Noël TINAZZI Paris
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Publié le 6 décembre 2018
Au Dejazet, Nicolas Rigas fait de « L’École des femmes », de Molière, une comédie-ballet lyrique en l'associant à des airs sublimes de l’opéra d’Offenbach « Les Contes d’Hoffmann ». Un mariage réussi.

Associer et mettre en miroir Molière et Offenbach dans une même pièce ? Outre qu’elle est  anachronique, l’idée de Nicolas Rigas paraît a priori incongrue, tant l’auteur de L’École des femmes semble indissociable du musicien de son temps qu’était Lully. Mais L’École des femmes n’est pas une comédie-ballet, c’est une comédie tout court, ce qui laisse le champ libre au comédien/chanteur/metteur en scène et homme-orchestre du Théâtre du petit monde qu’il dirige et qui produit ce spectacle.

Nommée « comédie-ballet lyrique », la pièce mêle avec à-propos le texte intégral de Molière à des extraits chantés du seul véritable opéra d’Offenbach, Les Contes d’Hoffmann, œuvre bien plus sombre que ses opérettes, semée d’airs sublimes et virtuoses, bien connus des  mélomanes. Située dans un décor et avec des costumes XIXème siècle, l’époque d’Offenbach, la greffe du texte parlé et de l’opéra se fait à dose homéopathique, sans forcer la note. Ni surtout sans entraver ni ralentir la marche de l’intrigue de cette tragi-comédie féministe avant l’heure qui oppose le vieil Arnolphe, travaillé par un désir de possession pathologique, à sa pupille, la jeune Agnès qu’il s’était « réservée » dès l’enfance pour l’épouser. Laquelle échappe à son emprise en tombant amoureuse du fringant Horace.

Au pied de la scène du Dejazet, trois musiciens (flûte, violon, violoncelle) ponctuent les actes par de brèves et fugaces citations orchestrales de l’opéra. Disposant lui-même d’un beau brin de voix de baryton, Nicolas Rigas joue un Arnolphe à la fois tyrannique et malheureux, incapable d’aimer et de se faire aimer, diabolique dans la manipulation éhontée de sa pupille qu’il a maintenue dans l’ignorance, hors du monde, afin de mieux la posséder. Et c’est tout naturellement qu’il prend les différents visages du diable, personnage protéiforme des Contes d’Hoffmann, dont il interprète lui-même sur scène quelques airs fameux, dont « Scintille diamant… » ou encore « Je triomphe par la peur… ». 

Comédien/chanteur

De son côté Agnès, interprétée par une comédienne qui est aussi une chanteuse (jouée en alternance par Antonine Bacquet et Amélie Tatti), se coule dans les trois héroïnes de l’opéra dont Hoffmann tombe amoureux (et qui n'en sont qu'une), soit, successivement, Olympia, la poupée mécanique (avec l’air aux aigus stratosphériques des «Oiseaux dans la charmille… »), Antonia, l’amoureuse romantique (« Elle a fui la tourterelle… »), et Giulietta, la femme libérée, susurrant l’irrésistible barcarolle « Belle nuit, ô nuit d’amour… ».
 
Drôle sans excès, Nicolas Rigas joue un Arnolphe toujours sur le fil de la tragédie, dépassé par des situations qu’il a lui-même créées, pris dans un labyrinthe passionnel dont il ne parvient pas à trouver l’issue, tout comme Hoffmann chez Offenbach. Le comédien/chanteur s’avère même poignant lorsqu’au cinquième acte, il quémande à genoux l’amour d’Agnès : « Sans cesse nuit et jour je te caresserai… » (on pense à la chanson de Jacques Brel « Ne me quitte pas »).

Dans une atmosphère de plus en plus chargée, il revient au couple des serviteurs, Georgette (rôle travesti joué par l’impayable Jean Adrien) et Alain (Romain Canonne, également acrobate à ses heures) de dérider l’assistance par force cabrioles et autres facéties dont ils ne sont pas avares. Et qui mènent la pièce vers sa conclusion heureuse, contrairement à l’opéra.

Un spectacle de fêtes, réjouissant, débordant d’une énergie chaleureuse !

L'Ecole des femmes/Les Contes d'Hoffmann
Paris Du 01/12/2018 au 31/12/2018 à 2H45 Théâtre Dézajet 41 Boulevard du Temple 75003 Téléphone : 0148875255. Site du théâtre

Matinées samedi à 16h

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L'Ecole des femmes/Les Contes d'Hoffmann

de Molière/Offenbach

Théâtre
Mise en scène : Niolcas Rigas
 
Avec : Nicolas Rigas, Martin Loizillon, Antonine Bacquet/Amélie Tatti, Romain Canonne, Jean Adrien, Salvatore Ingoglia, Philippe Ermelier, Raphaël Schwob

Création Lumière : Jessy Piedfort
Direction Musicale : Jacques Gandard
Costume et Décors : Théâtre du Petit Monde
Diffusion : Philippe Branet
Production : Théâtre du Petit Monde

Durée : 2h15 Photo : © Théâtre du petit monde