Noël TINAZZI Paris
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Publié le 6 novembre 2018
Dans « Love », Alexander Zeldin organise le chassé-croisé d’une dizaine de personnages en transit dans un centre d’hébergement anglais. Un réalisme chargé d’émotion.

Heureuse découverte de l'Odéon dans le cadre du Festival d’automne, aux Ateliers Berthier, Love évoque inévitablement le cinéma social britannique, celui de Ken Loach et de Mike Leigh. Mais avec des ressources proprement théâtrales déployées par Alexander Zeldin et un titre qui est un véritable défi, Love est ancré dans un monde qui en semble dépourvu.

Le temps d’un bref spectacle en anglais sur-titré, sans entracte, avec des décors réduits au strict nécessaire, Zeldin fait coexister une dizaine de personnages qui vivent dans un local loué par les services sociaux. Malgré leurs origines diverses, migrants, chômeurs ou retraités sans ressources, ils partagent des instants de quotidien, dans l’attente d’un relogement plus confortable, d’une nouvelle vie moins précaire.

Tout en se défendant de faire un travail documentaire, Alexander Zeldin en revient à l’étymologie grecque du mot théâtre, theatron, qui pour lui signifie « contempler la vie avec une intensité nouvelle ». Pour cette pièce, il a travaillé à partir de récits recueillis dans des rapports sur les logements d’urgence en Angleterre. Et il a fait venir des familles qui vivent ces situations sur le plateau des répétitions pour donner des indications aux acteurs professionnels et non professionnels.

Bouffées de tendresse

Au-delà de l’attente individuelle de quelque chose d’immédiat  - que les toilettes soient libres, que l’eau se mette à bouillir, que la kitchenette soit disponible pour cuisiner à son tour -  il y a l’attente commune d’un avenir meilleur, loin de la promiscuité pesante, source d’inévitables et incessantes frictions et humiliations. Au centre du groupe, il y a une famille avec la mère enceinte, le père en fin de droits et leurs deux grands enfants qui ont les exigences de consommation des copains de leur âge. La situation est d’autant plus tendue qu’on est à l’approche des fêtes de Noël et qu’il faut bien marquer le coup.

Love est porté par des acteurs exceptionnels qui donnent beaucoup d’intensité à ces échanges tantôt drôles, tantôt acides, voire violents. A travers une succession de saynètes séparées par des fondus au noir, on passe de la plus grande trivialité (la vieille dame incontinente) à des moments de rêve et de poésie où s’expriment des bouffées de tendresse (la même vieille dame faisant un cadeau à la petite fille). Sans grand mots, avec des petits gestes maladroits d’amour, de  tendresse, de partage.

Love
Paris 17è Du 05/11/2018 au 10/11/2018 à 20h00 Odéon-Ateliers Berthier Angle de la rue Suarès et du Bd Berthier Téléphone : 01 44 85 40 40. Site du théâtre

DU 14 au 16 novembre : Comédie de Valence

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Love

de Alexander Zeldin

Théâtre
Mise en scène : Alexander Zeldin
 
Avec : Waj Ali, Emily Beacock, Rosanna Beacock, Anna Calder-Marshall, Luke Clarke, Janet Etuk, Nick Holder, Mimi Malaz Bashir, Yonatan Pelé Rood

Scénographie : Natasha Jenkins
Lumière : Marc Williams
Son : Josh Anio Grigg
Travail du mouvement : Marcin Rudy

 

 

Durée : 1h30 Photo : © Sarah Lee  

Coproduction: National Theatre of Great Britain, Birmingham Repertory Theatre

Soutien : Onda (Office nationale de Diffusion artitique) , Festival d'Automne (Paris)