Michel VOITURIER Avignon
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Publié le 14 juillet 2018
Improbable mot-valise forgé à partir d’improviser et de prose, le verbe du titre donne à sa façon le ton du seul-en-scène de Félix Radu. Il a l’air d’inventer en direct mais son discours est très construit ; il parle de poésie mais en prose. Et c’est intelligemment drôle.

Avec son physique et son allure de potache qui adore faire des blagues à ses profs, Félix Radu s’amuse sur scène comme un gamin en train de jouer des tours à la langue française. C’est qu’elle est riche cette vieille dame qui s’abandonne trop souvent entre les mains de sérieux grammairiens ou d’académiciens sceptiques devant les nouveautés, riche en mots à plusieurs sens. Et elle ne rechigne pas à laisser ceux qui aiment cela s’amuser avec eux.

Radu est entouré de livres. Il est fin prêt à livrer une citation. Il vous parle avec enthousiasme d’un auteur. C’est vrai, il les aime ces écrivains. Rilke, Camus, Saint-Exupéry. Puis, il ne le cite finalement pas ou fait un jeu de mots avec la phrase ou un titre ou un personnage. C’est sa façon à lui de pirouetter. De montrer qu’il est un peu intello, qu’il a une culture mais qu’il est capable aussi de s’en moquer gentiment tout en l’utilisant.

Radu est donc un héritier plus ou moins indirect de tous ceux pour qui le calembour, la contrepèterie, les anagrammes, les à-peu-près et aussi les allitérations, les rimes, les néologismes. Il a emprunté quelques gènes à Raymond Devos, Bobby Lapointe, Sttellla, Bruno Coppens, Stéphane De Groodt.

S’il s’interdit de verser dans l’humour d’actualité parce qu’il préfère un humour intemporel puisque le sien s’attache au langage, il aborde justement des thèmes qui le sont comme la mort, le suicide, la vie, la folie, la musique, le sexe, l’amour, le temps qui passe…

Il n’en fait pas trop, n’en rajoute pas. Et lorsqu’il lui arrive de s’arrêter sur une facétie, c’est avec une ironie de pédagogue. Il faut bien avouer qu’il se glisse parfois dans l’apparence anodine des petites bribes de réflexion qui valent le poids de rigolade,  du genre « Lorsqu’on me note alors j’ai les poings liés » ou du genre à se poser la question de pourquoi il ne faut pas mettre en présence les « cons sentant avec les cons pétant » ?

Radu reste plein d’émerveillement de se voir sur scène, d’entendre des gens rire de ses boutades. Il termine d’ailleurs humblement son spectacle par un dialogue collage en hommage posthume avec la voix de Raymond Devos. Il lui reste, pour poursuivre sur sa lancée, d’acquérir un peu plus d’ancrage corporel avec le plateau et de persvévérer dans un travail langagier en allant jeter un œil du côté de son compère namurois, le poète Jean-Pierre Verheggen et ses « Artaud Rimbour » ou « Ridiculum Vitae » voire « Un jour je serai prix Nobelge ».

Les mots s’improsent
Avignon - Avignon Off Du 06/07/2018 au 29/07/2018 à 16h30 Théâtre des Brunes 32, rue Thiers Téléphone : +33 (0)484 36 00 37. Site du théâtre Réserver  

Les mots s’improsent

de Félix Radu

Humour
Mise en scène : Félix Radu
 
Avec : Félix Radu
Durée : 1h Photo : © DR

Distinction : Prix Raymond Devos pour l'Humour 2016