Noël TINAZZI Paris
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Publié le 10 janvier 2019
Avec « Songs », Samuel Achache explore le répertoire musical baroque anglais du XVIIème. Un spectacle poético-drolatique sur le thème de la mélancolie.

Depuis 2013 et son mémorable «Crocodile trompeur », Samuel Achache nous régale périodiquement de spectacles musicaux poétiques et loufoques qui explorent les ressources théâtrales du répertoire baroque. Cette fois, avec le chef d’orchestre Sébastien Daucé, spécialiste des musiques anciennes, il s’intéresse aux songs anglais des années 1630 à 1690. Un âge d’or de la monodie accompagnée sur le modèle des musiques italiennes qui marquent la naissance de l’opéra. Sans pédanterie, le spectacle est une anthologie des masks, ces spectacles qui, à l’instar des ballets de cour français, mêlent le théâtre, la musique, la danse, sous-tendus par une réelle dramaturgie.

L’argument de ces Songs est un thème déjà exploré par Lars von Trier dans son beau film Melancholia : le jour même de ses noces, la mariée, Sylvia (Sarah Le Picard, irrésistible de drôlerie), craque et envoie tout balader, fiancé, cérémonie, famille, banquet, et se replie sur son quant-à-soi. Avec sa comparse, sa sœur Viviane (la pétulante Margot Alexandre), elle se lance dans l’évocation de ses souvenirs sentimentaux, ses peines d’amour qu’elle veut sauver de l’oubli, les mêlant à un entrelacs de fabulations et autres contes dont il devient impossible de démêler le vrai du faux. De sa voix veloutée d’alto, la cantatrice Lucile Richardot, qui incarne sa mère, ponctue ses récits de son chant intermittent (en anglais surtitré). Côté masculin, l’imposant baryton René Ramos-Premier lui donne la réplique. 

Casse à instruments

Bougeant sur scène au gré de l’action, la bande de sept musiciens aguerris aux instruments rares (luths, théorbes, violes de gambe,  mandores…) interviennent ponctuellement et chantent en choeur à l’occasion. Contrastant avec ce bel ordonnancement musical, la scène est une cacophonie, un invraisemblable bric-à-brac, évoquant une casse à instruments de musique, sortes de fossiles pétrifiés par la cire. 

Pourquoi cette cire envahissante ? La scénographe Lisa Navarro a puisé l'idée dans Le Théétète de Platon : Socrate émet l’hypothèse qu’il y a dans nos âmes des «tablettes de cire » qui jouent le rôle de la mémoire, conservant les empreintes des sensations éprouvées par le sujet. Tout sur scène est donc pris dans la cire, le sol, les parois et jusqu’aux meubles, objets du quotidien, bibelots et même vêtements. Les tableaux les plus inattendus se succèdent où l’humour le dispute au spleen. L’on retient particulièrement l’image de la mariée qui, armée d’une pioche et d’une énergie farouche, met littéralement en pièces son cœur, symbolisé par une grosse tablette de cire dure, et fait don des lambeaux au public. Tandis qu’imperturbable sa mère dévide son sublime lamento... 

Songs
Paris Du 05/01/2019 au 20/01/2019 à 20h30 Théâtre des Bouffes du Nord 37 bis, boulevard de la Chapelle, 75010 Téléphone : 0146073450. Site du théâtre

21 et 22 mars : Scène nationale de Quimper
27 mars : Scène nationale de Tarbes

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Songs

de Samuel Achache

Spectacle musical
Mise en scène : Samuel Achache
 
Avec : Lucile Richardot, Margot Alexandre, Sarah Le Picard, Sébastien Daucé, René Ramos-Premier, Lucile Perret, Angélique Mauillon, Mathilde Vialle, Louise Bouedo, Étienne Floutier, Thibaut Roussel, Arnaud De Pasquale

Direction musicale : Sébastien Daucé
Scénographie : Lisa Navarro
Dramaturgie : Sarah Le Picard
Collaboration à l’écriture : Julien Villa
Costumes : Pauline Kieffer
Lumières : César Godefroy

Durée : 1h40 Photo : © Jean-Louis Fernandez