Suzane VANINA Bruxelles
Contact
Publié le 31 octobre 2018
Il est seul sur scène et pourtant une présence ne cesse de l'accompagner: un homme est au centre de ce qui n'est qu'un "fait-divers" sordide, à moins que ce ne soit un drame social qui pousse à la réflexion...

Les faits : en 2009, un homme est mort dans un supermarché. Il y était entré un peu par désoeuvrement; il avait soif, il a pris, et bu sur place, une canette de bière. Des vigiles "chargés de la sécurité" l'ont vu, emmené dans un local reculé du magasin et l'ont insulté et tabassé. Ils étaient quatre et leurs coups (cage thoracique enfoncée) ont entraîné sa mort "sans intention de la donner".

Ce qu'ils ont daigné fournir comme explication est qu'il représentait "tout ce qui leur a fait du mal dans la vie". On ne s'empêchera pas de penser à un lynchage, à une exécution pas si gratuite que cela dans un local symbolique: une réserve de marchandises...

Ils ont comparu devant un tribunal et l'opinion publique s'est indignée avant d'oublier... un peu trop rapidement pour Laurent Mauvignier, l'auteur de ce texte rageur, bouleversant, qu'à son tour Vincent Ozanon a fait sien et défendu avec conviction.

Son engagement est total dans une mise en scène dépouillée de Philip Boulay, la lumière de Stéphane Loirat et une évocation sonore discrète de Jean-François Domingues. Il n'a pas de nom, comme le jeune homme massacré à qui il imagine une vraie vie "d'avant" faite de rencontres et d'errance, de petites joies et de mal-être.

"C'est mon frère qu'on assassine..." en sourdine. De Moscou à Tombouctou ne sommes-nous pas des frères et soeurs humain/e/s ?

Ecriture et oralité sont intimement mêlés. Avec la force d'une adresse directe au public, l'acteur-narrateur interpelle le spectateur, ne le lâche plus, le secoue. L'histoire d'un homme devient une fable sur l'état de notre société marchande, de ses dérives sécuritaires, de son désengagement humaniste, de sa violence.
 
Certes le Procureur qui aura jugé cette affaire, car c'est donc une histoire inspirée de faits réels, dira "qu'un homme ne devrait pas mourir pour si peu", que "on ne tue pas un homme pour une canette de bière"... Il souligne la disproportion entre l'acte criminel et le délit mineur. En cela il simplifie la réflexion, il place l’objectivité des faits en face de la subjectivité des jugements de la Morale généralement admise mais aussi d'une sorte de Fatalité accidentelle.

L'auteur et l'acteur ont désiré aller plus loin. Ils n'expliquent pas, ils interrogent, ils essayent de dire l'incompréhensible. Cette victime qu'ils font revivre fait partie de notre société, de notre famille humaine et ce spectacle lui a donné une voix.

Ce que j’appelle oubli
Bruxelles - Belgique Du 26/10/2018 au 27/10/2018 à 20h Espace Magh rue du Poinçon, 17, 1000 Bruxelles Téléphone : +32(0)2 5370120. Site du théâtre

Premières dates en Belgique

Réserver  

Ce que j’appelle oubli

de Laurent Mauvignier

Seul-en-scène Théâtre
Mise en scène : Philip Boulay
 
Avec : Vincent Ozanon

Collaboration artistique et chorégraphie: Caroline Marcadé 
Scénographie: Philip Boulay
Création Lumière: Stéphane Loirat 
Création Son: Jean-François Domingues 
Régie: Denis Amar et Stéphane Loirat (en alternance)

Durée : 1h15 Photo : © Giovanni Ambrosio  

En accueil à l'Espace Magh, Bruxelles
Coproduction: Wor(l)ds...Cie (FR)/Théâtre de l’Oriental de Vevey (CH)- Administration de production: Jean-Christophe Boissonnade
Soutiens: Centre Dramatique National de Normandie-Rouen (résidence de création)/Théâtre du Beauvaisis,Scène nationale de Beauvais-Compiègne/Espace Bernard-Marie Koltès, Scène conventionnée pour les Écritures contemporaines de Metz - Avec l’aide de la Direction Régionale des Affaires Culturelles Ile-de-France (Aide à la création) – Ministère de la Culture et de la Communication - Avec le concours de la Ville du Pré Saint-Gervais– Est Ensemble.
Remerciements: Théâtre de la Poudrerie/Sevran, Bureau de production "Les Indépendances", équipes techniques du Rexy/Mont Saint-Aignan et du Centre Dramatique National de
Normandie Rouen, Service de la vie associative de la Ville du Pré Saint-Gervais, Jean-Guy Lecat, Thierry Thieû Niang, Albertine M. Itela, William, Élyna et Sully.

Ce que ne dit pas le texte: 4 vigiles ont tué Mickaël Blaise, un Martiniquais de 25 ans dans le Carrefour de Lyon Part-Dieu, France, le 28/12/2009 sous l'oeil d'une caméra de surveillance. Ni roman, ni nouvelle, le texte - une soixantaine de pages sans ponctuation - est édité aux Éditions de Minuit (2011) et a reçu le "Prix des Libraires".

Comparer : version chorégraphiée d'Angelin Preljocaj : http://www.ruedutheatre.eu/article/2033/ce-que-j-appelle-oubli/