Michel VOITURIER Silly
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Publié le 30 août 2018
C’est l’histoire d’un couple. C’est tout… C’est donc beaucoup. C’est tout. Cela se termine donc un jour. Par la rupture, par la séparation, par la mort peut-être. C’est une chorégraphie qui doit au cirque de mettre en danger les protagonistes.

Lui est sangleur ; elle est danseuse. Il est plus âgé ; elle est sa cadette. Les personnages qu’ils incarnent sont, eux, peut-être, des êtres de fiction. L’ambigüité est au rendez-vous de cette création. Elle se développe à partir de mots empruntés à Marguerite Duras.

Difficile de savoir vraiment si c’est un extrait de « L’Amant », roman autobiographique où elle affirme que dans sa vie tout a été trop tard. Ou bien si ce sont des bribes de ses dernières paroles avant de mourir qu’arecueillies Yann Andréa Steiner, son compagnon bien moins âgé qu’elle, exprimant qu’une union amoureuse risque de finir en se disloquant, perdant toute consistance. Chez elle aussi, le vécu et le fictif se conjuguent.

Sur scène, l’homme et la femme se rencontrent. Elle se heurte à lui, violemment. Nous sommes témoins de l’élan brutal d’une chair vers une autre. L’espace est pris à partie. Lui, debout, mains reliées à la sangle qui le relie au ciel, à l’immensité de ce qui surplombe, lui, subit, provoque sans doute quelque peu. Il y a là comme un défi duel.

L’une et l’autre arpenteront l’espace, en long et large, en bas et haut. Ils seront proches et soudain séparés, enlacés puis désunis. Il sera porteur avant qu’elle ne le soit. Ils se trouveront et se quitteront à la verticale et à l’horizontale. Tour à tour cloués au sol ou envolés dans les airs. Tour à tour accouplés et distanciés.

Les actes vont crescendo. L’essor frise la limite en hauteur autant qu’en vitesse. Le danger se repère à chaque passage en balancier ou en tournoiement centrifuge. Danger du trop, de la rupture, du fracassement contre un élément structurel du lieu, du télescopage d’un acrobate avec sa partenaire. Désir de fulgurance aérienne. Bravade contre la pesanteur et la sécurité.

Le fond sonore ajoute par son grondement une anxiété supplémentaire. Alors que les premières minutes du spectacle ne convainquaient guère parce qu’il ne semblait pas que la chair était habitée par le passionnel, maintenant les tensions frisent le paroxysme. Bientôt des mots sortiront de la bouche féminine ; tous ne seront pas audibles car une danseuse n’est pas une comédienne. Mais certains repris et repris sonneront davantage.

Tout converge vers une fin qui ne sera pas explicite. Une chanson se perçoit au lointain qui rappelle une sorte de balade de western, de progression solitaire à travers des espaces plus ou moins désertiques. Ce qui est l’évidence, c’est qu’il y a fin. Rupture ? Cassure ? Départ physique vers ailleurs ? Fin de vie à jamais ? Le reste se résoudra pour chaque spectateur dans le noir final selon sa propre perception de cette œuvre austère et foisonnante, rigoureuse et baroque qui, au-delà d'une performance époustouflante, affirme sa densité humaine.  

 

C’est tout…
Silly - Théâtre au Vert - Belgique Le 24/08/2018 à 22h Chapiteau des Baladins du Miroir Place Obert de Thieusies Thoricourt Réserver   Gindou Le 08/09/2018 à 20h L'Arsénic Le Bourg Téléphone : 05 81 42 94 47. Site du théâtre Réserver  

C’est tout…

de Samuel Mathieu

Cirque Danse
Mise en scène : Samuel Mathieu
 
Avec : Fabienne Donnio, Jonas Leclere

Son, lumière : Samuel Mathieu

Durée : 40' Photo : © Pierre Ricci  

Production : Cie Samuel Mathieu
Partenaires : CIRCA (Auch), La Grainerie  (Toulouse), La Cave Coopérative ( Baro d'Evel), Cirk - Cie, Théâtre au Vert (Silly)

Lire : Yann Andréa Steiner, Cet amour-là, Paris, Pauvert, 1999

          Yann Andréa Steiner, Michèle Manceaux, Je voudrais parler de Duras, Paris, Fayard/Pauvert, 2016