Noël TINAZZI Paris
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Publié le 23 octobre 2018
Fiction historique de Jean-Marie Besset, « Jean Moulin » est portée à la scène, dessinant le portrait d’un résistant toujours à contre-courant. Tant sur le plan personnel que sur celui de sa mission d’unifier l’action contre l’occupant nazi. Haletant malgré quelques lourdeurs.

Faire du mythe Jean Moulin, héros de la Résistance victime des nazis, un personnage vivant incarné sur la scène, le défi n’est pas mince pour le metteur en scène Régis de Martrin-Donos. D’autant qu’il part de la « fiction historique » de Jean-Marie Besset, Jean-Moulin, Evangile, qui fait du grand résistant un personnage christique, et s’appuie sur deux types de narration. D’une part, le récit incontesté de l’action de celui qui devint le chef de la résistance, adoubé par le Général de Gaulle, de juin 1940 au 10 juin 1943 où, dénoncé par un ou des camarade(s), il est arrêté par La Gestapo et meurt sous les tortures. Et d’autre part, la révélation de zones d’ombre qui portent sur la Résistance en général et sur le personnage en particulier, personne discrète, tout sauf d’une seule pièce, soupçonné d'une homosexualité honteuse, jamais avérée. Son portrait est l’occasion d’une galerie de personnages qui gravitent autour de lui, et qui nous apprennent une foule de choses sur la Résistance. Avec toutefois, inexplicablement, un grand absent, Daniel Cordier, son secrétaire.

Défi réussi avec une pièce en quatre actes (un par année) eux-mêmes divisés en 22 scènes au total. Le rythme souvent haletant du récit est ralenti parfois par des mises en contexte nécessaires à la compréhension mais un peu lourdingues. Souffrant d’une absence de moyens manifeste, la pièce est jouée avec beaucoup d’engagement (parfois un peu trop) par neuf acteurs qui incarnent quatorze personnages. Sébastien Rajon joue un Jean Moulin complexe et attachant, Jean-Marie Besset, lui-même incarnant avec subtilité Pascal Copeau, l’ami de Résistance et de cœur. Entrecoupées de musiques lancinantes, les scènes sont animées par une scénographie astucieuse qui tient à un ballet  d’armoires manipulées à vue par les comédiens, armoires desquelles les personnages sortent symboliquement de la clandestinité pour passer – littéralement - en pleine lumière.

Point de non-retour

La pièce démarre en juin 1940  avec un Jean Moulin à contre-courant, comme il le sera toujours, échappé d’une geôle allemande où il est torturé dès la première heure, remontant la longue file des réfugiés qui descendent vers le sud pour fuir l’avancée de l’armée allemande. Il remonte de Chartres, où il est préfet d’un État en déconfiture, à Paris où il veut mettre à l’abri des documents importants. Au fil des scènes qui suivent apparaissent les personnages qui composent son entourage. Entourage personnel : l’amie juive (et « couverture » sexuelle ?) Antoinette Sachs, sa sœur Laure, et entourage politique, dont Henri Frenay, chef autoritaire du Mouvement de libération nationale, homme d’extrême droite que tout oppose à Jean Moulin. Au fil des scènes, s’exacerbent les divisions avec les camarades de la Résistance, qui semblent parfois atteindre un point de non-retour.

Tout l’oppose aussi à Charles  de Gaulle (excellent Stéphane Dausse, plus vrai que nature) qu’il rencontre à Londres en octobre 1941. Et pourtant le courant passe entre les deux hommes; il ne faiblira pas. A Londres aussi, Moulin rencontrera un séduisant soldat de la France libre, le lieutenant Gorka, moins « coincé » que lui, qui l’aimante et le révulse à la fois. Jean Moulin à contre-courant de sa propre nature sexuelle ? C’est un des aspects du personnage, et non des moindres, que dévoile la pièce.

Jean Moulin
Paris Du 18/10/2018 au 17/11/2018 à 20h Théâtre Dézajet 41 Boulevard du Temple 75003 Téléphone : 0148875255. Site du théâtre Réserver  

Jean Moulin

de Jean-Marie Besset

Théâtre
Mise en scène : Régis de Martrin-Donos
 
Avec : Sébastien Rajon, Sophie Tellier, Gonzague Van Bervesselès, Laurent Charpentier, Laure Portier, Stéphane Dausse, Jean-Marie Besset, Michael Evans, Loulou Hanssen

Scénographie : Alain Lagarde
Lumière : Pierre Peyronnet
Costumes : David Belugou
Sons : Emilie Tramier
Assistant mise en scène : Patrice Vrain Perrault

Durée : 2h15 Photo : © Lucas Dubosc