Noël TINAZZI Paris
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Publié le 20 février 2019
Sur la scène du Théâtre de la Colline, l’adaptation de « Kafka sur le rivage », le roman syncrétique de Haruki Murakami par Yukio Ninagawa. Une superproduction aux effets spectaculaires.

Gros succès au Théâtre de la Colline où passe pour quelques jours seulement l’adaptation au théâtre de Kafka sur le rivage (2002), le roman de l’auteur star japonais  Haruki Murakami, dernière mise en scène de Yukio Ninagawa avant sa mort en 2016. La pièce en japonais surtitré est une coproduction à grand spectacle qui mobilise une foule d’interprètes, acteurs et machinistes nécessaires pour faire fonctionner le dispositif scénique, très impressionnant.

Le metteur en scène s’est inspiré des dioramas du Musée américain d’histoire naturelle de Tokyo visité dans sa jeunesse pour concevoir le dispositif scénique : des cages de verre plus ou moins grandes, pouvant contenir un bouquet d’arbres, une salle de bibliothèque, une camionnette ou un bar, qui dansent un ballet féérique sur le plateau du théâtre, au gré de l’action. A l’intérieur de ces cages à trois parois de verre, dans lesquelles les personnages peuvent prendre place, s’organisent des tableaux comme autant de vignettes de manga qui découpent le récit en forme de saga mêlant culture traditionnelle japonaise, théâtre antique et littérature occidentale, philosophique, fantastique et même esthétique pop.

La pièce fait se croiser les itinéraires des deux personnages errants qui fondent l’intrigue du roman d’initiation originel. D’un côté, un adolescent de quinze ans confronté à l’absurdité et à la violence du monde, qui se fait appeler Kafka (« corbeau en tchèque ») en référence à l’auteur dont il prise l’œuvre, particulièrement la nouvelle, La Colonie pénitentiaire. Secondé par un double qui le suit partout en prodiguant ses conseils,  le jeune homme fuit le domicile familial. Abandonné par sa mère durant sa petite enfance, il a décidé d’échapper à son père, artiste sculpteur, et à une malédiction lui prédisant le plus sombre destin. Assez vite on comprend qu’il s’agit d’un avatar de l’Œdipe grec et, dans la bibliothèque où il a trouvé asile, l’adolescent va effectivement vivre chacune des étapes du héros malheureux de l’antiquité, dont le père meurt mystérieusement assassiné. A quoi s’ajoutent d’autres rencontres et mésaventures comme la confrontation avec deux soldats pacifistes de l’armée japonaise restés cachés depuis dans l’île où, poursuivi par la police, Kafka a finalement trouvé refuge.

La langue des chats

D’un autre côté, il y a  Nakata, petit homme sympathique, un peu simplet qui parle de lui à la troisième personne et parle la langue des chats mais est privé des facultés intellectuelles de base. Il a été victime d’un accident jamais élucidé lors d’une sortie scolaire à la fin de la guerre. Pour gagner sa vie, Nakata retrouve des chats égarés. Ce qui le met en présence d’un tueur de félins, un bateleur nommé Johnnie Walker qui met les bêtes à mort pour exploiter leurs intestins. Mais l’analphabète, qui se sent vide «comme une bibliothèque sans livres », se révèle d’une grande sagesse au fil de rencontres avec d’autres extravagants. Tel ce camionneur qui plaque tout pour le suivre et l’aider à résoudre les énigmes qui ponctuent sa route.

Même si chacun se conforme à un destin tracé d’avance, dont il ne comprend pas les décrets, tout semble possible à chaque instant dans ce labyrinthe qui mêle passé et présent, réel et imaginaire. De métaphores en loufoqueries, de scènes de sexe au parler cru en rêveries oniriques la pièce est une balade fantastique dans tous les sens du terme.

Kafka sur le rivage
Paris Du 15/02/2019 au 23/02/2019 à 19h30 Théâtre National de La Colline 15 rue malte-Brun, 75020 Paris. Téléphone : 01 44 62 52 52. Site du théâtre Réserver  

Kafka sur le rivage

de Haruki Murakami

Théâtre
Mise en scène : Yukio Ninagawa
 
Avec : Shinobu Terajima (Miss Saeki / Girl), Kenichi Okamoto (Oshima), Nino Furuhata (Kafka), Hayato Kakizawa (Crow), Haruka Kinami (Sakura), Tsutomu Takahashi (Hoshino), Masakatsu Toriyama (Colonel Sanders), Katsumi Kiba (Nakata)

Adaptation : Franck Galati
Traduction de l’anglais au japonais : Shunsuke Hiratsuka
Scénographie : Tsukasa Nakagoshi
Création lumières : Motoi Hattori
Costumes : Ayako Maeda
Création son : Katsuji Takahashi, Hideyuki Kano
Coiffures et maquillage : Yoko Kawamura
Musique originale : Umitaro Abe

Durée : 3h Photo : © KOS-CREA Photo : The Japan Foundation