Noël TINAZZI Paris
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Publié le 25 mai 2018
Au Vieux-Colombier, « Ondes Magnétiques » de et par David Lescot retrace l’émergence de nouvelles radios avec l’arrivée au pouvoir de Mitterrand. Un spectacle qui fait revivre les années 80 dans leur bouillonnement créatif.

Après avoir monté « Les Derniers jours de l’humanité » au théâtre du Vieux-Colombier en 2016, David Lescot a eu carte blanche de la part d’Eric Ruf, le patron de la Comédie française qui gère la salle, pour créer une œuvre de son cru. Avec « Ondes Magnétiques », l’auteur, metteur en scène et musicien propose un sujet qui mêle des formes à proprement parler non dramatiques : le documentaire, la musique, la danse.  A savoir la libération des ondes opérée en 1981 par le gouvernement socialiste sous l’égide de François Mitterrand. Mais à travers cette évocation, c’est toute une époque qui ressurgit, époque de création à tout-va et de libération illimitée.

Avec une équipe de huit comédiens de la Comédie française capables de tout faire, jouer, chanter, danser, de changer d’oripeaux, d’enfiler une perruque en un tournemain pour interpréter plusieurs personnages, David Lescot retrace cette épopée drolatique. Elle débute en avril 1981, juste avant l’arrivée au pouvoir de la gauche,  et la scène du Vieux-Colombier se partage entre deux studios d’enregistrement. Deux équipes confrontées au monopole d’Etat se battant bec et ongles pour leur survie.

Au centre, un bric-à-brac foutraque où six pirates de Radio Quoi, échelle et antenne en main, se démènent pour trouver une place sur les ondes. A gauche, un dispositif beaucoup plus fonctionnel abrite  les animateurs de Radio Vox apparemment mieux lotis.  Assis de part et d’autre de la scène, les spectateurs vont assister au match qui oppose ces deux radios libres qui ont tenu le choc mais qui sont condamnées par la loi de juillet 1982 à se marier et à se partager les tranches horaires.

A partir de quoi les débats vont bon train au fil des allers et retours entre les deux studios. Pour les libertaires de Radio Quoi menés par l’intransigeant Flavius (Alexandre Pavloff grande gueule intarissable), cette loi revient à contrôler la programmation. Pour les  entrepreneurs de Radio Vox sous la houlette de leur boss (Christian Hecq, histrion aux multiples facettes), c’est un pas vers la professionnalisation des ondes. 

Mais peu à peu se fait jour une autre pomme de discorde, matière à d’homériques empoignades : la légitimité ou pas de la publicité d’abord interdite par le gouvernement puis autorisée voire encouragée. Cheval de Troie du capitalisme dévoreur de liberté pour les uns, ressource indispensable d’une entreprise dynamique pour les autres, le débat n’a pas de fin… Le tournant de la rigueur en 1983 et la conversion des socialistes à l’économie de marché met un terme à ce bouillonnement.

Et plus le spectacle avance et plus il devient musical, en phase avec l’évolution de Radio Vox (on reconnaît Radio Nova sous influence du magazine Actuel) qui prend définitivement l’ascendant sur l’autre. Et lors de « Nuits poreuses » mémorables, le studio se peuple d’une cohorte de créatures bigarrées et décadentes (Sylvia Bergé attifée en Milène Farmer),  flamboyantes drag queens (dont l’impayable Christian Hecq en veste de fourrure blanche sur jambes nues), chanteur punk  (Nâzim Boudjenah, beau brin de voix)… Bref tout ce qui faisait à l’époque une radio branchée.

Les Ondes magnétiques
Paris Du 23/05/2018 au 01/06/2018 à 20h30 Comédie Française-Théâtre du Vieux-Colombier 21 rue du Vieux-Colombier, 75006 Paris Téléphone : 01 44 39 87 00/01. Site du théâtre

19h les mardis, 15h les dimanches

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Les Ondes magnétiques

de David Lescot

Théâtre
Mise en scène : David Lescot
 
Avec : Sylvia Bergé, Alexandre Pavloff, Elsa Lepoivre, Christian Hecq, Nâzim Boudjenah, Jennifer Decker, Claire de La Rüe du Can, Yoann Gasiorowski

Scénographie : Alwyne de Dardel
Costumes : Mariane Delayre
Lumières : Paul Beaureilles
Musique originale : Anthony Capelli, David Lescot
Son : Anthony Capelli
Collaboration artistique : Linda Blanchet
Conseil historique : Anaïs Kien

Durée : 2h Photo : © Vincent Pontet