Cécile STROUK Bordeaux
Contact
Publié le 13 octobre 2018
Première inédite au TnBA : la mise en scène (des écrits) de Pasolini, dans toute la splendeur de son engagement et dans toute la rage de sa révolte. Au côté de cet intellectuel italien, un autre intellectuel, Guillaume Le Blanc, qui juxtapose une plume contemporaine tout aussi inquiète.

C’est souvent en fin de spectacle, dans les temps plus informels, qu’on apprend le plus de choses. Au sortir d’une représentation nocturne de La Nostalgie du Futur au TnBA à Bordeaux, nous nous sommes retrouvés attablés dans le boisé Tn'BAR au côté de la créatrice et metteure en scène Catherine Marnas, par ailleurs directrice du théâtre. D’une composition avenante, nous n’avons pas hésité à lui poser plusieurs questions pour mieux comprendre cette envie de mettre en scène Pier Paolo Pasolini.

L’idée lui vint après une discussion plutôt triste avec un cousin agriculteur qui a passé sa vie à travailler dur sans jamais parvenir à réussir à en vivre. Le soir même, alors que le sommeil lui fit faux bond, elle se mit à regarder un reportage sur LSK, société d’investissement dirigé par un arrogant capitaliste proche de Dominique Strauss Kahn. Et vlan, larmes. « C’est la juxtaposition tellement obscène de ces deux systèmes de valeurs qui m’ont ce soir-là tellement désespérée. »

Féconde émotivité

Catherine Marnas reconnaît être émotive et mettre au service de son art son hyper-sensibilité. Le lendemain, elle accueillit Guillaume Le Blanc dans son bureau et lui partagea cette vague de désespoir. En l’écoutant attentivement, l’auteur bien connu de L’Insurrection des vies minuscules (2013) lui mit en tête l’idée de transformer cette révolte en œuvre sous le prisme de la « clairvoyance prémonitoire sur la liquidation des valeurs des petites gens » de Pasolini.

Elle accepta le challenge si, de son côté, il participait à l’oeuvre en juxtaposant sa plume pour apporter une vibration plus contemporaine. Dans un voyage temporel entre passé, présent et futur, le philosophe se lança alors dans une joute verbale avec le spectre de Pasolini (qualifié de « présence encombrante ») qui l'accula à créer deux personnages marginaux errant dans un monde hostile. Si la parabole des migrants fut évidente sur scène, nous préférâmes y voir une réplique beckettienne de Vladimir et Estragon, avec une touche de Charlot. D’autant plus que ces deux « ombres sans soleil » étaient animés de l'humour dépressif des 3 âmes sus-citées.

Ça n’a pas dû être non plus évident de créer une pièce de seulement 1h30 sur un auteur aussi prolixe… Catherine Marnas expliqua alors sa volonté de proposer une vision didactique de l’œuvre de cet intellectuel italien. Dans ce dévoilement pudique, elle n’a pas voulu trop insister sur l’assassinat de Pasolini le 02 novembre 1975, sur la plage d’Ostie près de Rome, si ce n’est préciser dans la pièce que cet événement eut lieu 20 minutes après sa dernière interview, et nous confier que les raisons de sa mort étaient moins liées à son homosexualité qu’aux preuves qu’il avait réussi à amonceler au fil des années sur les liens entre la mafia, l’industrie pétrolière et la CIA.

C’était mieux avant

Un Pasolini graphique

Nous interpellons la directrice du TnBA une dernière fois pour en savoir plus sur la scénographie, sans doute l’élément le plus époustouflant de cette création. Qui se cache derrière ces magnifiques effets visuels et graphiques qui ornent la grande scène du TnBA ? Un Mexicain, Carlos Calvo, qui déploie des idées ingénieuses pour mettre en valeur la parole de Pasolini ; notamment, la présence de plusieurs panneaux en toile de jute de 6 mètres de haut, disposés côté cour, jardin et fond de scène.

C’est sur eux qu’un magnifique tableau du Caravage nous accueille lors de notre entrée en salle. Mais c’est surtout d’eux qu’émane l’atmosphère héroico-fantaisiste de la pièce : y sont projetés des forêts ténébreuses, un imposant corbeau tiré du film Des oiseaux, petits et gros, une reproduction colorée de la scène du Christ tirée du film L’Évangile selon Saint Matthieu, des lucioles qui brillent par intermittence la nuit ou encore la déambulation silencieuse de Pasolini dans un bâtiment nazi de Rome.

