Michel VOITURIER Tournai
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Publié le 26 avril 2018
Débattre tout en papotant et dansant à travers un épisode biographique de la philosophe juive allemande Hannah Arendt est un défi singulier. Réfugiée aux États-Unis, elle se réunit avec des amis, en 1951, pour discuter de leur condition d’exilés. Sur cet argument anecdotique et à partir des écrits de la penseuse, Saduis et Battaglia ont bâti un spectacle hybride et réflexif.

Le personnage principal a beaucoup écrit. Au moment de l’action, Harendt fête la sortie de son essai sur « L'origine du totalitarisme », elle qui fut l’amante de Heidegger, philosophe qui l’inspira et collaborateur épisodique des nazis.  C’est l’occasion de réfléchir sur la condition des émigrés autant que sur le fait que penser est une façon de donner sens à la vie et à ses contradictions.

L’ensemble du spectacle parvient à combiner une légèreté teintée de mélancolie comme chez Tchekhov à travers les répliques et le jeu des acteurs, la sensualité de la présence mouvante des corps aux prises avec l’espace et les éléments mobiliers qui l’habitent, un décor qui prête au rêve et à la méditation par la présence de leds galactiques en fond de ciel, qui assume la symbolique de l’enfance ludique et de la difficulté de tenir des positions intellectuelles fixes à travers une balançoire.

Les paroles passent du primesautier au questionnement sérieux de la condition humaine après la catastrophe de la seconde guerre mondiale. Elles trouvent d’autant plus de résonance que la situation actuelle des exilés est d’une cuisante actualité. Les chorégraphies qui surgissent par intermittence apportent la respiration de leurs musiques, de leur jeu corporel muet.

Nous nous trouvons à la fois dans l’intime des relations et des pensées, la bienveillance d’amicales mondanités, la clairvoyance de la réflexion, le fantastique du rêve que suggère la présence d’un protagoniste doté d’ailes angéliques et devant un spectacle soucieux de ne pas assommer son auditoire en intellectualisant trop le propos.

Voilà un divertissement qui ne se cantonne pas à sa fonction distrayante. Qui donne envie d’explorer la pensée d’Annah Arendt afin de sortir d’un monde où le matérialisme, et donc le superficiel, fait mine d’être support de réflexion. Qui rappelle l'importance de la langue dans la communication et l'explicitation des idées.

Amor Mundi
Tournai - Belgique Du 24/04/2018 au 27/04/2018 à ma je 20h me ve 10 h Maison de la Culture Esplanade George Grard, boulevard des Frères Rimbaut, 7500 Tournai Téléphone : +32 (0)69 25 30 80. Site du théâtre Réserver   Bruxelles - Belgique Du 15/05/2018 au 26/05/2018 à ma 19h me je ve 20h15 sa 19h di16h Théâtre des Martyrs 22 place des Martyrs, Bruxelles Téléphone : +32 (0)2 223 32 08. Site du théâtre Réserver  

Amor Mundi

de Myriam Saduis, Valérie Battaglia

Danse Théâtre
Mise en scène : Valérie Battaglia
 
Avec : Laurie Degand, Soufian El Boubsi, Mathilde Lefèvre, Aline Mahaux, Ariane Rousseau, Emmanuel Texeraud, Pierre Verplancken

Dramaturgie : Valérie Battaglia
Sénographie, costumes : Anne Buguet
Assistanat scénographie : Jean-Christophe Auroy
Assistanat costumes: Ana Lopez
Lumières, direction technique : Caspar Langhoff
Bande son: Jean-Luc Plouvier
Assistanat mise en scène : Jean-Baptiste Delcourt
Assistanat mouvement : Vincent Dunoyer

Durée : 1h30 Photo : © Serge Gutwirth  


Coproduction :  Cie Défilé / Théâtre 95 / Théâtre Océan Nord

Soutien : Maison de la Culture (Tournai), la Métive

Compléter : Saduis :  http://www.ruedutheatre.eu/article/1792/la-nostalgie-de-l-avenir/

                                 http://www.ruedutheatre.eu/article/1629/la-nostalgie-de-l-avenir/

Comparer : http://www.ruedutheatre.eu/article/3105/amor-mundi/

Lire : Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme - Eichmann à Jérusalem, Paris, Gallimard, 2002