Noël TINAZZI Paris
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Publié le 9 novembre 2018
Christian Benedetti poursuit son intégrale très personnelle de Tchekhov avec « Ivanov ». Une pièce de jeunesse montée et jouée avec beaucoup d’énergie par une troupe fournie de comédiens.

Retour aux fondamentaux pour Christian Benedetti qui dans son projet d'intégrale remonte le cours de l’œuvre de Tchekhov avec « Ivanov ». Une oeuvre de jeunesse de facture traditionnelle (en quatre actes) et première « grande pièce » écrite par un auteur qui à 26 ans délaisse la médecine et trace sa route de dramaturge. Une pièce abondamment remaniée suite à la mauvaise réception lors des premières représentations en 1889. Mais Benedetti n’a voulu retenir que la première version, sous-titrée « comédie » et non « drame » comme dans la seconde.

Ce retour aux sources s’accompagne d’une nouvelle traduction avec des mots contemporains et des paroles très crues. Comme « youpine » qui revient fréquemment pour désigner Anna, l’épouse mourante d’Ivanov, victime de la phtisie, qui a tout quitté, sa famille et sa religion, pour le suivre. L’antisémitisme de la société russe ne s’exprime plus à mots couverts ni feutrés en l’absence de l’intéressée mais se montre à découvert. Pour bien marquer le poids (et donc le choc) des mots, Benedetti n’hésite pas à faire des arrêts sur certains d’entre eux, arrêts suivis de silences. Un ange - ou plutôt un démon - passe… au risque de ralentir le rythme avec ce procédé de mise en scène.

Rien de feutré non plus dans la conduite de l’intrigue menée avec beaucoup d’énergie et force éclats de voix, frisant parfois le grotesque. Dotée d’une distribution pléthorique (pas moins de 13 rôles), la pièce a pour pivot un personnage qui n’en est pas un : Ivanov, être hésitant, chancelant, véritable énigme (Vincent Ozanon, tout en finesse). Contrairement aux personnages satellites qui gravitent autour de lui et qui savent se situer par rapport au monde ou par rapport aux autres, Ivanov est un être fatigué, qui n’a plus envie de rien ni de personne. Justifiée ou pas la détestable réputation de coureur de dot qu’il traîne derrière lui ? On ne saurait répondre de manière catégorique. Le fait est qu’il a séduit deux filles riches, d’abord Anna, puis la très jeune Sacha, la fille de son ami, le généreux Lébédev (formidable Philippe Crubézy). Mais dans les deux cas, l’affaire n’a pas été aussi « juteuse » que prévu : Anna a été déshéritée par ses parents et la dot de Sacha est grevée de ses dettes.

Espace de répétitions

Les autres donc, savent où ils vont, ou du moins croient savoir. Comme l’intendant du domaine, Mikhaïl (joué par Christian Benedetti, force de la nature) qui déborde d’idées sur la manière de faire de l’argent.  Ou le jeune médecin Lvov (fougueux Yuriy Zavalnyouk) qui est amoureux d’Anna et n’a pas de mots assez durs pour Ivanov qui la délaisse, le traite de salaud. Ou encore Sacha (Alix Riemer) qui ne doute pas de son amour pour Ivanov et met tout en oeuvre pour l’entraîner dans son sillage passionné.

Fidèle à son principe de « scénographie allusive », Benedetti conçoit la scène comme un espace de répétitions. Tout démarre à partir d’un mur qui ferme le fond de scène et sur lequel peuvent se projeter les rêves de tout un chacun (personnages et spectateurs). Les éléments d’architecture intérieure (portes, fenêtres, cloisons…), les meubles parfois un peu lourds (piano, table…) sont manipulés à vue par tous les acteurs qui au besoin s’y mettent. Toute anecdote ou trace de couleur locale, de folklore sont bannies. Tout contribue à faire de ces personnages nos frères-sœurs. Et vice-versa.

Ivanov
Paris Du 07/11/2018 au 01/12/2018 à 20h Théâtre de l'Athénée-Louis Jouvet 7 rue Boudreau 75009 Paris Téléphone : 01 53 05 19 19. Site du théâtre Réserver  

Ivanov

de Anton Tchekhov

Théâtre
Mise en scène : Christian Benedetti
 
Avec : Vincent Ozanon, Laure Wolf, Philippe Lebas, Philippe Crubézy, Brigitte Barilley, Alix Riemer, Lise Quet, Yuriy Zavalnyouk, Nicolas Buchoux, Christian Benedetti, Antoine Amblard, Martine Vandeville, Alex Mesnil

Scénographie : Christian Benedetti, Emma Depoid
Lumière : Dominique Fortin
Assistants à la mise en scène : Élodie Chamauret, Alex Mesnil
Traduction :
Brigitte Barilley, Christian Benedetti, Laurent Huon

Durée : 2h Photo : © Simon Gosselin