Michel VOITURIER Avignon
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Publié le 17 juillet 2018
Une mère célibataire paumée décide d’emmener ses deux gamins voir la mer, en pleine semaine, pour leur montrer qu’elle les aime malgré les médicaments qui l’assomment, ses sautes d’humeurs, sa fragilité mentale, sa misère matérielle autant que morale.

Un fait divers dans un journal donne en général aux lecteurs une liste d’actes plus ou moins bruts. Parfois lorsque l’événement est particulièrement impressionnant, il est accompagné de jugements, de commentaires, d’hypothèses. Jamais le récit ne s’aventure dans l’esprit d’un auteur d’agissements sanctionnés par des lois.

Au contraire, le « Bord de mer » de Véronique Olmi se glisse dans la tête d’une mère de famille en plein désarroi physique et mental. Celle-ci, seule, nantie de deux gamins de pères différents, soutenue ou fragilisée par des médicaments, a décidé d’offrir à sa progéniture une escapade en bord de mer, comme ça, en pleine année scolaire, pour, enfin, au moins une fois, leur offrir autre chose que le poids de son mal de vivre.

Au fil du monologue, elle dévoile son existence. Elle décrit sa fragilité, son incapacité à s’occuper réellement de sa progéniture. Elle explique comment l’aîné (9 ans)  en est arrivé à prendre en charge son cadet (5 ans) à sa place et quelle complicité s’est installée entre ces deux demi-frères devenus des frères à part entière tant les circonstances les ont soudés. Comment ces deux-là ont trouvé à l’école quelque chose qu’ils ne trouvaient pas chez elle.

Le voyage ne se passe pas trop bien. Le trio fait tache dans le car qui les emmène. L’hôtel est minable. Il pleut. Les envies des gosses ne s’accordent guère avec le peu d’argent qui reste. La fête foraine et sa grande roue font un peu peur. Le regard du premier-né  est lucide et impitoyable. C’est l’impasse. Par quel moyen donner de l’amour quand on n’en a jamais reçu ? Il n’y a d’autre issue que le drame.

Cette histoire est noire. Son écriture est dense. Elle écorche dans la mesure où elle raconte des faits finalement très ordinaires comme chacun a connu dans une famille, un voisinage, une institution ou banalement dans les medias.  Un peu écrasée sous un décor indéfinissable de masse architecturale prête à s’écrouler sur elle, Magali Pinglaut s’investit. Elle restitue un discours haché  avec des tonalités de voix blessée par la vie, de paradoxes tendus entre une impuissance subie et un élan brisé.

Elle se tasse. Elle se touche épisodiquement la tête, a des soubresauts venus de l’intérieur.  Elle apparaît devant nous sans défense, inexcusable et cependant affligeante. Elle nous entraîne avec son personnage dans des abîmes où il nous faudra bien nous interroger sur le fonctionnement du monde que nous avons suscité car la paumée qu’elle incarne avec véracité ne désire nullement émoouvoir, attendrir ou révolter mais démonter une situation.

Bord de mer
Avignon - Avignon Off Du 05/07/2018 au 29/07/2018 à 14h45 Théâtre Episcène 5 rue Ninon Vallin Téléphone : +33 (0)4 90 01 90 54. Site du théâtre Réserver  

Bord de mer

de Véronique Olmi

Seule-en-scène Théâtre
Mise en scène : Michel Kacenelenbogen
 
Avec : Magali Pinglaut

Conception : Michel Kacenelenbogen
Assistanat à la mise en scène : Hélène Catsaras
Scénographie, costumes : Renata Gorka
Lumière : Laurent Kaye
Création musicale : Pascal Charpentier
Régie : Matthias Polart
Stagiaire régie : Samuel McClean

Durée : 1h15 Photo : © Gaël Maleux  

Production : Théâtre Le Public (Bruxelles)
Soutien : Tax Shelter du Gouvernement Fédéral belge

Lire : Véronique Olmi, Bord de mer, Arles, Actes Sud, 2001, 144 p. (Prix Alain-Fournier 2002)