Noël TINAZZI Paris
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Publié le 23 mai 2018
L’opéra de Gluck « Orfeo ed Euridice » est monté au Théâtre des Champs Elysées, dans une mise en scène épurée, austère, de Robert Carsen. Le couple Philippe Jaroussky et la soprano Patricia Petibon incarnent avec beaucoup d’engagement la quintessence du mythe.

Trois chanteurs en tout et pour tout, on ne peut pas dire que l’Orfeo ed Euridice de Gluck donne dans l’exubérance baroque. Sans ornements vocaux inutiles et avec un chœur très présent qui renvoie à ses sources antiques, l’opéra représente une sorte d’archétype de la tragédie lyrique, dont la modernité se trouve renforcée par la mise en scène et la scénographie aux confins de l’abstraction de Robert Carsen, omniprésent actuellement sur les scènes d’opéra et de théâtre.  

Créé en langue italienne à Vienne en 1762, adapté ensuite au goût et éventuellement à la langue d’autres villes européennes (Parme, Naples, Paris), Orfeo ouvre une nouvelle ère pour l’opéra alliant indissolublement la musique et le théâtre. Loin des pyrotechnies vocales gratuites du baroque, Gluck travaille en étroite collaboration avec ses librettistes, instaurant une continuité musicale en syntonie avec le rythme de l’action dramatique. Ce qui n’exclut pas une écriture orchestrale riche et inventive et des talents de mélodistes dont témoignent des airs célébrissimes tels que « Che faro senza Euridice… ».

Dans sa mise en scène hors de toute référence temporelle et de tout contexte, Robert Carsen en appelle à l’essence même du mythe. Celui de l’aède Orphée qui voit son épouse, la nymphe Eurydice, mourir sous la piqûre d’un serpent. Le dieu Amour propose alors au veuf désespéré de descendre aux enfers et de la faire revenir au monde des vivants. A la condition expresse de ne pas la regarder dans les yeux ni de lui parler. Et c’est ici que Gluck introduit des variantes : Eurydice utilise tous les arguments en son pouvoir pour le convaincre de la regarder et de lui parler. A quoi il finit par céder pour la perdre une seconde fois. Néanmoins, au finale, Amour rend la vie à Eurydice et dans un happy end inattendu réunit définitivement les deux époux tandis que le chœur chante le triomphe de l’amour sur la mort.

Décor quasi abstrait

En une heure trente sans entracte Carsen fige le spectacle dans un décor unique, quasi abstrait, en noir et gris sur des fonds de lumière colorée où se découpent les personnages. Une sorte de plage de cailloux vallonnée recouvre la scène, dans laquelle est creusé un trou qui mène au royaume des morts. Si certaines images s’avèrent plutôt conventionnelles et attendues (le chœur formant une sempiternelle ronde), d’autres sont plus réussies comme la descente aux enfers d’Orphée errant parmi la mer de linceuls à la recherche de celui de son épouse.

A la tête de l’ensemble sur instruments anciens I Barocchisti, Diego Fasolis, grand spécialiste du répertoire, dirige avec une belle énergie cet opéra puissamment articulé entre airs solistes et ensembles vocaux. Mais, malgré l’engagement total du trio de chanteurs, l’émotion peine à naître et la cohésion à se faire jour. Vedette incontestable de la soirée, le contre-ténor Philippe Jaroussky joue avec maestria de toutes les nuances du rôle d’Orfeo. Deux sopranos de haute volée lui donnent la réplique : la française Patricia Petibon qui campe une Eurydice convaincante, et la hongroise Emöke Barath qui apporte un brin de fantaisie bienvenu dans cet opéra-tragédie austère.

Orfeo ed Euridice
Paris Du 22/05/2018 au 02/06/2018 à 19h30 Théatre des Champs-Elysées 15 avenue Montaigne, 75008 Paris Téléphone : 01 49 52 50 50. Site du théâtre

Dimanche à 17h

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Orfeo ed Euridice

de Christoph Willibald Gluck

Opéra
Mise en scène : Robert Carsen
 
Avec : Philippe Jaroussky, Patricia Petibon, Emöke Barath, Choeur de Radio France

Direction musicale : Diego Fasolis
Scénographie et costumes : Tobias Hoheisel
Lumières : Robert Carsen, Peter van Praet

Durée : 1h30 Photo : © Vincent Pontet