Cécile STROUK Paris
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Publié le 17 mai 2018
La Guerre de Troie en moins de deux, vous en pensez quoi ? Nous, du bien. Beaucoup même, grâce à la proposition truculente, « mythologique » et « foraine » imaginée par la Compagnie Théâtre du Mantois, actuellement en résidence au Théâtre 13.

Tout le monde connaît plus ou moins l’histoire de la Guerre de Troie. Mais qui saurait la décrire étapes par étapes sans tomber dans l’écueil d’une lourdeur stylistique, d’une sémantique labyrinthique ou d’une confusion identitaire parmi les moult protagonistes ? Réponse : la Compagnie Théâtre du Mantois. Sur les planches du Théâtre 13, nous avons découvert l’inventivité de cette compagnie dans une ré-interprétation truculente de la Guerre de Troie racontée en seulement 1h20.

Alignement de chaises noires classiques, en fond de scène ; table de banquet en bois avec des chaises aussi, en devant de scène ; quart-de-queue disposé côté jardin… Alors que le public murmure avec vivacité, un pianiste et sept comédiens font leur entrée et s’assoient en silence. Tous sont vêtus de costumes qui se réclament d’un style antico-moderne.

Dès les premières secondes de cette pièce chorale, nous comprenons une chose : que la pièce sera drôle, rythmée et interprétée avec charisme. Chapitrée en 23 séquences suivies d’un épilogue, la troupe interprète l’histoire de la Guerre de Troie, de la naissance d’Hélène à la victoire lugubrement célèbre des Grecs sur les Troyens. Rien n’est oublié ni négligé : toutes les grandes figures et les grands moments de ce récit rocambolesque sont cités, explicités, narrés, mimés. Le Ménélas trompé, le Priam inconscient, le Ulysse guerrier, le Achille furieux, l’Aphrodite stratège, l’Athéna guerrière, etc. Sauf la belle Hélène, qui n’existe qu’à travers une petite poupée, pourtant à l’origine d’une guerre sanglante sans précédent. À ces exagérations archétypales s’ajoutent la qualité de saynètes incarnées dans un souffle épique autant que distancié, effréné autant que grotesque.

Vite fait, bien fait

Ces jeux de décalage constituent la force de cette pièce. Oui, la Guerre de Troie est tragique, les morts s’enchaînent, les drames s’accumulent, les combats s’escaladent. Mais à quoi tient-elle finalement ? À des choses aussi triviales, aussi « miniatures », que la jalousie, l’orgueil, la possession et le pouvoir. Tout ça pour ça… Voilà ce que révèle cette synthèse jubilatoire d'une bataille où personne ne ressort gagnant. L'obsession d’une justice divine menant inexorablement (et pourquoi, au fait ?) à l’injustice humaine, voire à son comble !

La réussite de cette Guerre de Troie est rehaussée par l’ingéniosité globale de la mise en scène. Les comédiens livrent un jeu harmonieux dans un engagement physique et émotionnel épatant ; parlons aussi de ces chaises utilisées comme éléments scéniques multiples (à la fois objet, femme, mouton, cheval, frontière, lit, etc.) ; de ce pianiste qui, discrètement, mène la danse, créant avec son avalanche de notes une atmosphère fantastique et humoristique quand elle n’est pas pas plus dramatique (notamment lors de moments chantés, seuls ou tous ensemble) ; sans oublier le texte, réécrit par Eudes Labrusse qui déploie là une plume caustique à la contemporanéité antique. Un tour de force littéraire qui jongle agilement entre la langue de Sophocle, Euripide, Hésiode ou Virgile.

 

Et un tour de force tout court. 

La Guerre de Troie (en moins de deux !)
Paris Du 02/05/2018 au 10/06/2018 à Du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h, relâche le lundi Théâtre 13 103 Boulevard Auguste-Blanqui, 75013 Paris Téléphone : 01 45 88 62 22. Site du théâtre  

La Guerre de Troie (en moins de deux !)

de Eudes Labrusse, d’après Homère, Sophocle, Euripide, Hésiode, Virgile...

Théâtre
Mise en scène : Jérôme Imard et Eudes Labrusse
 
Avec : Catherine Bayle, Audrey Le Bihan, Hoa-Lan Scremin, Laurent Joly, Nicolas Postillon, Loïc Puichevrier, Philipp Weissert

Musique de scène (piano / guitare) : Christian Roux

Scénographie, costumes, accessoires : Cécile Pelletier

Lumières : Laurent Bonacorsi

 

Durée : 1h20 Photo : © Laure Ricouard