Noël TINAZZI Paris
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Publié le 17 juin 2018
L'opéra bouffe de Donizetti "Don Pasquale" réunit à l'Opéra Garnier une poignée de chanteurs ébouriffants. Désopilant et plein d'astuces, le spectacle conte les affres d'un vieillard qui se croit toujours vert.

Il est rare de rire de bon cœur sous les ors du Palais Garnier. Et ce, sans avoir l'impression que le rire est forcé par le racolage ou la vulgarité. On boude d'autant moins son plaisir devant ce Don Pasquale alerte et drôle, donné pour la première fois à l’Opéra de Paris, que la mise en scène de Damiano Michieletto parsème de touches d'humanité la fable bouffonne et cruelle du vieillard ridicule berné par des jeunesses pour s'être cru toujours vert. Et que l'équipe musicale qui la sert est de très bonne tenue, tant sur scène que dans la fosse. Équipe menée tambour battant par le chef Evelino Pido qui enlève le spectacle en deux heures qu'on ne voit pas passer.

En phase avec son temps, Donizetti a modernisé les clichés usés de l’opéra bouffe issu de la Commedia dell'arte, et a tricoté pour Don Pasquale, créé à Paris en 1843 au Théâtre italien, une intrigue hors de toute vraisemblance, pur prétexte aux trilles virtuoses du bel canto. La partition virevoltante est resserrée autour de quatre rôles chantés en tout et pour tout, auxquels s'ajoutent quelques figurants et de rares apparitions du chœur. A intrigue resserrée, scénographie épurée, des lignes de néons suspendues en l'air suffisent à évoquer le toit de la maison où frétille Don Pasquale, vieux garçon près de ses sous, tout excité par son mariage avec Dorina, soi-disant prude jeune fille, que lui a proposée son ami entremetteur, le louche et bien nommé Malatesta.

Don Pasquale ébahi voit soudain se réaliser le vieux rêve de séduire une jeunette. Et de vivre une nouvelle vie, pourquoi pas couronnée d'un fils inespéré, charmant bambin qui lui porterait, comme c'est le cas sur scène, un dessin. Dans cette maison sans murs posée sur un plateau tournant, avec son mobilier éculé années cinquante devant laquelle trône une vieille guimbarde, se déroulent toutes les étapes du calvaire que va vivre le vieillard lorsque, à peine le contrat signé, la prétendue vierge se métamorphose en fieffée garce. Non seulement, la belle se pare de bijoux et de fourrures mais remeuble la maison de fond en comble et se paie même une voiture de luxe.

Flirt au jardin

Au fil du déroulement de l’affaire, Damiano Michieletto, très en verve, multiplie astuces et propositions scéniques, et va jusqu'à faire filmer sur scène et projeter sur le mur du fond les ébats de Dorina avec son fiancé caché, Ernesto, qui se retrouvent pour flirter au jardin. Lequel Ernesto, avec son sweat à capuche orange, tient plus du danseur de hip-hop que du latin lover. Devant ces pièces à conviction accablantes, Don Pasquale n’en croit pas ses yeux, et ne rêve plus qu'à une seule chose : se débarrasser de l''intruse. Ce qu'il finira pas obtenir, délesté de son patrimoine, et relégué dans un Ehpad où, quoiqu'il en ait, il se retrouve poussé dans un fauteuil roulant.

Le baryton italien Michele Pertusi tient haut la main le rôle-titre et réussit même, lorsque la virago déchaînée lui assène une gifle retentissante, à émouvoir le public par son désarroi de vieil homme dépassé. L'autre baryton du spectacle, le français Florian Sempey ne lui cède en rien, en Malatesta maffieux plus vrai que nature. Doté d'un beau timbre solaire, le ténor Lawrence Brownlee aurait tout pour séduire en Ernesto, hormis un accent américain qui empâte un peu ses roucoulades. Défaut que n’a pas sa compatriote Nadine Sierra, qui lui donne la réplique en Dorina, grande vedette de la soirée, au physique de vamp et aux capacités vocales qui, sans être vertigineuses, n'en sont pas moins indéniables.

Don Pasquale
Paris Du 09/06/2018 au 12/07/2018 à 19h30 Opéra Garnier Place de l'Opéra Téléphone : 08 92 89 90 90. Site du théâtre Réserver  

Don Pasquale

de Gaetano Donizetti

Opéra
Mise en scène : Damiano Michieletto
 
Avec : Michele Pertusi, Florian Sempey, Lawrence Brownlee, Nadine Sierra, Frédéric Guieu.

Direction musicale : Evelino Pidò
Décors :  Paolo Fantin
Costumes : Agostino Cavalca
Lumières : Alessandro Carletti
Vidéos : Rocafilm
Chef des chœurs : Alessandro Di Stefano

Durée : 2h Photo : © Vincent Pontet