Michel VOITURIER Avignon
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Publié le 24 juillet 2019
Un repas de famille ou d’amis est en général un bon sujet théâtral. Dès qu’apparaissent des tensions, la matière devient vite comique ou dramatique. C’est bien le cas ici. Et ça dérive grave !

Un couple invite un autre couple. Les maris se connaissent par le boulot. C’est la première fois qu’ils mangent ensemble. Cette soirée s’annonce sous les auspices de la cordialité, de la bonne humeur et du partage gastronomique. Mais…

La présence d’invités voyeurs (les spectateurs installés dans la salle) avec qui les comédiens ont quelques échanges, met d’emblée la fiction scénique dans la réalité du public. Sans cependant, ambigüité fondamentale, inviter la salle à participer vraiment aux agapes. C’est le premier élément insolite.
Le deuxième, c’est ce membre muet de la troupe qui, lors du prologue, dirige un aparté musical à cappella d’un chant aux accents vaguement liturgiques ; qui s’installera à table ; qui ira jouer du clavecin et de l'accordéon. Il est là, un peu tel le ‘schmürz’ des « Bâtisseurs d’empire » de Boris Vian, être silencieux omniprésent durant toute la pièce. Sauf que, en cette occurrence, il ne s’agit pas d’un souffre douleur chargé d’être un exutoire ; il serait plutôt celui qui, mine de rien, imperturbablement, manipule les autres et les mène où il veut, vers un délire collectif hallucinant.

Les dialogues laissent percevoir une difficulté grandissante de communication. Peu à peu, les phrases prononcées se chargent de non-dits interprétés de plus en plus systématiquement comme des possibilités de conflit. Entre conjoints d’abord ; entre invitants et invités ensuite. Si la courtoisie prévaut au début, il est évident qu’elle n’est que de façade et que des violences latentes sont prêtes à dégénérer en conflits plus physiques.

La dérive, une fois amorcée ne sera plus désamorcée. Elle mène de manière inexorable vers un moment où ce qui a trait à la nourriture, aux relations corsetées par la bienséance dérape à la façon de certaines séquences cultes du film « La grande bouffe » de Marco Ferreri (1973) et tout à fait selon la même montée dramatique que dans un spectacle présenté voici quelques années par une jeune troupe parisienne à la Rose des Vents de Villeneuve d’Ascq lors s’un festival de l’eurométropole Lille-Courtai-Tournai.

Du réalisme quotidien, on glisse vers des références au ‘théâtre de la cruauté’ d’Antonin Artaud, vers le hard et même le gore. On s’aventure du côté des contrées obscures de la psychanalyse et d’une symbolique navigant entre éros et thanatos, entre passion et dévoration amoureuse.

Le choc est grand. La différence est abyssale entre les mots de théories intellectuelles et la présence charnelle des êtres, matérielle des objets et nourritures de l’existence ordinaire, entre raisonnement rationnel et névrose en actions. Pari réussi sans nul doute pour cette troupe qui ne craint pas de s’engager pleinement dans ce qu’elle propose.

On est sauvage comme on peut
Avignon - Avignon Off Du 05/07/2019 au 27/07/2019 à 19h40 Théâtre des Doms 1bis, rue des Escaliers Sainte-Anne. Téléphone : 04 90 14 07 99. Site du théâtre Réserver  

On est sauvage comme on peut

de Collectif Greta Koetz

Théâtre
Mise en scène : Collectif Greta Koetz
 
Avec : Marie Bourin, Antoine Cogniaux, Sami Dubot, Thomas Dubot, Léa Romagny

Régie générale : N. Marty, N. Docquier
Répétiteur chant : J.P Urbano
son
: M. Glaude

Durée : 1h20 Photo : © Dominique Houcmant  

Production : collectif Greta Koetz
Coproduction
: Théâtre National Wallonie-Bruxelles | MARS – Mons Arts de la Scène | Fondation Mons 2025 | Maison de la Culture Tournai | Coop asbl & Shelter Prod.
Aide Fédération Wallonie-Bruxelles
Soutien
taxshelter.be, ING & tax-shelter du gouv. fédéral belge | ESACT - Conservatoire royal de Liège, «Tremplin Pépites & Co» | L’ANCRE/Charleroi | La Chaufferie-Acte 1 | Festival de Liège | Festival «Ecoles de passage» – Metz

Accompagnement : Cie Artara