivadier)

                  http://www.ruedutheatre.eu/article/1714/der-menschenfeind-le-misanthrope/ (Van Hove)

                  http://www.ruedutheatre.eu/article/309/le-misanthrope-ou-l-atrabilaire-amoureux/ (Di Giovanni)

                  http://ruedutheatre.info/ 26 mars 2008 (Sireuil)