Suzane VANINA Bruxelles
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Publié le 5 octobre 2018
"Manger le monde" est l'expression d'un désir, d'un espoir, d'un besoin - inhérents à tout humain ou induits par une société et "la Société" -  d'être le meilleur et le plus fort ? Que se passe-t-il quand on n'y arrive pas, quand on perd ce Travail, centre de sa vie ?

C'est le cas du "héros" de l'histoire, un trentenaire qui avait tout pourtant pour savourer une vie comblée: bon boulot, bon standing, belle famille.
Il a des velléités de lâcher prise, d'aller "se poser ensemble au bord de ce lac merdique", mais cela ne lui est plus possible, il a perdu l'habitude "de décrocher"... Tout au contraire, il va tout gâcher.
 
Alors qu'il a la possibilité de retrouver son poste dans la société qui l'employait, il refuse par orgueil. Alors que sa femme est toujours éprise de lui, il prend ses distances, il ne voit plus ses deux enfants. Alors que son père, dont la santé mentale décline, a besoin de lui, il devient absent et cruel. Alors qu'il en est proche, il perdra même son frère et son meilleur ami... 
Enlisé dans le caractère de plus en plus dur qu'il s'était forgé et l'oubli de la réalité, de ce qui fait notre humanité, le souci des autres, il est pris dans un tourbillon; il perd la maîtrise de soi. Le mot "burn out" flotte dans l'air.

Course ou fuite en avant ?

L'auteur de ce portrait, de cette fable dramatiques est le jeune allemand Nis-Momme Stockman, un trentenaire, comme ce "Fils" tourmenté.
Traitée par la dramaturgie, la direction d'acteurs et la mise en scène, sa pièce fait apparaître plutôt ses côtés absurde, insensé et une sorte de surréalisme sarcastique.
Georges Lini tient le pari d'assurer à la fois ces fonctions et d'être le protagoniste principal... magistral!
La scénographie imaginative de Renata Gorka, aidée par la lumière de Jérôme Dejean va dans le même sens. Le dispositif scénique est à la fois réaliste par ses composantes: canapé cossu, garde-robe, baignoire, frigo, meuble de cuisine... mais qui mélangés avec d'autres (animaux empaillés) sur un même plan, le rendent plutôt incongru. A cela s'ajoutent, dans le même temps, les projections vidéo non pas sur écran fixe mais en avant-scène et qui montrent, flottant dans l'air, des visages agrandis, des actions anachroniques.

La sonnerie du téléphone est au départ de la pièce et la ponctuera régulièrement. N'est-il pas devenu plus qu'un objet mais un acteur important du quotidien des jeunes cadres dynamiques (et pas seulement) ?

Les quatre comédiens: Itsik Elbaz, Vincent Lecuyer, Georges Lini, Luc Van Grunderbeeck et la comédienne: Nargis Benamor sont présents sur scène en permanence; lieux différents et actions se mêlent, là aussi, comme s'entrechoquent les réactions et décisions dans la tête de celui qui n'aura pas de nom, sinon celui de "Fils". Leur débit est très rapide et le rythme général l'est de même, comme fébrile, fiévreux, reflétant ainsi toute l'espèce d'urgence qui régit la vie d'un personnage auquel plus d'une et plus d'un, aura pu s'identifier. Et l'ajout d'un monologue corrosif (de Ludovic Flamant) renforce encore l'impact du spectacle.

L’homme qui mangea le monde
Bruxelles - Belgique Du 25/09/2018 au 13/10/2018 à Du Ma au Sa: 20h30 Théâtre de Poche 1a chemin du Gymnase, Bruxelles Téléphone : +32(0)2.649.17.27. Site du théâtre Réserver  

L’homme qui mangea le monde

de Nis-Momme Stockman

Théâtre
Mise en scène : Georges Lini
 
Avec : Nargis Benamor, Itsik Elbaz, Vincent Lecuyer, Georges Lini, Luc Van Grunderbeeck

Traduction française: Nils Haarmann et Olivier Martinaud
Ajout: monologue du frère sur la pénitence de Ludovic Flamant
Dramaturgie: Georges Lini
Scénographie:  Renata Gorka
Vidéo, Son: Sébastien Fernandez 
Lumière: Jérôme Dejean
Régie: équipe du Poche

Durée : 1h10 Photo : © Véronique Vercheval  

Création: Cie Belle de Nuit, Bruxelles 
Coproduction: Cie Belle de Nuit/Théâtre de Poche.
Soutiens: Fédération Wallonie-Bruxelles, Service du Théâtre/Shelterprod, Taxshelter.be/ING/Tax-Shelter du gouvernement fédéral belge.

Création en 2009 au "Theater der Stadt" de Heidelberg (DE)- Ensuite: nombreuses traductions, plusieurs prix... - Editeur et agent théâtral: http://www.arche-editeur.com