Noël TINAZZI Paris
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Publié le 30 mai 2019
Julie Brochen donne un maximum d’intensité à « Mademoiselle Julie », la pièce de Strindberg, qu’elle met en scène à l’Atelier. Anna Mouglalis et Xavier Legrand forment un couple maîtresse/valet au corps-à-corps dans les débordements d’une nuit de la Saint-Jean.

Lutte des classes ou lutte des sexes ? L’ambivalence persiste tout au long de la représentation de Mademoiselle Julie, montée par Julie Brochen à l’Atelier, tant les deux semblent inextricablement mêlées. La metteure en scène fait de la pièce de Strindberg (1888) un bloc compact d’une extrême intensité qui se déroule le temps d’une nuit, la plus courte de l’année, celle qui précède la nuit de la Saint-Jean, marquée par des réjouissances et des débordements de sensualité. Une nuit où s’affrontent une fille d’aristocrate, Mademoiselle Julie, qui vient de rompre avec son fiancé, et le valet de la maison, Jean. Une nuit de pulsions sauvages à laquelle on assiste presque en voyeur.

Julie Brochen avoue avoir évolué dans la vision de la pièce qu’elle a lue et jouée en sortant du Conservatoire, évolution qu’elle attribue à Bergman et à ses deux acteurs Anna Mouglalis et Xavier Legrand. Il s’agit désormais de dépasser la violence des rapports entre les sexes et l’incommunicabilité entre les êtres pour mettre en évidence la sensualité et l’audace de la pièce qui fit scandale à sa création et dérange toujours aujourd’hui tant elle transgresse les frontières sociales et esthétiques. Sans artifices aucun, dans un décor d’un extrême dépouillement où seuls des pétales de fleurs éparpillés sur le planchent disent le désordre de cette nuit, la mise en scène révèle le texte de Strinberg dans toute son âpreté.

Attraction/répulsion

En apparence, la pièce adopte les conventions du théâtre classique, que Julie Brochen veille à son tour à respecter strictement : unité de lieu (la grande cuisine de la demeure seigneuriale à la campagne), unité de temps (une nuit d’été sans entracte ni pause dont le déroulement est encadré par deux chansons de Gribouille) et unité d’action (une lutte pied-à-pied entre une maîtresse et son valet).

La metteure en scène s’implique sur scène dans le rôle de la cuisinière Kristin, bien décidée à maintenir chacun à sa place et dans son rôle. Au contraire, profitant de cette nuit de trouble et d’ivresse, Julie n’a de cesse de renverser ce positionnement immuable, très symboliquement elle boit de la bière tandis que le valet, lui, s’offre du bourgogne pris dans la cave de son maître.

Avec sa haute silhouette élégante, son port altier et sa voix grave, Anna Mouglalis incarne une Julie tour-à-tour impérieuse et vulnérable, avide d’expériences et de sensations, oscillant dans un état de semi-conscience entre tentatives d’approche, gestes de tendresse et assauts de cruauté envers le valet. Dans ce jeu d’attraction/répulsion, Xavier Legrand ne lui cède en rien, ni en orgueil ni en cruauté, valet qui renverse avec maestria les rôles de domination et accule sa maîtresse aux extrémités auxquelles elle s’est elle-même comdamnée.

Mademoiselle Julie
Paris Du 28/05/2019 au 30/06/2019 à 19h Théâtre de l’Atelier Place Charles Dullin, 75018 Paris Téléphone : 01 46 06 49 24. Site du théâtre

Dimanche à 15H

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Mademoiselle Julie

de August Strinberg

Théâtre
Mise en scène : Julie Brochen
 
Avec : Anna Mouglalis, Xavier Legrand, Julie Brochen

Scénographie, costumes : Lorenzo Albani
Lumière : Louise Gibaud
Création sonore : Fabrice Naud

Durée : 1h30 Photo : © Franck Beloncle  

Production : Les Compagnons du Jeu

Comparer: version de Jasmina Douieb (http://www.ruedutheatre.eu/article/1702/mademoiselle-julie/ )

             version de Frédéric Sischbac (http://www.ruedutheatre.eu/search/?play=mademoiselle+julie )

          version de Schiaretti (http://www.ruedutheatre.eu/article/1352/mademoiselle-julie-creanciers/ )

              version de Martineau ( http://www.ruedutheatre.eu/article/898/mademoiselle-julie/ )

              version de Jacques Vincey ( http://ruedutheatre.info/ )

Lire : August Strinberg Mademoiselle Juile, Paris, L'Arche, 2002 (traduction Boris Vian)