Cécile STROUK Paris
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Publié le 13 juin 2017
Criante d’actualité, la PMA est pourtant un sujet rarement traité sur les planches et ailleurs. Voire jamais. Le Théâtre de la Reine Blanche rétablit actuellement cette « injustice » avec la mise en scène d’un monologue majestueusement sensible sur ce parcours si complexe de la FIV.

« Tout va bien se passer »… Combien de fois avons-nous entendu cette phrase dans les pires moments de votre vie ? L’autre tente la réassurance face à notre désarroi, souvent en vain. Tout va bien se passer, vraiment ? Le « tout » est illusoire et de fait, déceptif.

Dans un monologue sur la PMA actuellement présenté au Théâtre de la Reine Blanche, Coralie Émilion-Languille ironise cette formule creuse, si souvent prononcée par l'« éminent professeur » qui l'a pour patiente. Celui-là même qui, dans la « non-zone » où elle est contrainte de se rendre plusieurs fois par mois pour se faire « piquée, échographiée et aspirée [les ovaires] », a meurtri son corps. Par maladresse, négligence, lassitude, ignorance, absence d’anesthésie. Une succession d’inepties médicales qui mettent à mal, pour ne pas dire pulvérisent, l’envie pourtant pure, pourtant magique, d’avoir un enfant. Le « processus » est tellement contraignant, tellement banalisé par le corps médical, tellement désincarné qu’il finit par vider celle qui offre son corps.

On la voit, cette chute des convictions, ce vacillement de la conscience, ces heurts physiques et psychiques. Dès le départ, dès cette douche translucide, placée en fond de scène, qui laisse filer un torrent de gouttes comme autant d’ovocytes gâchés par la torture médicale. On l’entend ensuite lorsque la comédienne prend la parole : « Je suis jambes écartées dans les étriers. Que reste-il de soi les jambes écartées dans des étriers sous la lumière crue ? / Que reste-il d’une femme ? » On le sent dans la façon dont la comédienne investit chaque mouvement et chaque mot : par à-coups, avec une émotion à fleur de peau, une pudeur qui faillit sous l’effet des coups reçus, une voix qui crie en parlant, un regard qui nous scrute toutes et tous.

Ponction vitale

Le seul élément récupérateur d’espoir réside dans la musique qui émane d’un musicien discrètement assis en bord de scène, David Kpossou. Par une mélodie harmonieuse et jamais pathétique, la guitare électrique donne la sensation de soutenir cette femme malmenée. Deux moments, en l’occurrence, incarnent ce lien cathartique : celui où la comédienne danse et tournoie, comme pour se réapproprier ce corps régulièrement violé par la science ; et celui où le musicien se lève dans un parfait silence pour se positionner derrière elle, les mains délicatement déposées sur ses épaules, alors qu’elle est assise sur une chaise à roulettes, saisie par la « douceur du désespoir ».

Une autre adjuvante apparaît, tout aussi vitale : la mère qui, voyant sa fille s’effondrer de douleur suite à une ponction qualifiée de « boucherie », la sauve d’un évanouissement morbide. Le sauvetage se termine dans une position qui reproduit l’accouchement que la mère a vécu lorsque sa fille naquit. Cette fille qui, aujourd’hui, est « diabolisée » pour son infertilité. Mais qui pour autant, continuera de se « battre », animée par cette « colère froide », pour ne jamais perdre l’essence même de son existence : sa « dignité ».

La parole est empreinte d'un réalisme tel que nous pourrions croire qu'elle appartient à Coralie Émilion-Languille. Pourtant, non. Les mots viennent de l'esprit intuitif, organique, sensible et acéré de Maïa Brami, connue et reconnue pour son exploration intime de la féminité et de la maternité. Deux thématiques qui méritent des cris comme celui que pousse ces deux femmes, de leurs entrailles magnifiquement fécondes.

Tout va bien se passer
Paris Du 07/06/2017 au 23/06/2017 à 19h00 Théâtre de la Reine blanche 2 Bis Passage Ruelle, 75018 Paris Téléphone : 01 40 05 06 96. Site du théâtre  

Tout va bien se passer

de Maïa Brami

Théâtre
Mise en scène : Coralie Émilion-Languille et Bruno Fougniès
 
Avec : Coralie Émilion-Languille, David Kpossou

Bouziane Bouteldja : chorégraphe

Emanuel Reveillère : décorateur

Laurence Benoît : Styliste

Arnaud Vernet : coach vocal

Camille Ansquer : scénographe

Damien Valentini : graphiste

Durée : 1h00 Photo : © Camille Anquer et François Languille