Noël TINAZZI Paris
Contact
Publié le 30 octobre 2018
Dans sa mise en scène de « La Locandiera », de Carlo Goldoni, à la Comédie française, Alain Françon met en avant les charmes d’une maîtresse-femme, jouant de son pouvoir de séduction et de sa liberté. Une comédie rondement menée par une troupe en grande forme.

Pas de révolution ni de grande surprise à la salle Richelieu de la Comédie française où Alain Françon, vieux compagnon de route de la troupe, signe la mise en scène de la comédie la plus fameuse du Vénitien Carlo Goldoni, La Locandiera (1752). En costumes d’époque et dans des décors on ne peut plus classiques, mais dans une langue contemporaine due à la nouvelle traduction de Myriam Tanant, disparue depuis. Un rien consensuelle, la production de cette comédie, qui bizarrement se situe à Florence, donne résolument dans la légèreté tout en pointant les résonances avec l’époque actuelle. Lesquelles tiennent pour l’essentiel à la place des femmes dans une société aux frontières sociales infranchissables.

Curieuse pièce qui suinte la misogynie quasiment à toutes les répliques et qui, en même temps, célèbre la suprématie des femmes, leur  charme à qui nul ne peut résister, leur goût de la liberté. Mais plutôt que des femmes en général, il convient ici de parler d’une femme, Mirandolina, la tenancière d’une locanda (auberge en italien), incarnée par la pétillante Florence Viala, rôle-titre et pivot d’un monde immuable. Patronne d’une auberge de bonne tenue dont elle a hérité de ses parents morts, elle a été promise par son défunt père au valet de la maison (Laurent Stocker, farouche chien fidèle). Mais elle n’est pas pressée d’obtempérer, tout en reconnaissant ses qualités.

De bon aloi mais sans grande originalité, le décor tient en une pièce centrale, tour à tour salle d’auberge ouverte sur la ville dont on aperçoit les toits, chambre d’un client, lieu de travail, ou grenier où se dénoue l’intrigue. Au terme de certaines scènes, un  rideau tombe et isole le proscénium sur lequel les personnages défilent en adressant au public leurs apartés comiques. Entrecoupé d’airs légers de mandoline, le spectacle sans entracte déroule avec fluidité les démêlés de l’accorte aubergiste avec ses soupirants dont elle n’accepte les cadeaux que pour ne pas les fâcher ! Autour d’elle gravitent trois hommes, qui tous en pincent et dont elle entretient (ou suscite) la flamme, sans rien céder de sa liberté, ni de sa dignité, ni de sa lucidité.

Le choix de la sécurité

Parmi ses soupirants, figurent en premier lieu deux piliers de l’auberge, deux types de la commedia dell’arte que Goldoni reprend à son compte tout en leur attribuant une personnalité propre. Le Marquis de Forlipopoli, matamore de la vieille noblesse désargentée, toujours à côté de la plaque (savoureux Michel Vuillermoz). Et son contraire : le Comte d’Albafiorita, nouveau riche qui dépense sa fortune sans compter (débonnaire Hervé Pierre). Déboule alors un outsider, le Chevalier de Ripafratta (Stéphane Varupenne, aristocrate de belle prestance) qui se prétend l’ennemi des femmes et qui, à bout de resistance, finit par rendre les armes face à Mirandolina triomphante. Mais il se pourrait bien que la coquette se soit brûlé les ailes à son propre jeu.

Dans le ballet bien réglé de ce trio interfèrent deux péronnelles qui surgissent en surjouant les aristocrates (Coraly Zahonero et Françoise Gillard), en réalité deux comédiennes de second ordre en quête de bonne fortune qui ne trompent personne et échouent piteusement dans leur projet de transgresser l’ordre social. Quant à Mirandolina, elle n’y songe même pas. Une fois tous ses plans de séduction réussis, elle rentre dans son rang et épouse son valet, lequel n’a d’autre choix que d’obéir en maugréant pour sauver la face.

Tout est-il pour le mieux dans le meilleur des mondes ? On n’en est pas si sûr en voyant Mirandolina faire le choix de la sécurité et reculer in extremis devant les vertiges de l’amour.

La Locandiera
Paris Du 27/10/2018 au 10/02/2019 à 20h30 Comédie Française, Salle Richelieu 1 Place Colette, 75001 Paris Téléphone : 08 25 10 16 80. Site du théâtre Réserver  

La Locandiera

de Carlo Goldoni

Théâtre
Mise en scène : Alain Françon
 
Avec : Florence Viala, Coraly Zahonero, Françoise Gillard, Clotilde de Bayser, Laurent Stocker, Michel Vuillermoz, Hervé Pierre, Stéphane Varupenne,,Noam Morgensztern, Thomas Keller

Traduction : Myriam Tanant
Scénographie : Jacques Gabel
Costumes : Renato Bianchi
Lumières : Joël Hourbeigt
Musique originale : Marie-Jeanne Séréro
Son : Léonard Françon
Dramaturgie et assistanat à la mise en scène : David Tuaillon

Durée : 2h Photo : © Christophe Raynaud de Lage