Michel VOITURIER Villeneuve d'Ascq
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Publié le 5 octobre 2018
Jeu vidéo célèbre, ‘Tetris’ est transposé à la scène. Les formes géométriques qu’il faut agencer sont des danseurs. La partie qui se joue sans nous devient vivante en direct.

Pas besoin, sans doute, d’avoir pratiqué « Tetris » apparu en 1984 et qui suscita bien des addictions. Les formes géométriques originelles qu’il convient d’agencer sont ici des êtres de chair ordinaires même si leur accoutrement les apparente quelque peu à des derviches tourneurs ou à certains androïdes de science fiction. Ils apparaissent dans un espace tout à la fois déterminé et ouvert.

Ses limites sont des lumières ou les montants d’un cube monumental creux dont ils définissent le volume. Les frontières s’avèrent donc visibles  mais non contraignantes dans la mesure où il est toujours possible de les traverser. Elles sont davantage virtuelles que réelles.

C’est cette dualité permanente qui mobilise le ballet conçu par Roni Haver. Les mouvements, les déplacements effectués ont quelque chose de mécanique, d’automatique. Les participants bougent, se croisent, gesticulent. Rien d’humain dans les agencements plus ou moins géométriques qui se dessinent dans l’espace scénique. Cela tient de l’application de lois physiques ayant trait à la cinétique, à la pesanteur, à l’attractivité, à la répulsion…

Nous quittons alors les traditionnels composants d’une sorte de récit qui serait raconté par une chorégraphie. À part un assez bref moment où un baiser est tenté avant d’être repoussé, rien n’appartient à une anecdote liée à une narration. Comme une toile abstraite, comme une série de motifs purement géométriques déchargés de toute symbolique, la performance dansée se déroule durant une heure, sans temps mort.

C‘est répétitif sans appartenir à la simple répétition, échappant ainsi à la monotonie. Ce qui est vrai pour la gestuelle l’est autant en ce qui concerne la musique jouée directement sur le plateau par des musiciens susceptibles, par moments, de s’intégrer aux danseurs. Les éclairages eux-mêmes changent d’angles, de densité, de coloration ainsi qu’il est de mise en discothèque ou sur des scènes de concerts ou de variétés.

Plaisir des yeux et des oreilles, sans intellectualisation, sans casse-tête de fable à décoder absolument, sans incitations érotiques ou agressives. Avec l’efficacité d’un kaléidoscope permanent, avec une dynamique sans cesse renouvelée propre à engendrer une relaxante fascination. Et paradoxalement non dénué de sens puisque sur la durée se déroule quelque chose de plein, de perceptible, de vital qui emporte.   

Tetris mon amour
Villeneuve d'Ascq (Lille) Du 03/10/2018 au 05/10/2018 à 20h La Rose des Vents Boulevard Van Gogh, Téléphone : 0320 61 96 96. Site du théâtre Réserver  

Tetris mon amour

de Roni Haver

Danse
Mise en scène : Roni Haver
 
Avec : Camilo Chapela, Angela Herenda, Tatiana Matveeva, Sofiko Nachkebiya, Adam Peterson, Igor Podsiadly, Lewis Seivwright

Conception et chorégraphie : Roni Haver
Composition musicale : Thijs de Vlieger (NOISIA)
Chef de musique : Fedor Teunisse
Dramaturgie : Guy Weizman
Musiciens : Pepe Garcia, Enric Monfort
Décor : Ascon de Nijs
Son : Simon Derks, Thomas Koopmans
Lumière : Maarten van Rossem
Costumes : Evgeniia Shalimova

Durée : 60' Photo : © Andreas Etter  

Chargé de production : Maarten Otten
Administrateur : Harmen van der Hoek
Diffusion internationale : Art Republic, Iva Horvat et Elise Garriga
Production : Club Guy & Roni