Michel VOITURIER Avignon
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Publié le 20 juillet 2018
Ismaël Saïdi, l’auteur de la pièce salutaire « Djihad » raconte ici sa biographie d’enfant d’émigrés des années 1950 en Belgique. Le parcours atypique d’un musulman qui ne renie pas sa culture tout en soulignant ses dérives communautaristes et ses inadaptations à la vie actuelle.

Il est seul en scène pour parler de lui, des siens, d’une partie de son parcours depuis sa naissance à Bruxelles de parents maghrébins embauchés, comme tant d’autres à l’époque, par la Belgique pour le redressement économique de l’après-guerre. À l’appui de ses dires, il y a la lettre adressée aux futurs émigrés par le gouvernement belge pour les convaincre d’une sorte de nouveau paradis. Il y a aussi les photos de famille des apparentés du Maroc, des enfants nés en Europe, des autochtones qui les ont aidés.

Peu de chances, en effet, pour un fils d’immigrés illettrés, parlant peu ou pas le français, de faire de brillantes études et de s’intégrer dans la nouvelle patrie des siens. Ismaël conte avec humour l’arrivée difficile du père, les complications administratives, la séparation interminable d’avec la fiancée restée en Afrique du Nord.

Son enfance, il la vit comme tous les gosses. Il narre avec une ironie plutôt féroce des étapes de son éducation. Sa circoncision douloureuse par surprise. Ses passages successifs dans les écoles catholique, coranique, laïque où surgissent immanquablement les contradictions, les paradoxes des valeurs enseignées et les premières interrogations à propos de la relativité des dogmes inculqués, malmenés au surcroit lors de vacances passées dans le pays d’origine de sa famille.

Sa réussite, il la doit à une voisine âgée, Belge, qui lui faisait réviser ses leçons, supervisait ses devoirs, lui donnait des livres à lire, notamment « Cyrano de Bergerac » qui lui révèle que quelqu’un qui manie bien la langue peut prendre de l’importance et du prestige en écrivant pour les autres.  C’est aussi elle qui donnera, sans le vouloir, le déclic final pour prendre de définitives distances avec une doctrine d’intolérance car Ismaël ne pouvait admettre que sa bienfaitrice était condamnée à l’enfer simplement parce qu’elle n’appartenait pas à la bonne religion.

Son parcours est émaillé d’anecdotes illustrant le racisme ordinaire, la difficulté à s’intégrer en conservant son identité, notamment lors de son passage de plusieurs années dans la police bruxelloise. Et aussi sa prise de conscience du rôle de père de famille à l’occidentale, tel qu’il est désormais. Saïdi en arrive alors à aujourd’hui où il vit de ses oeuvres et de son art de la parole. Il a écrit « Djihad » et « Géhenne », des spectacles engagés qui ont été soutenus par des institutions officielles, diffusés à travers le monde.

Aucun apprêt, la seule narration intimiste donnée comme en confidence. Un naturel bonhomme dépouillé de tout effet superflu, la réalité vécue quasi telle quelle, sans même la moindre coquetterie d’écriture. En quelque sorte un passage du statut de comédien face à une salle à celui d’homme face à des hommes.

Les tribulations d’un musulman d’ici
Avignon - Avignon Off Du 06/07/2018 au 29/07/2018 à 15h30 Théâtre de l'Observance 10 rue de l'Observance Téléphone : 0488 07 04 52 - 0650 48 81 26. Site du théâtre Réserver  

Les tribulations d’un musulman d’ici

de Ismaël Saïdi

Seul-en-scène Humour
Mise en scène : Ismaël Saïdi
 
Avec : Ismaël Saïdi

Regard extérieur : Sally Micaleff

Durée : 1h15 Photo : © DR  

Production, tornées : Aviscène

Lire : Ismaël Saïdi, Djihad, s.l., La Boite à Pandore, s.d.

                           Moi, Ismaël, un musulman d'ici, Paris, Librio, 2017