Michel VOITURIER Villeneuve-d'Ascq
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Publié le 20 mai 2019
Il s’installe sans hâte. Il a des manies répétitives de minutieux obsessionnel. Il se livre à la banalité de petites actions banalement quotidiennes. Seulement voilà, cela ne se passe pas toujours comme il l’aurait espéré.

Clown sans grimage ni uniforme traditionnel d’auguste, Manceau pratique des actes très ordinaires. Sur une table basse à tiroir, il dispose ses petites affaires. Il se prépare du thé. Il est muet. Les gestes et les objets parlent pour lui.

Lorsque cela ne se passe pas sans incident, autrement dit presque toujours, il s’étonne, se questionne mentalement, refait autant de fois qu’il le peut ce qui a dévié. Cela rate ou réussit. Plus ou moins. Insister afin d’aller au bout de ce qui doit être semble une seconde nature pour cet adroitement malhabile.

Les gags se construisent peu à peu. Jusqu’à l’absurde. Jusqu’à quasi nier les lois élémentaires de la gravitation universelle. Parfois même jusqu’à les subir tout en s’échinant à les pervertir. C’est cela : c’est un être à la solitude perverse.

Au point que, dès qu’il a construit, agencé, pratiqué ses actes de la banalité, il détruise sa claustration, il rompe son isolement en faisant – sans paroles – appel au public pour l’aider. Mais pas question de solidarité. Seulement des petits coups de pouce qui seront frustrés de toute gratification. Sans le moindre soupçon de remords.

Au contraire car en dépit de son calme apparent, le voici qui se dote de ces doigts effilés caractéristiques du Freddy Krueger du cinéaste d’épouvante Wes Craven. La violence surgit un moment avant de s’effacer. Les rires s’en trouvent interloqués. Le personnage redevient le mime Manceau. Qui repart comme venu, ambigu, discrètement après avoir tout rangé. Minutieusement. Comme si de rien n’était.

Comme s’il n’avait pas été présent durant presque une heure, assis en solitaire à se servir des objets ordinaires de la façon dont les gosses se servent quand ils se racontent des histoires, seuls, dans leur chambre, un grenier, une cave, un terrain vague… défoulant leur imaginaire loin d’adultes trop omniprésents ou trop souvent absents.

Vu
Villeneuve d'Ascq (Lille) - Théâtre d'Objets Du 15/05/2019 au 18/05/2019 à 16h19h La Rose des Vents Boulevard Van Gogh, Téléphone : 0320 61 96 96. Site du théâtre Réserver  

Vu

de Étienne Manceau

Seul-en-scène à partir de 7 ans Jeune Public
Mise en scène : Étienne Manceau
 
Avec : Étienne Manceau

Œil extérieur : Sylvain Cousin
Scénographe, constructeur : Guillaume Roudot

Durée : 50' Photo : © Alexis Doré  

Production : Cie Sacécripa
Coproduction, accueil en résidence : Promenade(s) en Haute Garonne, Centre National des Arts de la Rue /Le Samovar, Bagnolet /Quelques p’Arts… Scène Rhônes-Alpes
Accueil en résidence, soutiens : CIRCa, Pôle National des Arts du cirque, Auch/Le Petite Pierre, Jegun/l’Espace Catastrophe, Centre International de Création des Arts du Cirque (Bruxelles)/La Grainerie, Balma
Soutiens : le Lido (Toulouse)/l’Eté de Vaour