Plans séquences, extraits de films, extraits de documentaires… la panoplie visuelle du discours pasolinien est exhaustive et magnifiée par une grande souplesse scénographique. Les comédiens, cinq sur scène, tous très investis voire habités - dont une seule femme qui dégage une grande justesse dans cette casting résolument masculin - utilisent à l’envi ces tours de cache-cache que permet la toile de jute, en se dissimulant derrière pour mieux se dévoiler dans un beau clair-obscur. Sans oublier le plus évident ; ce parterre en bois en forme de tréteau qui semble symboliser les vagues de l’eau, et cet imposant objet, entre radeau démembré et chasse-neige, sur lequel on s’assoit, on se dissimule ou que l’on décore.

Quid du texte de Pasolini ? Pour les néophytes, c’est une première lecture éclairante de ce génie marxiste qui lutta avec force contre la normalité sadique de la bourgeoisie italienne (cf : Salo) et le consumérisme de tous ces « hommes moyens ». Pour les adeptes, c’est un accès supplémentaire à la conscience d’un homme qui, de par sa « vision intranquille du monde », en savait trop pour ne pas mourir dans des conditions dramatiques.

Bordeaux Du 09/10/2018 au 25/10/2018 à Du mar au ven à 20h / sam à 19h Théâtre National Bordeaux Aquitaine TNBA 3, place Renaudel Téléphone : 05 56 33 36 80. Site du théâtre  

La Nostalgie du Futur

de Pier Paolo Pasolini et Guillaume Le Blanc

Théâtre
Mise en scène : Catherine Marnas
 
Avec : Julien Duval, Franck Manzoni, Olivier Pauls, Yacine Sif El Islam, Bénédicte Simon

 

Assistantes à la mise en scène : Rita Grillo et Odille Lauria

Scénographie : Carlos Calvo

Son : Madame Miniature, assistée de Jean-Christophe Chiron

Lumières : Michel Theuil assisté de Clarisse Bernez-Cambot Labarta

Conception et réalisation des costumes : Edith Traverso assistée de Kam Derbali

Création vidéo : Ludovic Rivalan assisté d’Emmanuel Vautrin

Régie plateau : Cyril Muller

Construction décor : Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine

Chef constructeur décor : Nicolas Brun

Régisseur général : François Borne

<!-- /* Font Definitions */ @font-face {font-family:"Cambria Math"; panose-1:0 0 0 0 0 0 0 0 0 0; mso-font-charset:1; mso-generic-font-family:roman; mso-font-format:other; mso-font-pitch:variable; mso-font-signature:0 0 0 0 0 0;} @font-face {font-family:Calibri; panose-1:2 15 5 2 2 2 4 3 2 4; mso-font-charset:0; mso-generic-font-family:auto; mso-font-pitch:variable; mso-font-signature:-536870145 1073786111 1 0 415 0;} /* Style Definitions */ p.MsoNormal, li.MsoNormal, div.MsoNormal {mso-style-unhide:no; mso-style-qformat:yes; mso-style-parent:""; margin:0cm; margin-bottom:.0001pt; mso-pagination:widow-orphan; font-size:12.0pt; font-family:Calibri; mso-ascii-font-family:Calibri; mso-ascii-theme-font:minor-latin; mso-fareast-font-family:Calibri; mso-fareast-theme-font:minor-latin; mso-hansi-font-family:Calibri; mso-hansi-theme-font:minor-latin; mso-bidi-font-family:"Times New Roman"; mso-bidi-theme-font:minor-bidi; mso-fareast-language:EN-US;} .MsoChpDefault {mso-style-type:export-only; mso-default-props:yes; font-family:Calibri; mso-ascii-font-family:Calibri; mso-ascii-theme-font:minor-latin; mso-fareast-font-family:Calibri; mso-fareast-theme-font:minor-latin; mso-hansi-font-family:Calibri; mso-hansi-theme-font:minor-latin; mso-bidi-font-family:"Times New Roman"; mso-bidi-theme-font:minor-bidi; mso-fareast-language:EN-US;} @page WordSection1 {size:595.0pt 842.0pt; margin:70.85pt 70.85pt 70.85pt 70.85pt; mso-header-margin:35.4pt; mso-footer-margin:35.4pt; mso-paper-source:0;} div.WordSection1 {page:WordSection1;} -->

Durée : 1h35