Michel VOITURIER Avignon
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Publié le 6 juillet 2018
Une demi-douzaine d’individus se retrouvent passagers clandestins d’un paquebot remorqué à cause d’avaries. Au bout d’un moment, le voilà à la dérive. Les six ont des liens entre eux. Ils sentent leur vie menacée. Il s’y glisse un fantastique auquel Anne-Cécile Vandalem s’est déjà confrontée dans de précédentes réalisations.

Le philosophe Alain Badiou a réaffirmé dans une interview récente sa position vis-à-vis d’un théâtre qui se laisse envahir par le technologique. Il estime en effet que le théâtre en son essence même n’a guère besoin de ces effets extérieurs qui constituent en fin de compte des images plus illustratives que porteuses de sens. La réalisation de Vandalem appartient manifestement à cette catégorie qui affaiblit la force même de l’art dramatique par une volonté de spectaculaire via l'audio-visuel.

L’usage quasi permanent du micro rend difficile l’identification des protagonistes locuteurs. Si un comédien parle visage un peu caché ou dos au public sans esquisser de gestes visibles, le son, parvenant à travers une source centralisée qui uniformise la tonalité des voix, ne permet pas de repérer tout de suite qui prend la parole, d’où des confusions qui ne facilitent guère la compréhension et la clarification d'identités particulièrement complexes, d'autant que les personnages sont nombreux.

De plus, l’espace vertical étant dévolu à un volume pour un décor dans lequel se joue la pièce et un autre, superposé, sur quoi est projeté un film de ce qui se passe hors champ, il arrive que les répliques se chevauchent, accentuant le chaos. Cette dualité, qui aurait pu être enrichissante confrontation entre présence réelle et image fictionnelle, entre lieux et temps différents, se trouve dépossédée de l’affrontement entre deux formes de spectacles dans la mesure où écran et plateau s’avèrent incompatibles.

C’est d’autant plus contradictoire puisqu’on a vu, par exemple, l’endroit de la radio du paquebot sur vidéo, lorsqu’il apparaît en 3D, une partie du décor le cache à la majorité des spectateurs qui ne sont pas installés côté jardin, rendant cette construction faussement hyperréaliste sans objet.

L’histoire se prétend thriller. Mais comment croire à la peur dès qu’elle se traduit uniquement par des criailleries insupportables, des cris surjoués, des lamentations mélodramatiques, des répliques hurlées ? Comment ressentir une montée de tension entre les passagers quand cela se visualise par un révolver brandi n’importe comment ? Comment croire un instant l’apparition d’un animal fantastique dont l’aspect grotesque suscite un rire de défoulement ?

Rien n’étant crédible, l’ambiance hésitant entre le film d’horreur et la comédie de boulevard, l’intrigue laisse indifférent. Elle louvoie entre le roman d’espionnage, le polar révélateur de sociétés en plein dysfonctionnement, le message écologique documentaire. L’impression finale se résumant à un méli-mélo dont on a perdu le fil.

En dehors de cela, le décor est monumentalement impressionnant, les comédiens semblent ne pas trop croire ce qu’ils jouent, les éclairages parviennent à imposer quelques moments d’ambiance. Quant à l’orchestre fantomatique qui apparaît de manière récurrente, sa prestation est agréable et reposante sans apporter de piment à une action trop dispersée. Il est, comme dans le fait divers du Titanic, témoin d’un naufrage.

Arctique
Mons - Festival au Carré - Belgique Du 30/06/2018 au 01/07/2018 à 19h Le Manège 1 rue des Passages Téléphone : 32 (0) 65 39 59 39 . Site du théâtre Réserver   Avignon - Avignon In Du 18/07/2018 au 24/07/2018 à 18h La FabricA 55 avenue Eisenhower. 84000 Avignon Site du théâtre Réserver  

Arctique

de Anne-Cécile Vandalem

Théâtre
Mise en scène : Anne-Cécile Vandalem
 
Avec : Frédéric Dailly, Guy Dermul, Eric Drabs, Véronique Dumont, Philippe Grand’Henry, Epona Guillaume, Zoé Kovacs, Gianni Manente, Jean-Benoit Ugeux, Mélanie Zucconi

Direction artistique, conception, écriture: Anne-Cécile Vandalem.
Scénographie: Ruimtevaarders
Collaboration à la dramaturgie: Nils Haarmann, Sarah Seignobosc
Composition musicale, design sonore: Pierre Kissling
Création lumière: Enrico Bagnoli.
Ingénieur du son: Antoine Bourgain
Création vidéo, direction de la photographie, cadre: Frederico d’Ambrosio
Montage vidéo: Yannick Leroy
Cadre: Léonor Malamatenios, Vernin
Création costumes : Laurence Hermant
Création maquillages, coiffure, effets spéciaux: Sophie Carlier
Accessoirisation, ensembliage: Fabienne Müller
Direction technique,  régie générale: Damien Arrii
Régie générale: Marc Defrise, Marc Defrise
Assistanat à la mise en scène : Sarah Seignobosc
Régie Vidéo: Frédéric Nicaise
Régie Lumière: Léonard Clarys
Régie Son: Antoine Bourgain,Théo Jonval
Régie Plateau: Clara Pinguet,  Baptiste Wattier
Construction décors, costumes
: Ateliers du Théâtre National Wallonie-Bruxelles Soutien : ING, tax shelter du gouvernement fédéral de Belgique, Fédération Wallonie-Bruxelles / Service Théâtre

Durée : 2h10 Photo : © Hubert Amiel  

Production de tournée: Marie Charrieau
Direction de production: Audrey Brooking
Production : Das Fräulein (Kompanie) (Be)
Coproduction : Théâtre National Wallonie-Bruxelles (Be), Théâtre de Namur (Be), Théâtre de Liège (Be), Mars – Mons arts de la scène (Be), Volcan-Le  Havre (Fr), L’Odéon – Théâtre de l’Europe (Fr), Les Théâtres de la Ville du Luxembourg (Lu), Comédie de Reims – Festival Reims Scènes d’Europe (Fr), Comédie de Caen – Festival les Boréales (Fr), Espace Jean Legendre, Compiègne (Fr), Les Célestins – Lyon (Fr), La Coop asbl & Shelter Prod