Michel VOITURIER Avignon
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Publié le 20 juillet 2019
La Petite a 7 ans. Elle est accusée de la mort de ses parents Vera et Zak. Elle nous raconte sa version de la vie familiale et de quelle façon cette existence s’est transformée en fait divers. Parce que les membres de sa famille, grand-mère et grand-père compris, s’avèrent incapables de dire leur amour en mots.

Elle explique tout la Petite. Toute l’histoire de sa famille. De sa mère qui a quitté ses parents très jeune pour vivre sa propre vie en indépendance. Qui a rencontré un marginal avec qui elle a fondé un couple atypique mais fusionnel. Que ses grands-parents ont renié leur fille durant sept années. Que les retrouvailles ne se sont pas mieux passées que la rupture adolescente. Que les modes de vivre entre le cocon rigide d’hier et la désinvolture décontractée de la cellule d’aujourd’hui sont incompatibles.

De ce récit-là et de la parole des autres protagonistes que la gamine, il nait une particulière saveur. Car l’auteure leur confie une langue singulière qui bouscule agréablement l’oreille. Son français est le nôtre, même si celle qui l’a écrite est québécoise. Mais elle lui confère un brin d’insolite en jouant avec des inversions syntaxiques d’adjectifs ou de compléments, avec des ellipses qui raccourcissent la phrase, avec des comparaisons inattendues suscitant des images surprenantes.

La mise en scène de Clémence Carayol est réaliste. Enfin, pas au point d’infliger au public des actes copiés geste pour geste avec le réel. Nous sommes au théâtre et il est clairement montré qu’on fait comme si. Grâce à cela les ustensiles ou les objets ont le pouvoir de devenir symboliques, donc d’apporter un surcroît de sens. Et cela dès la première scène durant laquelle la gamine se présente.

Eva Dumont lui donne une spontanéité rafraîchissante même lorsqu’elle profère des réflexions profondes. France Renard est Vera, mère amoureuse, sensuelle, légère et pourtant grave. Zak est l’homme  à éclipses, habité par son amour des siens et tiraillé par celui de sa liberté d’ancien nomade, avare de parole.

Bérangère Dautun leur oppose sa rigidité de grand-maman traditionnaliste, formaliste, mêle-tout, à la sensibilité sous carapace. Alain Fabre, papie, ne tient pas non plus de discours ; il est là pour remettre les horloges à l’heure en quelques propos venus du bon sens. Quant à Aurélien Gouas, grain de sable externe, son discours n’est guère disert non plus car, à son tour, il appartient à ceux dont le vocabulaire franchit malaisément les lèvres.

Ces mondes qui s’affrontent au lieu de se supporter touchent. Sans verser dans la sensiblerie car l’humour subsiste. Le quotidien oscille sans cesse entre la jouissance d’une existence libérée et l’inquiétude de sa marginalité. Il suggère le conflit des générations et débouche sur un présent qui suscite un questionnement dont la réponse est à trouver par chacun.

Jouliks
Avignon - Avignon Off Du 05/07/2019 au 28/07/2019 à 16h45 Théâtre des Lucioles 10 rue du Rempart Saint-Lazare 84000 Avignon. Téléphone : Réservation +33 (0)4 90 14 05 51 . Réserver  

Jouliks

de Marie-Christine Lê-Huu

Théâtre
Mise en scène : Clémence Carayol
 
Avec : Bérengère Dautun, Eva Dumont, France Renard, Jean-Hugues Courtassol, Alain Fabre, Aurélien Gouas

Lumières : Jean-Yves Péruchon, Mathilde Monier
Décors : Jean-Yves Péruchon
Musiques, création sonore : Karim Lekehal

Durée : 1h20 Photo : © DR  

Diffusion : David Debarbat - 06 31 18 00 81 - jouliks.avignon2019@scenaviva.com
Production : Compagnie Et Plus Si Affinités - cie.etplussiaffinites@gmail.com
Soutien : Adami ; Compagnie Les Théâtr’ailes

Lire : Marie-Christine Lê-Huu , Jouliks, Carnières, Lansman, 2005
Prix : Sony Labou Tansi 2006 ;  Jeune public de la Bibliothèque A. Gatti (2005)