Y a pas grand-chose qui me révolte pour le moment
Michel VOITURIER Avignon
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Publié le 20 juillet 2019
Pas question de théâtre de l’absurde tel que connu dans les années 1950. Ni de réalisme, ni de surréalisme. Mais plutôt de ‘sous-réalisme’ sans jeux de mots, ni mots d’auteurs. Il s’agit de mettre en présence deux frères vivant ensemble avec un autre disparu depuis quinze ans et d’observer ce qui se passe.

Nicholas est de retour. Il a débarqué chez ses frères Hughes et Léo après une errance de quinze années. Tous trois sont cowboys. Du moins en ont-ils la tenue vestimentaire. La vie quotidienne se transforme irrémédiablement en nonsense. Mais pas n’importe lequel. Celui d’un théâtre qui avoue au public que c’est du théâtre et donc de la fiction, sauf que c’est vrai et donc du réel. Un réel qui perd très vite les apparences du réel pour prendre l’allure de jeux de rôles auxquels chacun se soumet tour à tour.

Alors bien sûr, les costumes changent sans cesse. Ils sont inattendus, farfelus, sans rapport avec les situations jouées. Celles-ci sont interprétées avec une sorte de désinvolture élégante, ce naturel le plus désarmant qui soit, celui du quotidien lorsqu’on est chez soi, dans l’intimité sans éprouver le besoin de mimer ces codes sociaux sans lesquels on se sent étranger même parmi les siens.

Rien de plus normal que de jouer au ping-pong sur la table où les ingrédients de l’apéro festif attendent des bouches pour les avaler. Idem pour le fait de poser la nappe au-dessus des éléments du repas. Pas de question non plus à se poser si l’un des trois frères est une femme à moustache. Aucune gêne à pratiquer un toucher rectal à une pastèque pour avoir la certitude que la maladie suivra son cours ordinaire. Ce qui n’est pas plus extravagant que de pratiquer un interrogatoire avec glace sans tain dans un salon très peu saloon.

Il arrive qu’ici se pratique ce que Jean Tardieu avait jadis préconisé dans une de ses pièces en un acte : « Un geste pour un autre ». Qu’on veuille doter d’une sécurité anti-intrusion une porte fermée par un rideau de fils plastiques. Que des éléments de maquillage métamorphosent un visage de jeune premier en celui de Quasimodo. Qu’un livreur de pizzas vienne livrer... une pizza. Que lorsqu’un noir se fait sur le plateau, il est remplacé par un éclairage qui change le cours du temps…

Il y aurait tant de trouvailles dans des tas de détails à citer, notamment de fréquentes mises en abyme à travers des commentaires des comédiens entre eux. Mieux vaut les découvrir dans cet univers de salon-cuisine désuet de petit logement étriqué et kitsch. Avec, à la clé, cette double question sans réponse : qu'est-ce qui est vrai ? qu'est-ce qui est faux ?

Avignon - Avignon Off Du 05/07/2019 au 24/07/2019 à 15h30 La Manufacture 2 rue des Écoles 84000 Avignon Téléphone : 04 90 85 12 71. Réserver  

Y a pas grand-chose qui me révolte pour le moment

de Alexis Armengol, Ludovic Barth, Mathylde Demar

Théâtre nonsesique Théâtre
Mise en scène : Alexis Armengol, Ludovic Barth, Mathylde Demar
 
Avec : Alexis Armengol, Ludovic Barth, Mathylde Demarez

Création Lumières : Rémi Cassabé
Création sonore : Benjamin Dandoy
Construction : Didier Rodot
Effets spéciaux Rebecca Flores
Remerciements : Caroline Guiela Nguyen

Durée : 1h45 (navette comprise) Photo : © Alice Piemme AML  

Coproduction: Clinic Orgasm Society, Théâtre à cru, Théâtre Varia, Centre dramatique de Bruxelles – BE
Soutien : Tax Shelter du Gouvernement fédéral de Belgique