Michel VOITURIER Tournai
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Publié le 3 mars 2019
Production militante, cette réalisation tente d’approcher au plus près la problématique de la pauvreté et en particulier celle des sans abri. Mêlant témoignages, transpositions scéniques et fiction dramatique, elle révèle et interroge.

Le Théâtre Action possède toujours une dimension militante. Souvent positionné ‘à gauche’, il utilise les procédés scéniques pour habiller un discours politique critique porté sur des dysfonctionnements sociaux et sociétaux. Le risque en est la difficulté à ne pas se cantonner dans la revendication, à ne pas s’enliser dans le documentaire statistique, à ne pas privilégier essentiellement la dimension artistique. Équilibre difficile !

L’objectif attesté est d’informer, de donner la parole à ceux qui ont rarement l’occasion de la prendre, de souligner des perceptions stéréotypées de la misère, de suggérer des réflexions qui amèneraient à des actions positives en vue du changement.

La part document vient de statistiques, extraits de presse, interviews de rejetés de la cité et d’hommes politiques ou autres. S’y adjoint une portion plus humoristique de parodies ou de pastiches. Tirades et dialogues s’enchaînent. Ils nous apprennent des chiffres pas souvent cités comme l’écart abyssal qui existe entre le pourcentage de la fraude sociale et celui de la fraude fiscale. Ils nous emmènent du côté de dispositions administratives tatillonnes qui empêchent une réinsertion dans le circuit citoyen.

Le vécu émotionnel des sans abri y apparaît. La spirale de l’accroissement individuel de la misère se révèle mécanisme implacable. Le fonctionnement économique plutôt anarchique de la mondialisation face à l’humain nous est livré sous l’angle de ses dérives. Tout concourt à prouver que la part consacrée à trouver une sorte de concordance entre besoins et moyens, entre collectivité et individu.

Le contenu militant irritera sans doute ceux qui ont une vision plus libérale de l’organisation sociétale démocratique. Cela restera à nuancer lors de débats ou de mises au point. Ce qui demeure évidence reste que la grande majorité des progrès sociaux sont issus de luttes des intérêts collectifs contre les possessions de biens et de pouvoirs d’une minorité.

Les formes données à ce spectacle s’appuient évidemment sur une série de codes propres au théâtre. Pour convaincre sans ennuyer, l’équipe a cherché à en varier les formes. Elle y est parvenue. Bien que déforcée par la dramatisation extrême de la séquence finale qui se distancie de façon plutôt outrée en ayant recours à des effets dramatiques démesurés, remplaçant les possibilités de réfléchir par un recours systématique à une émotion manipulatrice. Et qui gomme, derrière cette métaphore spectaculaire, la clarification attendue à propos de la "sherwoodisation".

De cette démarche généreuse, il ressort qu’il est temps, pour aboutir à des changements radicaux de mentalités, de se demander si les concepts plutôt vagues et abstraits du siècle des lumières ayant abouti à la révolution française de 1789, à savoir les ressassés ‘liberté-égalité-fraternité’, ne devraient pas être aujourd’hui supplantés par les notions plus concrètes d  ‘autonomie-équité-solidarité’.

Combat de pauvres
Tournai - Halle-aux-Draps - Belgique Du 26/02/2019 au 27/02/2019 à 20h Maison de la Culture Esplanade George Grard, boulevard des Frères Rimbaut, Téléphone : +32 (0)69 25 30 80. Site du théâtre Réserver  

Combat de pauvres

de Collectif

Théâtre
Mise en scène : Cie Art & tça
 
Avec : Charles Culot, Alexis Garcia, Camille Grange

Ecriture et direction d’acteurs : David Daubresse
Accompagnateur technique : Jean-Louis Bonmariage
Scénographie : Claudine Maus
Regards extérieurs : Christophe Menier, Julie Remacle
Montage vidéo : Marie Gautraud

Durée : 1h15 Photo : © DR  

Production : Cie Art & tça
Coproduction : L’Atelier 210 ; la Coop asbl et Shelter Prod ; LA maison, maison de création-Tournai
Soutien : Fédération Hainaut-Namur des Métallos MWB-FGTB ; taxshelter.be, ING et du tax-shelter du gouvernement fédéral belge ; Théâtre de l’Ancre; La Fabrique de Théâtre/Service des Arts de la Scène de la Province de Hainaut ; La Fondation Syndex ; Ad Lib, Festival de Liège, Centre culturel de Durbuy, Centre culturel de Marchin
Projet : développé dans le cadre de “La Chaufferie-Acte1
Aide : Fédération Wallonie-Bruxelles - Direction du Théâtre
Remerciements : à toutes les personnes qui ont accepté de témoigner

Compléter : http://www.ruedutheatre.eu/article/3069/nourrir-l-humanite-c-est-un-metier/

Lire: Bernard van Asbrouck, La sherwoodisation ou l'obsolescence de la cité in 'La Revue nouvelle" n°7, Bruxelles, 2015

       THierry Müller, De l'état social actif à la sherwoodisation sur http://www.philocite.eu/basewp/wp-content/uploads/2017/07/PhiloCite_R_TMuller_ESA_Sherwood.pdf

Comparer : vision de Thomas Depryck: http://www.ruedutheatre.eu/article/1904/dehors/