Lettres à Élise
Michel VOITURIER Silly
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Publié le 29 août 2018
Un homme et sa femme. Deux lieux : le front entre 1914 et 1918 et une salle de classe d’école primaire. Séparés par une guerre qui s’éternise, ils s’écrivent pour échanger leur quotidien et conserver leur amour.

Quelques caisses militaires côté jardin ; un banc d’école côté cour. Voilà qui suffit à évoquer deux univers éloignés et antagonistes. Ici, c’est Jean, instituteur enrôlé dans l’armée pour défendre sa patrie. Là-bas, c’est Elise, son épouse, assistante scolaire restée au village pour élever ses enfants et instruire ceux des autres.

Avec sobriété, Sophie Lajoie et Gaspar Leclère s’emparent des échanges épistolaires entre les deux conjoints séparés par un conflit mondial qui n’est pas le leur mais dont ils subissent, impuissants, les conséquences. Tous deux sont dans le juste ton, celui d’une quotidienneté ordinaire qui, si elle peut laisser place à de la colère ou de la révolte, demeure d’abord une réalité à prendre pour ce qu’elle est, sans fatalisme ni velléités anarchistes.

Sur le front, ce sont les conditions de vie, de survie épouvantables. Ce sont les attaques et les contre-attaques, les blessés et les morts. Ce sont aussi les ordres militaires absurdes et la perception de plus en plus lucides des différences entre propagande patriotique optimiste et réalité catastrophique, entre idéologie stéréotypée et réalité impitoyable.

Ce sont aussi quelques bons moments de franche rigolade entre copains, de camaraderie souvent et parfois même d’éphémère fraternisation avec l’ennemi lors d’un certain Noël. Mais ce seront également les exécutions sommaires fratricides décidées par des cours martiales hâtivement constituées pour désobéissance aux stratégies d’état-major. Cela aura été la censure du courrier autant que des mauvaises nouvelles. Cela finira par devenir la grande désillusion.

À l’arrière, c’est le manque de tout ce qui est nécessaire, quasi la misère. C’est la débrouille chez les petites gens et les manigances chez une partie des nantis. C’est un changement de mentalité vis-à-vis des femmes soumises au seul pouvoir masculin. Ce sont des prises de conscience sociales, féministes, pacifistes, progressistes.

L’auteur est parvenu, en enfilant des anecdotes, en parsemant des émotions et des perceptions, à tracer un portrait sociologique d’un moment crucial de l’histoire du XXe siècle en évitant tout pathétique mélodramatique. Il s’y prend de manière traditionnelle, comme la mise en scène. Ce qui a le mérite de toucher immédiatement tout public, de l’émouvoir au premier degré dans l’instantané de la représentation.

En cette année du centenaire de la fin de cette première guerre mondiale, ces « Lettres à Élise » sont une sorte de synthèse documentaire, juste un peu romancée, qui vaut son pesant d’histoire. Qui remémore aux anciens, qui révèle aux plus jeunes.

 

 

Silly - Théâtre au Vert - Belgique Le 26/08/2018 à 18h Chapiteau des Baladins du Miroir Place Obert de Thieusies Thoricourt Réserver   Muntzenheim Le 16/10/2018 à 20h30 Espace Ried Brun 24, rue Vauban Téléphone : 00 33 (0)3 89 78 63 80. Site du théâtre Réserver  

Lettres à Élise

de Jean-François Viot

Théâtre
Mise en scène : Nele Paxinou
 
Avec : Sophie Lajoie, Gaspar Leclère

Assistanat mise en scène : Jean-François Viot, Jean-Marie Pétiniot, Sophie Lajoie
Régie : Antoine Nyst
Costumes : Sylvie Van Loo
Création lumière : David Taillebuis
Décors : Adrien Dotremont, Aline Claus, Isis Hauben

Durée : 1h35 Photo : © Pierre Bolle  

Production : Les Baladins du Miroir

Prix : Prix littéraire du parlement de la Fédérarion Wallonie-Bruxelles, 2014

Lire : Jean-François Viot, Lettres à Elise, Liberty Editions, 2016, 90 p.