Michel VOITURIER Contact
Publié le 31 octobre 2018
Nicolas Bonneau affectionne les seuls-en-scène à propos des problèmes de société. Le voici commémorant le fameux « Mai 68 » qui reste une des balises du siècle précédent.

Nicolas Bonneau n’a pas vécu cette période. Il en a rêvé. Pour réaliser son spectacle, il a lu, il a interrogé, au point de friser l’overdose. Jusqu’au jour où il rencontre un couple qui a réellement pris part aux événements.

Le voilà qui trace le portrait d’un homme issu du prolétariat et d’une femme venue de la bourgeoisie, sur fond d’époque : le conformisme familial d’un côté ; de l’autre, chez les étudiants provinciaux débarqués récemment à Paris, c’est Hara-Kiri et son humour provoquant, la Nouvelle Vague et ses films décapants, Françoise Hardy et les Stones, l’amour sans la pilule…

Les séquences se succèdent. Sont évoqués les péripéties du moment : mort de Che Guevara, guerre du Vietnam, prolifération des groupuscules contestataires. Il y aura également l’assassinat de Martin Luther King et celui du frère de John Kennedy, le printemps de Prague, les jeux olympiques où des athlètes noirs soutiennent les Black Panthers…

En parallèle, ce que vit, presque au quotidien, le couple rencontré par Bonneau : un fils d’ouvrier et une fille du patronat. Lui a mal compris pourquoi, en 68, les travailleurs ont refusé une alliance avec les étudiants. Elle était enceinte et s’est vue confrontée avec un planning familial aussi conservateur que ses parents avant de s’enrôler dans le Mouvement de Libération de la Femme.

En fin de compte, le bilan d’aujourd’hui crédite quelques changements mais loin des attentes. Car finalement, ce fut surtout un bouillonnement d’espérances. Ce que les jeunes qui y ont participé n’oublieront jamais. C’est cela que Bonneau, avec un certain recul, raconte à travers les personnages qui défilent dans son texte.

Il l’a conçu pour un seul-en-scène. Mais les personnages épisodiques qui défilent seraient jouables par plusieurs comédiens pour une troupe qui aurait envie de le monter comme la fresque esquissée d’une période brève et intense, pleine de mouvements et de bouleversements éphémères.

Inventaire 68
à propos...

Lire : Nicolas Bonneau, Inventaire 68, Carnières, Lansman, 2018, 38 p. (10€)

Compléter: http://www.ruedutheatre.eu/article/3452/sortie-d-usine/

  Photo : © Jean-Claude Seine