Michel VOITURIER Tournai
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Publié le 19 décembre 2018
Une bande de copains saisis dans des moments de leurs relations entre eux, avec les autres et leur imaginaire. Portrait collectif gaiment croqué à travers et au-delà des stéréotypes.

Comment sont donc les hommes, les bonshommes quand ils sont entre eux de l’enfance à l’âge mûr ? Que pensent-ils (s’ils pensent) ? À quoi rêvent-ils (car ils rêvent) ? Jusqu’où sont-ils imbus, ces machos abhorrés ? Quand sont-ils adorables, ces amoureux fantasmés ?

Dans une succession de tableaux plutôt brefs, des comédiens font la bande, la bande aux poteaux, et la bande se lâche, tente de retrouver des spontanéités de gosse et d’ado. Finalement s’étalent sous les yeux du public des moments de défoulement où le corps et les mots traduisent le fin fond de l’être avec ses qualités comme ses défauts.

Les hommes entre eux, c’est d’abord une complicité. C’est se préoccuper du sexe, de sorties arrosées, de plaisanteries qui ne craignent pas de voler bas, du reflux périodique d’un machisme pourtant combattu durant le quotidien, l’escalade des défis et paris si stupides soient-ils, la provocation gratuite et une bonne dose de forfanterie avec une pointe de cynisme. C’est camaraderie et solidarité. C’est tendresse et fragilité.

Dès la scène initiale du rendez-vous pour un enterrement, le ton est donné. Les relations sont dessinées dans leur variété, du meneur au souffre-douleur, du caustique au timoré, du fanfaron au fier-à-bras. C’est drôle évidemment, car tout le monde y reconnaît quelqu’un, y compris soi-même

De chair, de voix, de rythmes

La suite est à la hauteur du projet. Rien ne sera similaire. Le rythme s’accélère. Il faut parfois s’accrocher car les allusions, les emprunts culturels sont légion. Leur saveur est décuplée si on parvient à les décoder ; elle demeure, allégée, si on n’a pas une complicité de mémoire. Ça va vite de toute façon.

Car soudain, nos enterreurs d’un jour, en costume sombre et strict, se transforment en galopins déguisés qui envahissent le terrain de jeu avec les personnages des westerns, ceux des films de guerre ou d’action. Ça galope. On se déguise. On passe d’un univers à un autre, du sport au comptoir de bar, de la discothèque à la plage. Du dialogue de sourds aux fanfaronnades de potaches. De la confidence sérieuse et émouvante à la blague stupide qui fait s’esclaffer tout le monde alors même que chacun trouve cela nul. Des concours de longueur de zizi à des questionnements sur l’amour, de la crânerie et de la peur soudaine de rater le coup ou le coche.

Le sextet joue de tous ses instruments, corps et voix, car les acteurs bougent, murmurent ou gueulent, susurrent ou chantent s’embrassent ou se tapent dessus. Tandis que, par moments, le réel intervient par la voix  véritable du papa d’Eline Schumacher qui discute avec sa fille par radio interposée. L’émotion est souvent perceptible. Mais la distance de l’humour casse le sentimentalisme facile ; c’est le cas de la séquence, drôlatique, de l’utilisation du crayon à larmes des maquilleurs.

La mise en scène d’Elie Schumacher profite d’une scénographie évocatrice. Sa troupe de mecs occupe tout le plateau, de cour à jardin, de l’avant-scène au lointain. Et la hauteur est de la partie, car il faut grimper, cascader, rebondir. Ne pas craindre de mouiller la chemise ni de la retirer façon boys band. Quant aux zizis, soyez attentifs. Il y en a. Mais tout va vite.

La ville des zizis
Tournai - Belgique Du 04/12/2018 au 05/12/2018 à 20h Maison de la Culture Esplanade George Grard, boulevard des Frères Rimbaut, Téléphone : +32 (0)69 25 30 80. Site du théâtre Réserver   Bruxelles - Belgique Du 11/12/2018 au 15/12/2018 à 20h30 Théâtre Les Tanneurs 75, rue des Tanneurs 1000 Bruxelles Téléphone : +32 2 512 17 84. Site du théâtre Réserver  

La ville des zizis

de Eline Schumacher

Théâtre
Mise en scène : Eline Schumacher
 
Avec : Léonard Cornevin, Adrien Drumel, Thierry Hellin, Lucas Meister, Jean-Baptiste Polge, Michel Villée

Collaboration artistique : Nicolas Mouzet-Tagawa
Assistanat stagiaire mise en scène : Bogdan Kikena
Création lumières : Octavie Piéron
Création son : Noam Rzewski
Scénographie : Juul Dekker
Constructeur : Sébastien Corbière
Assistanat construction décor : Nassim Bajou, Jean-Baptiste Robert
Création costumes : Frédérick Denis
Régisseur général : Thomas-Tristan Luyckx
Chorégraphe : Poala Di Bella
Arrangement, coaching vocal : Ségolène Neyroud

Durée : 1h20 Photo : © Juul Dekker  

Production : Mars (Mons arts de la scène), La Coop asbl,  Théâtre Les Tanneurs, Maison de la Culture ( Tournai)
Soutien : Fédération Wallonie-Bruxelles Service du Théâtre, Shelter-prod, taxshelter.be, ING, Tax-Shelter du gouvernement fédéral belge
Aide : Théâtre National (Bruxelles)

Compléter : Eline Schmacher "Manger des épinards"

http://www.ruedutheatre.eu/article/2775/14-juillet-ha-tahfenewai-manger-des-epinards-c-est-bien-conduire-une-voiture-c-est-mieux/