Michel VOITURIER Charleroi
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Publié le 29 janvier 2019
La question que pose Diane Fourdrignier attend une réponse à ce qu’elle a vécu : l’amour peut-il survivre à la maladie mentale ? Entre confession et mise à distance, c’est un spectacle brut qui entrecroise plusieurs destins.

Se confesser sur scène est une démarche délicate et donc fragile. Sous les conseils de Lou Arias, Diane Fourdrignier a choisi de ne pas recourir aux effets émotionnels qui ne transmettent en général qu’une bouffée de compassion sentimentale. Elle a désiré donner d’abord à son histoire la forme d’un journal intime avec ses repères chronologiques.

C’est un véritable drame qui a envahi un moment de son existence. Par hasard, elle rencontre un jour à Bruxelles un homme dont elle avait déjà vu des clichés puisqu’il avait posé pour une photographe de ses amies dans son Amérique natale. Résultat hasardeux de ce hasard : un coup de foudre. Le mariage est rapidement décidé, programmé. Mais elle s’aperçoit au quotidien que son Benjamin est hanté par une maladie mentale qui bouleverse son comportement par intermittence. L’unique solution s’avère de tout annuler.

Son amour existe toujours. Mais il lui est impossible de le vivre et ce manque lui impose d’écrire afin de rendre sa rupture plus supportable, de poser ainsi la question à d’autres personnes ayant connu une tragédie similaire. Aboutissement : un travail scénique qui n’est pas vraiment du théâtre selon une conception habituelle.

En premier lieu, c’est une présence qui raconte une absence. Elle la compose en s’aidant, précisément, d’une autre présence, celle d’un artiste qui pratique lui aussi la scène, Mark Pozlep. Il est en quelque sorte témoin, caution de la véracité du propos, machiniste accessoiriste qui s’occupe de la projection de diapositives, chanteur évoquant une musique liée au couple Diane-Benjamin, commentateur occasionnel, voix anglophone en écho de celle de l’aimé, partenaire en retrait et en soutien.

Eviter le superficiel de l'émotivité

Puisque ceci se déroule aux orées de la psychanalyse, rien n’est vraiment simple. Aussi trois existences se côtoient qui ont rapport avec la rupture et avec l’enfance. Cette dernière est en premier lieu celle de Benjamin, plutôt désastreuse en Californie. Une autre est liée au départ de la mère psychotique de l’auteure lorsqu’elle était gamine. La dernière est celle induite par des dias trouvées en brocante qui attestent de l’enfance heureuse d’un enfant nommé Patrick durant les années 50, au temps de la construction de l’Atomium.

Comme au théâtre, le plus souvent il y a un texte écrit. Il y a des éclairages dus à Giacommo Gorini, collaborateur de Castelucci. Il y a quelques accessoires élémentaires comme des sièges, un appareil de projection. Il y a des effets sonores et visuels. Il y a les corps des deux acteurs qui occupent diverses portions de l’espace, qui se croisent, qui parfois se touchent, qui échangent des informations, qui pratiquent l’arrêt sur image comme pour susciter une pensée.

Le public assiste donc à l’exposé de faits. Il entend une description de situations qui suscitent un questionnement. Il reçoit cela avec la distanciation d’une expression filtrée par un micro, artifice supplémentaire qui relègue en coulisses toute tentation d’identification. Il passe du français à l’anglais avec ou sans surtitrage de façon à accroitre la distance entre réalité et fictionnalisation. L’œuvre est une sorte d’info soumise à l’analyse de chacun. Elle est à emporter chez soi afin de tenter de trouver réponse.

Patrick forever
Charleroi - Me Myself and I - Belgique Du 23/01/2019 au 01/02/2019 à 20h30 me sa 19h Théâtre de l’Ancre 122 rue de Montigny Téléphone : +32 (0)71.314.079. Site du théâtre Réserver  

Patrick forever

de Diane Fourdrignier

Autofiction Théâtre
Mise en scène : Diane Fourdrignier
 
Avec : Diane Fourdrignier, Mark Pozlep

Conseils dramaturgie Lola Arias.
Création lumière, direction artistique : Giacommo Gorini
Création musicale : Marc Jacobs, Rodolphe Coster

Durée : 55' Photo : © Olivier Donnez  

Production : L'Ancre

Soutien : Mars (Mons Arts de la Scène)

Aide: Ministère de la Fédérarion Wallonie-Bruxelles